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Malhkebre - B.A.M.N.
Chronique
Malhkebre B.A.M.N.
Avec désormais presque un quart de siècle au compteur le combo de Toulouse fait aujourd’hui partie de la vieille garde Black de l’Hexagone, même s’il souffre toujours d’un manque criant de notoriété lié notamment au nombre assez restreint de ses sorties. Il faut dire qu’il a pris l’habitude de se faire désirer en laissant beaucoup de temps entre chaque disque… et ce quel que soit le format proposé, car depuis le très bon « Satanic Resistance » il s’est écoulé sept ans… période où seul l’Ep « To Those Who Forged Us » est venu nous rappeler que Shamaanik B. et ses comparses étaient toujours actifs. Renforcé désormais par Simon Evangelista de BLACK MARCH à la guitare et le mystérieux H. Hyskariioth à la basse MALHKEBRE livre donc enfin son troisième album de pur Metal noir froid, nihiliste et violent… qui sans chercher à renouveler quoi que ce soit va faire parfaitement le métier avec sérieux et application. Car évoluant toujours dans cette veine orthodoxe, occulte et sombre le quatuor offre ici comme d’habitude un rendu propre et efficace à défaut d’être indispensable, tant il lui manque toujours le petit plus pour se démarquer de la redoutable concurrence nationale.
Néanmoins difficile de faire la fine bouche durant les quarante minutes à venir qui s’écoutent facilement malgré quelques petites longueurs ici et là, et dont le point de départ est le glauque et sulfureux « Choose Your Destiny » aux accents militaristes et dont le titre semble être un ordre donné avec un ton autoritaire. Proposant en ouverture un discours de rappel aux troupes la suite offre une vision où larsens et passages tribaux se côtoient sur un tempo très lent, comme pour mettre la pression et préparer à la violence à venir par la suite… tant tout ici est d’une obscurité intégrale comme pour signifier que l’heure du combat final est proche. A la fois introduction et morceau à part entière il sert en prime de parfait tremplin à « I Have A Dream » dont le nom peut être vu comme l’inverse de celui du célèbre discours de Martin Luther King, vu qu’on est sur quelque chose de vindicatif et brutal. Dévoilant ici un rendu sinistre où les longues plages musicales côtoient un chant au débit franchement rapide l’ensemble oscille sur ses deux extrémités, où le bridage glacial et désespéré se mêle aux blasts les plus brutaux faisant ainsi sentir le Diable comme la mort dans les parages, et on sent bien qu’il en faut peu pour qu’ils nous embarquent avec eux. Variée et impeccable dans ces choix cette plage va servir de base à « You Failed » qui va reprendre les mêmes ingrédients et presque faire office de suite, en jouant néanmoins sur un versant plus frontal vu que le côté débridé et cradingue va côtoyer tranquillement la brume épaisse où l’ensemble lève fortement le pied, chacun de ses versant passant l’un après l’autre sans difficultés pour mieux mettre en valeur ainsi son épaisseur et sa sauvagerie. Offrant donc une vision humide et martiale cette composition prouve que les gars même en y allant plus frontalement gardent une vraie attractivité continue, du coup il est logique qu’ils persévèrent sur ce même chemin via le redoutable « Falling To Rise » où la simplicité est poussée un peu plus loin encore. Cependant jamais la linéarité n’y apparait tant les longues déferlantes vindicatives comme lourdes sont d’une fluidité indécente… et même ici agrémentées de quelques plans parfaits pour secouer la tête, et éviter ainsi un copier-coller préjudiciable.
Sobre mais pas simpliste ce long-format se voit donc densifié par différents extraits certes assez similaires mais pas pour autant inintéressants, surtout que chacun d’entre eux malgré leurs ressemblances arrive facilement à se différencier par rapport à ses voisins. Et ce d’autant plus dans la deuxième partie de cette galette où la durée va s’allonger… comme l’écriture se densifier à un niveau supérieur, ce que démontre ici l’excellent « To Those Who Forged Us » dont la température va descendre encore plus fortement, libérant avec elle des forces incantatoires présentes au départ de façon bridée et qui gardent une pression constante. Celles-ci vont libérer progressivement leurs étreintes à coups d’abord de passages en médium redoutables et parfaits pour headbanguer tant ça sonne épique et guerrier, avant que l’ensemble ne se conclue par du blast dévastateur pour offrir ainsi sans doute la meilleure prestation de cet enregistrement à la fois hypnotique et pénétrant. Tout cela montre donc une réelle attractivité sans pour autant en faire des tonnes techniquement, tant ça reste hyper efficace mais plus dense que le reste entendu jusque-là, d’ailleurs la dynamique proposée juste avant va continuer de très bonne manière avec le redoutable « We Fight And We Protect » particulièrement épais et homogène. Sortant ici tout le panel de jeu l’égalité y est constante histoire d’offrir encore de la profondeur comme de l’énergie, avant la conclusion apparaissant sous le nom de « There Are No Safe Spaces » et qui va détonner par rapport au reste.
En effet ici le côté religieux va être poussé plus loin (se faisant cependant au détriment de l’accroche générale) vu qu’après une longue introduction tribale où seuls les toms de batterie résonnent dans le vide sidéral, le reste va mettre trop longtemps à démarrer correctement…faisant donc qu’on a un peu lâché l’affaire en cours de route, et ce même si on a droit à une voix haranguée plus que convenable mais dont le rendu global ne décolle jamais véritablement. De fait on aurait aimé que ce « B.A.M.N. » se termine sur autre chose que cela vu qu’un peu d’énergie aurait été bienvenu, et même nécessaire c’est peu de dire afin de clore tout cela de meilleure façon que ce versant plus ambitieux mais pas totalement réussi comme il aurait dû l’être Néanmoins ne boudons pas notre plaisir car même s’il n’est pas sans défauts ce troisième chapitre a de solides arguments pour plaire au plus grand nombre, de par sa relative homogénéité comme son professionnalisme constant (bien qu’un soupçon de variété supplémentaire lui aurait permis d’être encore meilleur). Et à tout cela on peut ajouter cette pochette provocatrice mais tellement dans le vrai avec cette allégorie du mégaphone utilisé comme arme de guerre, diffusant à la face du monde nombre de messages agressifs et complotistes (troublant ainsi les esprits faibles comme le jeu démocratique). Pas la réalisation de l’année c’est certain mais quand même suffisamment efficace pour qu’on s’y penche attentivement dessus, tant elle contient de quoi se vider la tête tranquillement mais avec un soupçon de réflexion… typiquement donc ce qu’on recherche avec ce genre de publication et c’est l’essentiel finalement.
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