Il est rare de nos jours de trouver un groupe véritablement mystérieux, sur lequel on ne sait rien à part la musique qu’il joue et quelques maigres informations. C’est le cas pour Kraken Duumvirate, dont on ne connait que la petite discographie (deux EPs en plus de cet album) et le fait qu’il soit une entité bicéphale.
Pour autant, les indices laissés sont clairs sur ce qui mue le projet : les tréfonds lovecraftiens sont bien l’atmosphère que décrit
The Stars Below, the Seas Above, abîmes maritime et spatiale se confondant dans ce funeral doom des plus singuliers. Si on est tenté de citer
Ahab pour la thématique, Dolorian et
Tyranny pour les ambiances aussi mélancoliques qu’horrifiques, c’est davantage vers l’
Unholy de la période
Rapture – Kraken Duumvirate est finlandais jusqu’à une étrangeté fondamentale qui obsède durant l’écoute – que l’on tend.
Il y a en effet cette même couche de glace, cette tranquillité qui pourtant étreint, dans ce funeral doom qui laisse respirer pour mieux faire suffoquer. Une production cristalline, laissant parler les couches des instruments, de même qu’un jeu de guitare s’appuyant davantage sur les leads que la lourdeur accentuent cette sensation peu commune, celle d’errer dans cet outre-espace aqueux telle une bulle d’oxygène sur le point d’exploser. On perçoit alors la réflexion et l'intention qui ont permis la création de cet album. Chaque instant donne à l'auditeur le sentiment d'avoir été façonné, peaufiné et parfaitement agencé pour construire le paysage le plus désolé qui soit, sans jamais sacrifier la qualité à un quelconque artifice.
Le deuxième élément qui finit de mettre Kraken Duumvirate dans les groupes à part sautera aux oreilles de quiconque s’y plongera : la voix, quelque part entre les moments les plus éteints de John Paradiso d’
Evoken et la placide puissance de Phorgath d’
Emptiness. Une voix qui questionne au départ, peut même amuser dans ses graves si appuyés – oui, vous êtes autorisés à penser à Barry White à l’écoute de ce chant –, mais qui finit par être une part non négligeable de la force de suggestion de
The Stars Below, the Seas Above. J’avoue ne pas me lasser de ces lignes, trouvant dans un simple grognement perçant ce flot immuable une menace qui me fait frissonner plus que n’importe quel hurlement strident. Une voix qui, comme les autres instruments, joue de gravité et de subtils contrastes pour faire effet.
J’ai tendance à me lasser davantage des morceaux ambient numérotés parcourant
The Stars Below, the Seas Above, bien trop nombreux et pas forcément toujours très pertinents. Kraken Duumvirate a beau avoir cette bizarrerie que l’on rencontre peu aujourd’hui, comblant un vide pour les amateurs de formations doom finlandaises originales, il possède aussi un style extrêmement limité, offrant directement ce qui sera son discours pendant plus d’une heure. Un discours invariable bien que fascinant, les profondeurs s’explorant sans sentiment de progression ou de nuances, formes subtiles dessinées dans un océan indifférent.
On peut parler de charme concernant Kraken Duumvirate, tant il s’appuie sur une alchimie pour nous subjuguer. Une magie qui ne tiendra qu’à notre envie de plonger dans un mystère que l’on connait depuis longtemps, parfaitement au courant des Grands Anciens et leurs habitations sous-marines, mais que l’on ne parvient pas à percer. Celles et ceux souhaitant s’y engouffrer de nouveau trouveront une porte d’entrée de choix en
The Stars Below, the Seas Above.
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