Terror - Still Suffer
Chronique
Terror Still Suffer
"Still Suffer"
Les gens souffrent. Certaines personnes plus que d’autres et à des degrés évidemment bien différents selon les individus et les situations mais oui, les temps sont durs pour à peu près tout le monde et la souffrance, qu’elle soit physique, psychologique, sexuelle, verbale, socio-économique pourrit plus ou moins dramatiquement la vie des gens au quotidien...
Cette thématique peu réjouissante mais néanmoins universelle, les Américains de Terror l’ont toujours abordé par le biais d’une musique certes agressive mais ne cédant jamais à la fatalité puisque l’idée principale derrière celle-ci et les paroles puissantes de Scott Vogel est justement de se nourrir de cette souffrance pour tenter par tous les moyens possible de s’émanciper, de la vaincre et se faisant de devenir quelqu’un de tout simplement plus fort. Oui, c’est probablement un petit peu cliché mais l’essence même du Hardcore réside en partie dans ce combat que chacun doit mener dans la vie de tous les jours.
Passé entre plusieurs mains toutes plus expertes les unes que les autres (Todd Jones, Taylor Young, Jon Markson, Brad Boatright, Jay Zubricky, Oliver Roman...), ce dixième album de Terror bénéficie sans grande surprise d’une production aux petits oignons. Un son musculeux et tout en nerfs pour un Hardcore qui évidemment l’est tout autant. Côté illustration, le groupe originaire de Buffalo, NY, a fait le choix cette fois-ci d’utiliser une photographie. Un cliché vieux de près de cinquante ans signé du photographe Chuck Fishman (célèbre notamment pour certains de ses instantanés comme ceux de Lou Reed, James Brown, Chuck Berry, Robert Duval...) et qui autant que la jeunesse, l’espoir et l’insouciance (cet enfant au premier plan qui joue à la balle) évoque également la dureté du quotidien (ici à South Harlem dans les années 70 devant un immeuble abandonné et bordé de gravas. Une illustration simple et dépouillée mais qui comme pour le dernier album d’High Vis (avec là aussi une mise en page aussi sobre qu’efficace) résonne de manière universelle.
Sorti le mois dernier chez Flatspot Records après deux excellents albums paru chez Pure Noise Records, Still Suffer culmine à un joli vingt-huit minutes ce qui pour seulement dix titres s’avère finalement assez surprenant. Mais cette durée "excessive" s’explique en grande partie par ce « Deconstruct It » servi en fin de parcours et affiché à plus de huit minutes (dont un petit peu plus de cinq constituées de sympathiques messages vocaux laissés à l’adresse de Scott Vogel sur son répondeur téléphonique sur fond de beats entêtants, petites touches de piano et autres cordes frottées). Pour autant et sans surprise aucune, c’est évidemment rage au ventre et pied au plancher qu’est menée cette nouvelle danse.
En effet, avec vingt-quatre ans ans de carrière derrière lui, ce n’est pas aujourd’hui et encore moins demain que Terror risque de changer son fusil d’épaule. La seule chose qui change ici sont finalement les quelques featurings qui ponctuent toujours aussi habilement ces vingt-huit minutes. On retrouve ainsi Jason Petagine (Mindforce, Crush Your Soul, Pillars Of Ivory...) sur "Beauty In The Losses", Brody King (God’s Hate) et Dan Seely (King Nine) sur "Deconstruct It" et, beaucoup plus surprenant, Chuck Ragan de Hot Water Music (célèbre groupe d’Emo / Post-Hardcore américain des années 90) sur "Fear The Panic" qui tous apportent leurs timbres si distinctifs à des compositions toujours aussi directes et redoutables.
En effet, comme ses deux prédécesseurs chroniqués ici-même, ce nouvel album offre aux auditeurs une formule naturellement cousue de fil blanc qui n’aura cependant aucun mal à faire recette. Car derrière la simplicité de certaines séquences et le fait que l’on sâche pertinemment ce qui nous attend à l’écoute d’un nouvel album des Américains, Terror a toujours su composer d’excellents morceaux à la fois directs, groovy, efficaces et fédérateurs. Pour cette dixième itération, rien ne va changer et se sont évidemment les mêmes ingrédients que l’on va retrouver tout au long de cette petite demi-heure. Riffs Punk / Hardcore tendus et nerveux ("Promised Oly Lies" à 0:11, "A Deeper Struggle" à 1:07, "To Hurt The Most" à 0:09...), accélérations simples mais toujours aussi entraînantes (« Erase You From My World » à 1:14, "Still Suffer" à 1:17, le très tendu "Promised Only Lies" pas loin d’évoquer Nails par endroits, "Death Of Hope" à 0:15...), basse vibrante et délicieusement expressive ("Promised Only Lies" à 0:05, les introductions de "Erase You From My World" et "Fear The Panic"...), groove toujours aussi imparable (l’essentiel de "Still Suffer", "Promised Only Lies" à 0:47, "Destruction Of My Soul" à 1:24...), choeurs bien virils ("Erase You From My World", "Still Suffer", "Destruction Of My Soul"...) et enfin pour couronner le tout un Scott Vogel qui malgré les années qui passent n’a absolument rien perdu de sa passion et de sa hargne. Ajoutez-y quelques instrus Rap bien ficelées (les premières mesures de "Beauty In The Losses" auxquelles succèderont quelques instants plus tard les dernières minutes de "Deconstruct It" évoquées plus haut) et vous voilà avec dans les oreilles un nouvel album de Terror au moins aussi bonnard que les précédents.
Fidèle à un modèle depuis longtemps éprouvé, Terror a fait le choix une fois encore de ne rien changer à sa formule. Ceci étant dit, en optant pour des albums particulièrement courts qui jamais ne tournent en rond, celui-ci parvient de nouveau à sonner très juste. Les années passent, le temps file mais Terror semble conserver toute sa superbe et ne rien sacrifier à son propos original que ce soit dans sa musique toujours aussi hargneuse et fédératrice que dans ses textes visant à affronter le quotidien et à rappeler à ceux qui en douteraient qu’on est un peu tous dans la même galère... Bref, vingt-huit minutes rondement menées de la part d’un groupe qui décidément n’a pas fini de nous ravir et de nous faire transpirer.
Et pour ceux qui aimeraient prolonger encore un petit peu l'expérience, voici ci-dessous un petit documentaire paru à l'occasion de la sortie de ce nouvel album :
| | AxGxB 6 Mai 2026 - 426 lectures |
| |
DONNEZ VOTRE AVIS
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
AJOUTER UN COMMENTAIRE
Par Sosthène
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Samfisher
Par Sosthène
Par MoM
Par Raziel
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Cujo
Par Keyser
Par Jean-Clint
Par AxGxB
Par DEMONIKA
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint