Soulburn - Quantifying Cosmic Doom
Chronique
Soulburn Quantifying Cosmic Doom
Ayant gagné ses lettres de noblesse à l’international grâce au mythique ASPHYX le Death/Doom venu des Pays-Bas se fait néanmoins beaucoup plus discret depuis quelques années, la faute autant à des disques moins marquants qu’à des formations se faisant largement désirer. Si évidemment on pardonnera volontiers à l’entité de Martin Van Drunen pour ses innombrables services rendus, en revanche entre GRACELESS à la discographie mitigée et GRAND SUPREME BLOOD COURT qui n’a rien publié depuis plus d’une décennie il y a de quoi être sur sa faim… jusqu’à aujourd’hui. Car après quasiment six ans d’absence revoilà SOULBURN pour notre plus grand plaisir tant on avait largement apprécié ses deux précédents albums, mais qui semble aujourd’hui ne pas vouloir se reposer sur ses lauriers vu que ce nouveau chapitre va certes reprendre les mêmes choses entendues précédemment mais aussi sortir de sa zone de confort… un choix osé qui hélas ne se fera pas sans heurts.
Car si les Bataves nous ont toujours habitué à publier des longs-formats particulièrement étirés ils se sont ici surpassés en offrant pas moins de soixante-et-une minutes de musique, une durée totalement délirante et excessive qui va avoir pour effet de plomber la plupart des morceaux… qui n’avaient déjà clairement pas besoin de ça pour être ennuyeux. En effet si on ajoute à cela une écriture moins inspirée, des excès vocaux au chant clair et une construction globale trop ressemblante de bout en bout (avec en prime nombre d’éléments lumineux et d’arpèges solaires prévisibles), on se retrouve donc avec une galette très inégale et franchement pataude, qui est clairement la plus faible de ses auteurs. A l’image de sa pochette aux accents psychédéliques la musique du quatuor va directement nous plonger dans une ambiance froide et lumineuse mais aussi franchement bizarroïde, où l’on va avoir souvent le sentiment d’avoir affaire à des idées intéressantes mais posées de façon bancale et qui auraient pu sans doute être meilleures avec plus de simplicité. C’est le cas de l’ouverture intitulée « The Braveheart Of Nightmares », qui démarrait pourtant sous les meilleurs auspices avec une énorme énergie mise en place sous la forme de blasts destructeurs et parties rapides débridées où l’on headbanguait comme il le fallait… avant que les choses ne se gâtent rapidement avec l’arrivée du chant clair franchement moyen, et qui a du mal à s’intégrer aux ambiances plus chaudes qui émergent avec la noirceur absolue du début. Sentant la nostalgie de partout on a ensuite droit à un interminable moment bridé où les notes douces et coupantes ne veulent jamais se finir, confirmant donc qu’on a deux parties distinctes rythmiquement comme du côté de l’attractivité qui dégringole rapidement… un point que « Powehi, The Embellished Dark Source Of Unending Creation » qui enchaîne juste après va lui aussi avoir en son sein. Car malgré du bon mid-tempo entraînant à souhait et joué en alternance avec des gros ralentissements particulièrement massifs et classiques dans leurs exécutions, l’ensemble va être plombé là encore par cette voix fatigante dès qu’elle s’éloigne du côté criard et caverneux habituel… dommage donc qu’à vouloir sortir de son schéma de jeu sans surprises mais efficace l’entité ne se perde en route.
Cela est d’autant plus regrettable que quand elle décide de revenir aux fondamentaux le rendu est tout de suite bien plus convaincant, que ce soit avec l’hivernal « A Pyramid Absurd » (qui n’en oublie pas d’accélérer quand il faut) ou encore l’impeccable « An Impious Journey Through The Cathedral's Mouth » le groupe montre qu’il sait encore proposer quelque chose de qualité, vu qu’ici c’est dynamique en permanence tout en étant franchement remuant vu que ça alterne entre gros ralentissements, accélérations brutales et longues batailles en médium légèrement épiques. Tout cela en prime sur fond de riffs sombres et gras à la noirceur générale, qui s’efface de temps à autres au profit d’accalmies bienvenues qui font mouche. D’ailleurs il est à noter que cette positivité va se prolonger sur le très sympathique « Stalactites Of Molten Flesh » qui sait aussi tabasser quand il le faut, ainsi que sur l’explosif et suffocant « Iconox Spew Black At The Razor's Edge » où toute la palette de jeu de la bande va être de sortie (avec même quelques influences Punk bien troussées), pour un rendu à la fois pachydermique et incandescent
Et même si entre les deux il aura fallu se farcir le chiantissime « M87 - What Hopes To Be Born? » qui ne décolle jamais et reste désespérément en mode sénateur endormi (et à l’inspiration en berne), on a quand même de quoi se satisfaire de ce second tiers de bonne qualité qui se clôt avec l’étonnant « Down Among The Stars » grassouillet au possible et où l’on se surprend à y trouver des influences Grunge et notamment ALICE IN CHAINS du côté des guitares. Surprenante au départ cette plage passe aisément le cap des écoutes en restant assez pépère… ni trop furibarde ni trop virulente, privilégiant un certain désespoir humide où la sobriété est de mise, réussissant donc à nous convaincre une fois encore… mais aussi pour la dernière fois. Vu que l’ultime reste à venir va être un ratage sans nom… vu qu’entre le prévisible et plaintif « The Desolationist », le décousu « In The Very Time That Will Rot Us » (qui hésite à aller franchement d’un côté ou de l’autre) ou le pataud « An Innocuous Swathe Of Sky » (qui s’essaie lui aussi aux deux visions antagonistes sans plus de réussite) on va donc avoir hâte que tout cela se termine pour passer à autre chose.
C’est effectivement dommage que les compositions ratées fassent trop d’ombre à celles réussies… vu que globalement ça fait moitié-moitié, soit trop dans un sens et pas assez dans l’autre et du coup le résultat final s’en ressent avec une note très moyenne et dommageable pour les Néerlandais qui ont voulu prendre des risques sans en maîtriser toutes les conséquences. Volonté d’évoluer aléatoire ou attitude trop sûrs d’eux, dans tous les cas on ne retiendra pas grand-chose de ce disque… la moitié en gros qui assure pleinement, et l’autre où l’on s’emmerde fermement. Ce n’est donc pas suffisant pour des vétérans au pedigree pareil et on ne peut qu’espérer qu’après cet avertissement ils retrouveront leur chemin certes balisé mais où ils sont totalement redoutables, au risque sinon d’être déjà devenus des vieilles gloires qui sortent des enregistrements très mitigés et qui vivent sans cesse sur leur passé révolu. On n’en est certes pas encore là mais ça s’y approche dangereusement, autant dire qu’un faux-pas dans le futur leur est désormais interdit… et que pour l’instant en matière de bon son venu du pays des moulins et des polder on trouvera facilement bien meilleur en matière.
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