Compagnons de longue date au sein d’
ASPHYX, la question de l’intérêt qu’avaient alors
Eric Daniels et
Bob Bagchus à lancer le projet
SOULBURN se pose inévitablement en écoutant
Feeding on Angels. Le disque sort deux mois avant le décès de
Theo Loomans, la paire étant ici accompagnée de
Wannes Gubbels (chant – basse) en provenance de
PENTACLE, musicien qui intégrera ensuite la formation culte néerlandaise où il officiera durant la décennie 2000-2010, jouant notamment sur
On the Wings of Inferno puis
Death…The Brutal Way, deux excellentes parutions.
À ce titre, l’interrogation initiale de cet article s’avère encore plus légitime lorsqu’on écoute successivement ce premier LP puis
On the Wings of Inferno, paru deux ans après, tant tout y semble similaire : de la pochette à la production en passant par la construction même des morceaux, l’impression d’écouter un facsimilé pourrait en devenir gênante. Pourtant, en dépit de cet effet miroir,
Feeding on Angels se situe à tout jamais (pour moi) en haut des albums de
death metal qui comptent, qui pèsent lourd, très lourd. Ce disque en imposait déjà en 1998, il en impose encore en 2026 (davantage que les sorties ultérieures), aucun argumentaire ne me fera changer d’avis et ceci pour une raison simple : à mon goût, l’œuvre ne contient que des tubes (si je puis dire). De l’introduction « Enter the Flames of Soulburn » à l’outro « …the Flames of Soulburn », chaque composition possède au moins un passage incroyable, des éclairs d’inspiration complètement épiques pour un rendu global totalement démoralisant pour la concurrence qui devra se lever de bonne heure si elle souhaite espérer ne serait-ce qu’effleurer du bout des doigts de tels sommets.
L’intro pose son ambiance pesante d’abysse infernal sur laquelle viendront immédiatement se fracasser les premiers accords de « Hellish Entrapment ». Ça y est, la bête cornue est en marche, le trio impose sa marque : un
death metal principalement mid-tempo qui flirte allègrement avec le
black mais, qui surtout, écrase tout sur son passage. À 01’20, la rythmique envoyée est simplement dantesque avant de repartir sur le riff central, certes simple voire simpliste, néanmoins d’une efficacité vengeresse puis, à 02’10, l’Enfer ouvre grand ses imposantes portes noires : fureur et flammes de géhenne jusqu’à la fin de ces sept minutes et quelques. Et que dire du riff à 04’42 ? Majestueux, impérial… Une branlée, parmi d’autres.
Cette ouverture donne le ton exact d’un LP qui ne fera ensuite qu’enchaîner les moments mémorables de bravoure : à 01’37 de « Crypts of the Black » (rupture d’anévrisme garantie), l’intégralité de « Hymn of the Forsaken » qui ne peut que s’écouter à fond, les poings fermés, le visage grimaçant, ou encore à 03’56 de « Feeding on Angels » (sors ton épée, c’est la guerre), le riff introductif monstrueux de « Storming Hordes »… Il n’y a guère que « Throne of Hatred » qui soit un brin en-dessous, peut-être également « Behold the Funeral Candle », deux pistes qui ne parviennent pas totalement à se hisser au niveau d’excellence des précédentes, peut-être parce qu’elles ne contiennent pas d’instants aussi marquants (quoi que, le pont central quasiment
doom de « Throne of Hatred » puis la raclée à 02’40 suffiront à faire pleurer de jalousie n’importe quel compositeur).
Avec de tels détails temporels, je ne cherche pas à réduire le concept à quelques minutes géniales disséminées au sein de chansons faiblardes. Aujourd’hui encore, ces neuf pièces m’impressionnent par leur cohérence, leur puissance sans faille, leur intemporalité également même si l’on pourra affirmer droit dans ses bottes que ce n’est jamais que du
ASPHYX, de la tête aux pieds, j’en conviens de bonne grâce. Il demeure qu’à mes yeux, mis à part un mixage qui occulte totalement la basse (d’ailleurs j’ai longtemps cru qu’il n’y en avait pas) pour offrir la totalité de l’espace sonore à
Eric Daniels, ce dernier se montre tellement à son avantage que l’on finit par se faire une raison, pour ma part ce choix ne m’a jamais dérangé d’autant que les vocalises possédées ainsi que la batterie tapent une performance olympique. Ah si, une autre critique : assez rapidement la pochette originale a été modifiée afin d’y apporter davantage de couleurs, mauvaise idée : c’est ce rouge dégueulasse que je veux, celui que je possède et merci bien.
Quant à ceux qui souhaiteraient pousser l’expérience plus avant, le
Bandcamp de la formation propose une version « de luxe » avec des versions démos qui, pour une fois, ne font pas office de remplissage : l’occasion idéale de se rendre compte à quel point ce
death poutre un maximum. La suite n’atteindra jamais l’intensité de ce début incritiquable, ni
The Suffocating Darkness (2014) trop orienté
black metal, encore moins
Earthless Pagan Spirit puis
Noa’s Dark. Quant au
Quantifying Cosmic Doom qui approche… Bref,
SOULBURN restera pour moi le groupe d’un album, parfait de bout en bout.
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