L’un des avantages avec la musique, du moins la nôtre, c’est qu’elle donne l’occasion de voyager à moindre frais. Ainsi, grâce à
TSAR STANGRA (Цар Стангра), je pars gaillardement à la découverte du folklore bulgare interprété par des Canadiens, à l’exception du chanteur – bassiste
Stanislav Stefanovski qui justifie le dépaysement. Point d’appropriation culturelle ici ! Pour cette deuxième œuvre (la première,
Небесният ковач, remontant à 2017), la formation a sollicité le talent de
Paolo Girardi qui se fend d’une illustration représentant la lutte entre le paganisme et le christianisme. Un thème récurrent, pour ne pas dire classique, du
pagan folk black metal, genre dans lequel officie notre sextet dont le maquillage ainsi que les tenues tranchent radicalement d’avec les clichés habituels du genre sombre, à la différence de la pochette donc.
Disons-le, je n’ai jamais vraiment été amateur de
pagan. Il subsiste certes quelques exceptions à la règle mais il ne peut malheureusement pas n’y avoir que des
NEGURA BUNGET ou des
DORDEDUH lâchés dans la nature, c’est une triste évidence. Pourtant, curieux d’approfondir ma connaissance de ce projet original, j’ai tout d’abord commencé par m’enquérir de
Небесният ковач, pour être finalement être le premier surpris par ce que j’y ai entendu : de la mélodie à foison, des éléments traditionnels c’est une certitude, mais j’ai surtout grandement apprécié la clarté subtile de la production ainsi que l’authenticité qui se dégageait des compositions. En revanche, la découverte de « Тъга за Юг (Longing for the South) », première piste dévoilée avant la sortie officielle du nouveau LP, a rapidement refroidi mes ardeurs. Tout ce que je n’aime pas dans le
folk black y est présent, particulièrement ces mélodies viriles où on se tape dans le dos avec une chope à la main et de grands éclats de rire bonhommes, avant de partir sur quelque chose de certes plus bourru mais qui ne décolle jamais vraiment, avec un chanteur qui s’enflamme (son débit est rapide) sur des riffs qui n’arrivent pas à suivre en termes d’intensité… Pour tout dire, cette mise en bouche fut une petite déception, la suite allait-elle être à l’avenant ?
Pas exactement. En effet, le disque s’avère particulièrement accrocheur dès sa première piste qui ne masque pourtant rien des ambitions de la bande en termes d’introduction d’éléments folkloriques et d’idéaux mélodiques.
NOKTURNAL MORUM restera vraisemblablement l’influence la plus proche même si l’on n’en atteint jamais réellement le niveau d’inspiration. Pourtant, comme les Canadiens explorent leur propre voie, leurs propres sonorités « exotiques », ils parviennent toutefois à justifier d’une certaine originalité stylistique notamment au travers de leurs compositions les plus longues, riches en climats variés, tantôt guerriers, tantôt davantage mélancoliques. C’est là que la formation marque le plus de points, lorsqu’elle prend le temps de développer ses idées.
Bon, tout ne m’a pas non plus convaincu, « Black Song » par exemple qui contient quelques expérimentations trop étranges et dont l’objectif me passe au-dessus de la tête, de même que « The Final March », mi-interlude mi-vrai titre et dont la structure mélodique au demeurant intéressante aurait mérité un développement plus conséquent que ces trois pauvres minutes… Puis finalement toute la fin de l’album. Peut-être parce que je ne suis pas l’auditeur cible mais plus les pistes se dévoilent, plus j’ai du mal à rester immergé / concentré dans l’univers proposé, la faute n’étant imputable ni à l’intensité des compositions, ni à leur manque de variations, c’est juste que, vraiment, ce
pagan bulgare me perd trop rapidement au regard des efforts déployés par les musiciens.
Un
Sakrifiss aurait sans doute été plus pertinent pour parler du projet, moi je lui trouve des aspects décousus, « Guardians of the Earth » par exemple qui sonne comme un fourre-tout ambitieux mais bordélique, de même que « The Return of the Native God »… Par conséquent, beaucoup d’excellentes idées, l’amateur de
ROTTING CHRIST y trouvera éventuellement son bonheur, me concernant je trouve
Hymns of the Broken Worlds trop chargé, j’aurais apprécié davantage de sobriété, notamment lors de la seconde partie de l’album, il faudra cependant reconnaître à
TSAR STANGRA une personnalité rare qui contribue à la vitalité du
black metal.
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