Zeicrydeus - La Grande Hérésie
Chronique
Zeicrydeus La Grande Hérésie
Né de l’imaginaire foisonnant de monsieur Philippe Allaire-Tougas (ici dénommé Foudre Noire), Zeicrydeus voit le jour en 2018. Ce n’est pourtant que sept ans plus tard que le Canadien donne officiellement naissance à ce projet avec la sortie en juin 2025 d’un premier album intitulé La Grande Hérésie présenté par le principal intéressé comme une entité à même de faire écho aux amateurs de Running Wild, Manowar, Helstar, Necromantia, Varathron, StarGazer, Zemial, Mortuary Drape et Rotting Christ... Un mélange d’influences pour le moins bigarrées qui a forcément de quoi attiser la curiosité même si on imagine bien volontiers que voir cohabiter Manowar et StarGazer ensemble peut aussi tenir à bonne distance n’importe quel auditeur un petit peu sain d’esprit.
Homme à tout faire au sein de cet énième projet, Philippe Allaire-Tougas a choisi de sortir ce premier album sous les couleurs de Productions TSO, petite structure québécoise dont je vous ai déjà parlé ici dans le cadre de ma chronique du premier album d’Exxûl et fondée par nul autre que Philippe lui-même. Du 100% fait maison jusqu’à cette production pour le moins atypique marquée par la mise en avant de cette basse particulièrement expressive. Si l’essentiel de ce premier album est donc né des mains du Canadien, celui-ci s’est tout de même fait assister pour quelques tâches hors de sa portée. Charles Koryn aka Chakal tient ainsi la batterie sur tout l’album (bien que Philippe soit crédité pour de la programmation suggérant ainsi l’usage d’une boîte à rythmes) alors que la réalisation de ce logo particulièrement réussi a été confiée au Canadien Charles Benoit (Atramentus, Chasse-Galerie, Chthe'ilist, Dissimulator, Exxûl, Incandescence...). Reste cette très chouette illustration empruntée au peintre allemand Ferdinand Knab ("Südliche Ansicht Mit Ruinen") qui, faisant ainsi le lien avec une partie des influences énoncées plus haut, n’est pas sans évoquer certains paysages grecs.
Composé de sept titres parmi lesquels deux courtes compositions instrumentales ainsi qu’une reprise de Thou Art Lord offerte en guise de conclusion ("The Era Of Satan Rising") qui d’ailleurs se marie particulièrement bien à l’ensemble, La Grande Hérésie possède une particularité qui d’emblée place le one-man band en dehors des clous. Souvent reléguée au second plan, notamment dans le Black Metal, c’est ici la basse qui tient le rôle principal. C’est d’ailleurs l’un des principaux arguments avancés par le Canadien sur Bandcamp : "Zeicrydeus is one of the rare bands within the black metal scene that puts emphasis on a lead-bass approach in sound and composition, going a step further by completely ditching guitar solos in favor of melodic, shredding bass solos.". Un parti-pris original qui, aidé par cette production métallique et vibrante, donne lieu tout au long de l’album à une mise en avant de cet instrument des plus surprenantes, notamment lors de ces nombreux solos mélodiques ("Ten Thousand Spears Atop The Bleeding Mountains" à 6:14, "Profane Spells & Naked Swords In The Emerald Meadows Of Nhaath" à 1:10, "Sous l'Ombre Éternelle Des Vestiges d'Heghemnon" à 5:41, "Godsteel (Blood Of The Third Son)" à 5:24) qui n’ont peut-être ni la profondeur ni la finesse de ceux que l’on peut réaliser avec une guitare mais qui grâce à la dextérité de Philippe Allaire-Tougas (qui plus est sur seulement quatre cordes) n’en possèdent pas moins un certain charme ainsi qu’une dimension épique et galopante très marquée. Pour autant, la phrase "lead-bass approach" ne signifie pas que la musique de Zeicrydeus soit totalement dénuée de guitares mais plutôt que l’ordre naturel des choses a été effectivement quelque peu chamboulé. Aussi La Grande Hérésie ne manque absolument pas de riffs (et même de solos comme sur Godsteel (Blood Of The Third Son) à 7:40) seulement ces derniers se font ici globalement plus discrets et moins systématiques. Des riffs secs et décharnés qui sans jamais manquer d’efficacité font naturellement écho aux premières heures de la scène Black Metal hellénique durant la grande époque des Rotting Christ, Necromantia, Varathron et autre Thou Art Lord...
En matière d’inspiration et comme le suggère la grande variété des influences énoncées plus haut, la musique du Canadien s’apparente à un pot-pourri un peu déroutant (en tout cas de prime abord puisque comme à chaque fois avec Philippe Allaire-Tougas il convient de préciser que le tout reste extrêmement cohérent sans jamais paraître surchargé) où cohabitent l’abrasivité et la grandeur du Black Metal (le chant croassé du père Tougas, certaines saillies menées tous riffs dehors et tête dans le guidon, ces ambiances et arrangements un brin théâtraux (claviers, clavecins, voix fantomatiques)...), ces cavalcades haletantes inhérentes au Thrash et au Heavy Metal (de la galopades plus ou moins rapide et héroïque faite le poing brandi...), cette dimension épique et mélodique propre au Doom en passant par certains tempos qui lui sont également associés. Et comme à l’exception des titres "Dragonships On The Juurn (Open Wide The Gate Of The Zeicryde)" et "La Grande Hérésie" qui tous les deux jouent la carte de la composition instrumentale d’introduction ou de transition, chaque autre morceau oscille entre six et neuf minutes, vous ne serez pas surpris de retrouver à l’écoute de chacun d’eux un peu de toutes ces influences dispensées pêle-mêle selon un dosage propre.
Tout comme Sealed Into None d’Exxûl, ce premier album de Zeicrydeus mélange les influences et les sonorités avec brio (Black / Heavy / Thrash / Doom) pour un résultat pouvant paraître indigeste voire contre-nature sur le papier mais finalement bien plus probant une fois lancée dans l’écoute attentive de ses quelques compositions étonnamment toutes très homogènes. La Grande Hérésie est qui plus est marqué par un parti-pris original et pour le moins intéressant avec cette basse dominante placée volontairement au-dessus des riffs et des guitares en général pour un résultat qui très clairement a le mérite de sortir des sentiers battus. Certains seront probablement quelque peu perturbés par ces sonorités effectivement surprenantes mais force est cependant de constater que le pari lancé par Philippe Allaire-Tougas est ici relevé haut la main et ne devrait pas manquer de convaincre à peu près tous ceux visés par ce "name dropping" en début de séance.
| | AxGxB 1 Avril 2026 - 551 lectures |
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