Numen - Erre
Chronique
Numen Erre
Désormais pratiquement trentenaire la formation menée par l’imperturbable Aritz Navarro Aramburu n’a jamais lâché l’affaire durant toutes ces années, et ce malgré le manque d’intérêt la concernant ainsi que les galères de personnel et les longues périodes de silence qui ont jalonné son histoire… et il aurait été dommage de ne pas persévérer vu la qualité générale de chacune de ses sorties. Sept ans après l’agréable
« Iluntasuna Besarkatu Nuen Betiko » revoilà donc le groupe avec cinq nouveaux et longs morceaux qui reprennent les choses où elles en étaient restées précédemment, continuant ainsi à raconter les légendes et histoires du Pays Basque dans la langue régionale de ses auteurs sur fond de musique typiquement Black Metal et complétée par de nombreux accents Folk et acoustiques, qui s’entendent de façon discrète mais régulière. Rien de neuf sous le soleil local mais on n’en a cure vu que les gars livrent une fois encore un résultat sérieux et appliqué qui s’écoute tranquillement sans difficultés notables, et se révèle même bien plus profond à chaque fois qu’on prendra la peine de se pencher dessus.
Et dès le départ cette nouvelle galette va placer la barre particulièrement haut avec l’implacable et imposant « Kez Beteriko Zeru Penatua », où la violence débridée va côtoyer avec la même aisance une mélancolie affirmée qui sent bon la nostalgie tout en proposant une large palette rythmique constante, qui ne cesse de varier en continu (et où l’on entend même quelques notes acoustiques en guise de conclusion). Créant ainsi des hauts et des bas où les sentiments comme les émotions sont nombreux l’entité offre des longs passages instrumentaux particulièrement froids et obscurs, riches en atmosphères et aux ambiances épiques et guerrières… faisant passer ainsi l’auditeur par tous les sentiments possibles et ne montrant jamais de lassitude malgré une durée conséquente. Après ce point de départ copieux mais impeccablement digeste « Negu Itxian Urtarril Hotza » va offrir encore une dynamique impressionnante où le tempo bien qu’étant tout en variations là aussi ne va jamais véritablement ralentir, les mecs misant surtout sur la rapidité et les passages en mid-tempo remuants à souhait complétés par quelques blasts furieux et une vision frontale intense et sans concessions. Mais désireux de ne pas se contenter de cela la bande va distiller quelques légères ambiances de claviers sans que cela ne fasse perdre de la force au rendu général, où la lumière n’hésite pas à apparaître discrètement avant que l’obscurité ne reprenne sa puissance dévastatrice pour montrer que ce disque a décidément beaucoup d’arguments à faire valoir.
La preuve encore une fois avec le monstrueux « Errautsen Azken Arnasa » qui débute avec des accents hispanisants et presque flamenco avant que la machine ne s’emballe et ne tabasse durant un long moment, avant de laisser place à des rythmiques intermédiaires à l’entrain généralisé où l’on a franchement envie de prendre les armes. Si tout cela ralentit ça reste néanmoins très court vu que la priorité ici est donnée à l’explosivité sous toutes ses formes avec en continu l’envie de headbanguer, de par des riffs affûtés et un gros boulot effectué par le nouveau batteur dont la technique générale apporte un vrai plus à l’ensemble. C’est donc ici totalement balisé et sans surprises mais comme toujours le rendu est efficace et l’on n’a jamais de ressenti négatif, tout ça avant que l’attractivité ne monte d’un cran supplémentaire sur le virulent « Hustasuna - Oroitzapen Galduen Putzua » où une fois encore tout le panel de jeu est mis sur le devant de la scène avant une fluidité insolente, où s’ajoute des accents tribaux pour donner un soupçon de profondeur à une composition hyper énergique qui varie sans cesse pour mieux nous perturber, et ainsi amener une dimension presque occulte et païenne à ce rendu d’une virulence extrême. D’ailleurs ce schéma va continuer sur la conclusion intitulée « Euria Infernuko Sutan » assez hétérogène mais où le tabassage reste en tête de gondole, proposant ainsi une première partie classique et redoutable où la fureur est constante avant que le folklore local n’intervienne très fermement dans la seconde moitié de cette ultime réalisation, vu qu’on y entend les traditionnelles flûtes et alboka nous plongeant donc en pleine fête de village où la joie est de mise… à contrario de l’ambiance mortifère entendue au préalable.
Deux styles et autant d’ambiances donc pour cette conclusion implacable aux visages diamétralement opposés mais totalement cohérents, et qui se mêlent intelligemment les uns aux autres pour en terminer donc de ces trente-sept minutes sans temps mort ni faiblesses, et ce malgré parfois quelques légers moments où l’on aura la sensation que ça se répète un peu comme un recyclage parfois un peu trop visible. Cependant tout cela reste parfaitement maîtrisé et prouve que le groupe est maître de son sujet en signant au passage sans doute l’œuvre la plus aboutie de sa longue carrière, montrant donc qu’à l’instar du bon vin il se bonifie avec l’âge. Restant donc balisée mais pas moins originale cette nouvelle livraison des Espagnols a tout pour convaincre de par sa temporalité assez courte et ses multiples ambiances qui la parsème de fond en comble, et même si ça ne changera sans doute pas la donne pour ses créateurs il y a de quoi ici passer un agréable moment sans prétentions ni prise de tête. Tout cela fera donc clairement baisser la température estivale pour y trouver un peu de fraîcheur qui manque terriblement en cette saison, en obscurcissant le ciel pour mieux le couvrir et se mettre ainsi en condition d’écoute optimale d’un long-format net et sans bavures à l’exécution sans failles, à défaut d’être un classique futur… mais ça n’est pas là l’essentiel ni le but recherché.
DONNEZ VOTRE AVIS
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
AJOUTER UN COMMENTAIRE
Par AxGxB
Par Sosthène
Par Sosthène
Par Cujo
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Samfisher
Par Sosthène
Par MoM
Par Raziel
Par Sosthène