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Protrusion - The Last Suppuration
Chronique
Protrusion The Last Suppuration
Né de la rencontre entre Colin Foster (Found Hanging, ex-Dawn Of Dementia, ex-Breeding Filth...), Kyle Christman (Horrific Demise, Metharoma, ex-Gorgasm...), Kevin Baum (Emulsified, Human Filleted, ex-Dawn Of Dementia...) et un certain John Elston, Protrusion fait ses premiers pas en avril 2023 avec la sortie d’une première démonstration éponyme parue au seul format cassette chez Sevared Records, Unholy Domain Records, Necrolatry Records, Terozin Mag & Tapes et enfin A Sangre Fría Records. Une sortie sur laquelle nous ne nous sommes malheureusement pas penchés à l’époque mais qui n’a cependant pas manqué d’agiter les bas fonds de l’underground et ce à juste titre.
Trois ans plus tard, le groupe américain signe son retour par la grande porte avec la sortie d’un premier album forcément très attendu par tous ceux ayant fait preuve d’enthousiasme à l’égard de "Scorned Vengeance", "Slugs Of Decadence" et "Accursed Skin" que l’on va d’ailleurs pouvoir retrouver ici dans des versions naturellement retravaillées et ré-enregistrées pour l’occasion. Intitulé The Last Suppuration qui, à la vue de cette très chouette illustration signée des mains de l’inégalable Jon Zig n’est autre qu’un joli pied-de-nez à l’œuvre de Leonardo Da Vinci baptisée "The Last Supper", ce premier album voit Protrusion poursuivre sa collaboration avec Sevared Records (CD) et Unholy Domain Records (cassette) tout en nouant de nouveaux liens avec Iron Fortress Records (cassette) et Extremely Rotten Productions (vinyle). Des labels de choix pour un des albums de ce début d’année d’ailleurs particulièrement bien chargée en la matière.
Culminant à plus de cinquante-et-une minutes grâce à une grande majorité de titres compris entre cinq et sept minutes, The Last Suppuration est ce que l’on peut appeler un album à la fois chargé et généreux. Évidemment, il y en aura probablement quelques-uns pour râler sur ce genre de durée un poil excessive surtout au regard du genre pratiqué par les Américains mais à titre personnel je ne suis clairement pas de ceux qui partagent cet avis.
Car derrière ses airs de brute épaisse en provenance du Midwest, Protrusion a tout de même le bon goût d’offrir des compositions plus riches et variées que ne le laisse entendre la liste des groupes exposés via les quelques curriculum vitae énoncés plus haut. D’ailleurs, aussi surprenant que cela puisse paraître, surtout si vous n’avez encore jamais posé vos oreilles sur le Death Metal des Américains, les accélérations, coups de boutoirs, démonstrations de force et autres bravades menées tête dans le guidon et poignée dans l’angle ne sont pas ce qui caractérisent le plus la musique de Protrusion. On trouve évidemment de nombreuses séquences de ce type tout au long de ces cinquante-et-une minutes (le plus souvent sous forme d’accélération thrashisantes mais également à l’aide de quelques blasts plus ou moins soutenus) comme le prouvent par exemple "Confined To Anguish" à 0:35 et 1:44, "Morbid Mortality" à 0:39 et 2:08, "Exhumer’s Romance" à 3:27, "Accursed Skin" à 2:00 et 3:59, "Boiled At Birth" à 0:41 ou "Scorned Vengeance" à 0:04 mais ce n’est clairement pas sur la brutalité de son Death Metal qu’a choisi de miser Protrusion.
Ce qui va plutôt primer à l’écoute de ces dix compositions (parmi lesquelles un interlude instrumental proposé en fin de parcours) ce sont surtout la lourdeur du propos des Américains, ce groove chaloupé tout à fait irrésistible et ces mélodies faisandées dispensées à travers tout un tas de leads et autres petits solos particulièrement bien ficelés. Soutenu ainsi par une production épaisse et idéalement taillée pour le job (un travail signé Tony Tipton (Atrocious Abnormality, Castrated, Kraanium, Limbsplitter, Lust Of Decay, Metharoma...)), Protrusion vient poser d’emblée une chape de plomb sur nos épaules. Une impression de lourdeur renforcée par le growl particulièrement gras et épais de Colin Foster qui d’ailleurs n’offre que très peu de nuances (on notera tout de même que celui-ci est épaulé à quelques reprises par le guitariste Kyle Christman afin très certainement d’amener un semblant de variété à l’ensemble même si en vérité ce n’est pas forcément très flagrant). Un growl chargé au service de compositions débordantes de groove. Car effectivement ça chaloupe pas mal (et quand je dis « pas mal » je veux évidemment dire « beaucoup ») tout au long de ces cinquante-et-une minutes qui ne manqueront pas de vous faire dodeliner de la tête, rouler des épaules et déhancher du bassin. En ce qui me concerne j’ai bien du mal à résister à toutes ces percées simiesques (soutenues par une basse absolument délicieuse) entendues là encore au hasard sur "Confined To Aguish" à 0:52, 1:26, 2:16 et 3:31, "Morbid Mortality" à 1:34, "Exhumer’s Romance" à 0:49 et 3:00, "Accursed Skin" à 2:31, "Boiled At Birth" à 2:19 ou "The Last Suppuration" à 1:23. Le groupe a beau être originaire de l’Indiana, il y a dans sa musique quelque chose de définitivement très new-yorkais (Suffocation, Mortal Decay, Dehumanized, Internal Bleeding, Pyrexia...). Ajoutez à tout cela des leads mélodiques et sinistres de première qualité ("Confined To Anguish" à 3:06, "Morbid Mortality" à 3:00, "Exhumer’s Romance" à 0:23 et 4:05, "Accursed Skin" à 3:29, "Slugs Of Decadence" à 1:25, les premières secondes de "The Last Suppuration"...) et vous voilà avec entre les mains un premier album absolument imparable qui risque assurément de placer Protrusion et son Death Metal "so 90’s" dans les discussions de fin d’année.
Chargé mais solide de bout en bout, The Last Suppuration est un album qui ravira probablement autant les amateurs de Death Metal américain du siècle dernier que de Brutal Death tout aussi "vieille école" et cela même si les réminiscences en la matière sont effectivement moins nombreuses. Quoi qu’il en soit, les dix compositions de ce premier album sont toutes particulièrement efficaces et bien composées, celles-ci ne cédant ni à la facilité ni à de quelconques effets de modes. Une pointe de brutalité, un soupçon de mélodies sinistres et faisandées et beaucoup de groove font ainsi de ces cinquante-et-une minutes un véritable plaisir d’écoute qui ne faiblit jamais. Encore une fois, sous ses airs bovins et pas très fins, Protrusion pourrait laisser penser qu’il n’a rien de particulier à offrir autre qu’une musique bas de plafond mais le fait est que ce genre de Death Metal, s’il n‘est pas spécialement nouveau, est interprété avec beaucoup de savoir-faire et une certaine fraîcheur qui dans le paysage actuel n’a aucun mal à se distinguer. Je l’ai dit et je le répète, assurément une des meilleures sorties de ce début d’année.
| | AxGxB 12 Mars 2026 - 424 lectures |
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