Comptant à son actif il y a encore quelques mois deux démos, un EP ainsi que deux compilations, il était grand temps pour Angurvadal de passer la seconde pour s’affranchir un instant de ces formats certes toujours très adaptés lorsqu’il s’agit notamment de faire connaissance avec un groupe et son univers mais néanmoins assez vite limités surtout lorsque ceux-ci ont tendance à se succéder sortie après sortie. Si j’entame cette nouvelle chronique par ces quelques mots c’est bien évidemment parce que c’est désormais chose faite avec la parution en mars dernier de
Winds Of Jötunheimr sur Blud Auk Tapes (Ablazen Winds, Garmsblod, Heilig Vuur, Human Agony, Ichors Glaive...) puis de nouveau en mai pour une édition CD providentielle sortie cette fois-ci sur la structure belge Medieval Prophecy Records.
Si vous n’aviez pas lu ma chronique de
Vetr + Blodskald (je ne vous félicite pas mais cela peut arriver...), une compilation réunissant sur un même format ce EP et cette démo parus tous les deux en 2024, j’imagine alors que la raison qui vous a poussé à cliquer sur cette chronique est forcément cette somptueuse illustration signée des mains talentueuses de David Thiérrée. Habitué à ses travaux en noir et blanc et autres dégradés de couleurs généralement assez sombres et monochromes, j’ai été très agréablement surpris de découvrir cette oeuvre bien plus colorée qu’à l’accoutumée. Des couleurs profondes et nuancées pour une composition intelligente aux transitions extrêmement fluides (le mariage de ce noble viking et de ces paysages terrestres et célestes est en effet particulièrement réussi). Du très bon travail qui comme souvent dans ce genre de situation, devrait mettre les égarés et autres ignorants bienheureux sur le chemin de ce groupe américain tout à fait méritant.
Composé de huit nouveaux morceaux parmi lesquels une introduction, un interlude et une conclusion que vous n’aurez aucun mal à identifier,
Winds Of Jötunheimr renoue une fois de plus avec ces thématiques païennes issues de la mythologie nordique si chères à la formation américaine au sujet de laquelle je n’ai d’ailleurs toujours rien de bien nouveau à vous apprendre (même si finalement je ne serais pas très étonné d’y découvrir l’implication plus ou moins directe d’un certain Rory Flay...). Rien de bien nouveau donc pour un groupe qui continue de marcher dans les pas de formations telles que Graveland, Forest et Bilskirnir... Enregistré une fois de plus par le groupe lui-même puis passé ensuite entre les mains expertes de monsieur Alexander Poole (tiens, tiens...), ce premier album bénéficie pour l’occasion d’un son certainement moins dépouillé qu’auparavant. Bien évidemment, Angurvadal n’a en aucun cas succombé aux sirènes d’une production moderne et sans âme mais en comparaison de ses précédents travaux, on ne peut néanmoins que constater les quelques progrès faits en la matière. Cepedant, si cette production plus équilibrée et puissante offre indubitablement au Black Metal des Américains un souffle nouveau, la formule que ces derniers ont choisi de dérouler tout au long de ces trente-huit minutes n’a quant à elle pas changé d’un iota.
Amateur de compositions au long-cours, Angurvadal va naturellement renouer avec ces formats relativement étirés auxquels il nous a précédemment habitués puisque la durée de chacun de ces nouveaux morceaux (exception faite évidemment de cette introduction, de cet interlude et de cette conclusion) oscille ici entre cinq et sept minutes bien tassées. Des formats qui vont permettre au groupe de prendre son temps pour développer son univers et éviter au passage de tomber dans une quelconque forme de redite. Album définitivement porté sur les atmosphères mais néanmoins très dynamique,
Winds Of Jötunheimr est ainsi ponctué par quelques accélérations plus ou moins viriles comme lors de ces quelques bravades à l’ADN Punk indiscutable ("Winds Of Jötunheimr" à 4:48, "Hammers Of Wolven War" à 3:52...) ou bien encore lors de ces passages un petit peu plus coriaces menés notamment à coups de blasts ("Fire's Trance, Winter's Blood" à 0:27, "Hammers Of Wolven War" à 2:08 ou "Frozen Throne" à 1:58...). Certes, Angurvadal n’est pas une bête de course puisqu’à l’inverse les passages plus tranquilles sont également bien représentés tout au long de ce premier album mais l’avantage d’une formule aussi variée rythmiquement parlant est que l’on ne s’ennuie jamais.
L’autre point fort d’Angurvadal et de son Black Metal, c’est assurément ce goût pour les mélodies tantôt épiques et conquérantes, tantôt plus mélancoliques et émotionnelles (mention particulière pour le premier riff de « Midgard: The Bound Earth » qui me colle par exemple des frissons à chaque fois). Naturellement, ce sont ces guitares qui font le plus gros du travail avec ces riffs particulièrement prenants ainsi que ces nombreux leads et autres solos évocateurs mais ces derniers sont également épaulés par de nombreuses nappes de synthétiseurs jamais encombrantes mais là encore toujours pleines d’images et autres évocations mystérieuses et lointaines ainsi que par divers petits arrangements relativement discrets mais pour autant fort à propos (guitare en son clair, voix cérémoniales et presque incantatoires...).
De cette très chouette illustration à ces compositions particulièrement léchées,
Winds Of Jötunheimr est ce que l’on peut appeler une réussite complète. Plutôt que de ruer dans les brancards, le groupe a préféré prendre tout son temps, peaufinant sa formule (même si celle-ci était déjà bien rodée dès ses premières sorties) pendant près de quatre ans avant de passer enfin l’étape cruciale du premier album. À une époque où tout doit aller très vite, ce genre de positionnement peut sembler étrange et contre-productif mais à l’écoute de ces trente-huit minutes aucun doute que cela en valait la peine. Certes, ce n’est pas Angurvadal qui encore une fois va révolutionner quoi que ce soit avec son Black Metal mais pour les amoureux des choses bien faites ne manquant clairement ni de caractère ni d’authenticité, nul doute que
Winds Of Jötunheimr parviendra aisément à convaincre.
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