Temple Of Void - The Crawl
Chronique
Temple Of Void The Crawl
Depuis le début de sa carrière le groupe de Detroit reste une relative énigme, car si on sent bien qu’il a le potentiel pour aller haut dans la hiérarchie il n’a en revanche jamais réussi à l’exprimer totalement, faisant ainsi de chacune de ses sorties une relative déception liée à un manque d’homogénéité général et à certains excès sonores… contrebalancés par une technique impeccable et des passages absolument délicieux. C’est donc typiquement un espoir qui n’a pas pu entièrement confirmer son passage au niveau supérieur, et pour essayer enfin d’y parvenir il s’est laissé plus de temps que d’habitude pour sortir son cinquième album… car là où auparavant il mettait environ deux ans et demi à arriver dans les bacs environ ce nouvel opus aura mis quatre années entières à voir le jour. S’il y a eu du mouvement en interne rapidement après l’enregistrement de
« Summoning The Slayer » c’est surtout que le désormais quatuor a eu besoin de souffler pour mieux revenir aux affaires, désormais moins pressé à refaire parler de lui il cherche donc à mieux peaufiner tous les détails de sa musique tout en gardant cependant la même ligne de conduite.
Néanmoins là où par le passé on finissait par s’ennuyer du fait d’un ronronnement et d’une certaine prévisibilité ici force est de reconnaître qu’il n’y a rien de tout ça, car la formation signe sans doute sa réalisation la plus aboutie à ce jour ainsi que la plus variée aussi bien rythmiquement que du côté de l’entrain qui ne faiblit jamais. Difficile en effet de trouver quoi que ce soit à redire durant ces quarante-deux minutes quasiment sans fausses notes, vu que les gars ont décidé de sortir un peu de leur zone de confort et d’être plus ambitieux… dévoilant ainsi une virulence insoupçonnée et de nombreuses harmonies qui ponctuent des solos majestueux. D’ailleurs ceux-ci vont immédiatement appâter l’auditoire avec le furibard « Poison Icon » qui est sans doute parmi ce que ses auteurs ont pondu de plus vindicatif jusqu’à aujourd’hui, tout en gardant leur style exécuté ici de manière propre et redoutable où l’envie de secouer la tête se fait de façon instantanée. Car nous imposant directement un mid-tempo de dingue et un long lead l’ensemble va ensuite alterner progressivement entre ces accents bridés typiques et des accélérations redoutables, conservant de fond en comble une envie d’en découdre contagieuse sans jamais voir poindre un instant de lassitude l’entité livre donc une plage de très haut niveau où toutes ses meilleures choses sont mises en avant de façon hyper convaincante. Remuante de bout en bout et mélangeant habilement la noirceur avec de la lumière et de l’espérance elle donne le ton du reste à venir, qui bien que se faisant plus classique va proposer encore de très belles choses. La preuve avec l’excellent « Godless Cynic » au grand écart impressionnant qui débute de façon très rampante et oppressante, avant de littéralement exploser pour offrir après ce départ doomesque une explosion de vitesse afin de créer deux versants opposés mais en totale adéquation, où la dynamique reste permanente tel un volcan en éruption qui rejette toute sa véhémence après une longue période d’inactivité.
Si le versant rapide va être moins marqué sur les impeccables « The Crawl » et « A Dead Issue » ceux-ci vont privilégier le bridage continu ou presque, offrant ainsi un voyage noir et suffocant où nul espoir n’est permis tant on est pris en étau par cette humidité débordante et ces plans répétés fréquemment… mais sans qu’on ne sente une certaine linéarité. Car ce long-format est bel et bien une réussite intégrale… même quand les mecs repiquent des idées entendues par le passé, vu que certains plans ne sont pas sans rappeler leurs précédents enregistrements en commun, mais contrairement à ceux-ci les nouveautés entendues ici ne ronronnent jamais et conservent leur intérêt en continu… signe donc d’un niveau général qui s’est élevé et que personne n’osera remettre en question. De fait pour éviter de retomber dans certains travers les Américains vont ensuite miser sur une vision plus travaillée qui apparait d’abord avec le dense « Thy Mountain Eternal », où quelques arpèges froids servent d’introduction apaisante avant la montée progressive de la tension mais sans pour autant que tout n’explose à foison vu que ça reste contenu rythmiquement… mais avec l’apport ici d’ambiances atmosphériques et cosmiques cela amène un ressenti éthéré en total raccord avec l’obscurité générale et la graisse qui en déborde. Aérienne comme putride et nous embarquant aussi bien vers les cimes célestes que six pieds sous terre cette mise en abîme tortueuse et riche en émotions comme en sentiments divers est le dernier acte ambitieux de cette galette de très bon goût, qui va se terminer par un classicisme impeccable sans surprises mais redoutablement efficace.
Car que ce soit avec le lourd « Soulburn » (qui n’oublie cependant pas de passer la seconde quand il le faut) ou le long « The Twin Stranger » à la bipolarité exacerbée - mais qui offre un ressenti malsain de par ce grand écart explosif comme corrosif, on ne peut s’empêcher pour ces deux moments très réussis de taper du pied comme de secouer la tête de façon instinctive et sans calcul… preuve donc de la qualité indéniable de ce cru 2026 qui offre enfin ce qu’on attendait de la part de ses créateurs depuis si longtemps. Ça se sera effectivement fait nettement désirer mais ils y sont enfin parvenus, et de fait il serait dommage de passer à côté de cette réalisation qui sans devenir un futur classique a quand même les armes pour occuper les esprits embrumés pendant un bon bout de temps. Maintenant à voir si ce bon résultat continuera à l’avenir ou si ça n’est qu’un feu de paille, mais là on est gourmands et on s’avance sans doute trop loin dans le temps… apprécions déjà ce qui est proposé ici et goûtons-le avec délice en profitant de l’instant présent… et pour le futur on verra bien le jour venu.
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