Christian Rosenkreutz : personnage mythique du quatorzième siècle censément fondateur de la fraternité de la Rose-Croix. Ce personnage fictif apparemment inventé au dix-septième siècle prête son nom à cette pas si nouvelle formation (fondée en 2015) nommée
ROSENKREUTZ, un patronyme germanique idéal pour illustrer le style pratiqué par la troupe, à savoir le
neue deutsche härte dont les plus célèbres représentants demeurent
OOMPH!,
RAMMSTEIN ou encore
MEGAHERZ.
En France, nous connaissions déjà
SHAARGHOT, créé à la même période que la bande qui nous intéresse aujourd’hui et dont le succès va grandissant notamment grâce à des prestations scéniques particulièrement imposantes. Les Lyonnais, quant à eux, ont déjà commis un EP (
Infinite – 2017), un LP (
Crystal City – 2019), cette sortie étant une nouvelle fois promue par
Adipocere Records, label légendaire qu’il est désormais inutile de présenter en ces pages. Ce genre de
metal industriel ayant ses années de gloire derrière lui, je m’interroge légitimement : qu’est-ce que
ROSENKREUTZ peut bien proposer de nouveau ? Il doit bien y avoir un secret pour être ainsi distribué par une maison de disques aussi prestigieuse…
Afin de me familiariser avec
Enter the Arena!, j’ai commencé par regarder le clip « Torture Murder ». Esthétique SM ultra léchée, fétichisme de luxe, érotisme lesbien chic de bon aloi,
look militaro-bondage à la
LAIBACH /
THE KOVENANT dans sa période
Animatronic, la qualité de l’image tend malheureusement assez vite à prendre le pas sur la musique en elle-même qui en deviendrait presque anecdotique, prétexte à se montrer dans les postures avantageuses d’une décadence au raffinement bourgeois, ambiance boudoir et cravache. Rien de subversif, du moins pas depuis que « Le Parfum de Mathilde » (tu connais, coquin) est paru. Quoi qu’il en soit, l’œuvre s’avère une excellente devanture pour le magasin Asylum (rue Lanterne) à qui l’on doit les costumes, boutique que je connais de réputation parce que le bus que je prenais pour aller à la gare Part-Dieu passait devant et que je buvais à l’occasion des bières au bar « 405 » situé juste à côté. Le monde est petit, surtout pour moi, homme à la culture lilliputienne.
Au fil des minutes, quelques influences pointent déjà le bout du groin :
RAMMSTEIN évidemment pour la rigueur martiale des tempos mais également le
MOONSPELL de
The Butterfly Effect, particulièrement lorsque les intonations vocales descendent dans les graves. Plus surprenant encore, à 03:23 j’entends les paroles « die by my hand » sur exactement le même rythme que
James Hetfield au cours de « Creeping Death », j’enchaîne dans ma tête avec « I creep across the land, Killing first-born man », la comparaison avec
METALLICA s’arrête heureusement là pour ne plus jamais réapparaître. Bref, la vidéo n’est sans doute pas le meilleur moyen d’aborder l’album car la vue parasite trop l’ouïe, empêche de se concentrer pleinement sur le contenu musical.
Il se passe à l’écoute des onze pistes exactement ce que je craignais : une fois enlevée la dimension visuelle, le style est exposé nu dans toute son dépouillement langagier. Ainsi, entre le mimétisme pur et dur des auteurs de
Herzeleid (« Masochist » ; « Resist! »), la similarité vocale avec
Fernado Ribeiro, parfois jusqu’à une forme d’emphase caricaturale (« Rockstar ») et des penchants
rock pour adolescents rebelles (les trop mièvres « Twin Souls » puis « Partners in Crime »), il n’y a finalement guère que « Torture Murder » qui se démarque réellement grâce à une présence accrue d’éléments
electro qui, pour le reste, sont un peu le parent pauvre de l’album. C’est regrettable car dès qu’ils apparaissent, tout devient immédiatement plus intéressant, à l’image de « Night Creatures » dont le
beat introductif rappellera le grand
OOMPH! du temps béni de
« Gekreuzigt » ou encore les excellents
AND ONE, version
metal.
Si je ne suis vraisemblablement pas le public cible de
Enter the Arena!, cela ne m’empêche pas pour autant de reconnaître de nombreuses qualités à la formation, capable de surprendre l’auditeur dès lors qu’elle ne récite pas les gammes classiques du genre. Par exemple, au détour du riff écrasant de « Solitude » (probablement la chanson la plus percutante du LP) ou dans le choix de proposer des vocaux hurlés s’approchant de la sphère
black metal,
ROSENKREUTZ dévoile une personnalité qui gagnerait à être développée car, d’une, elle n’a pas vraiment de concurrence directe dans l’Hexagone et, de deux, les musiciens sont capables de profondeur, de subtilité derrière le mur de guitares d’apparence simpliste. Par conséquent, il ne manque pas grand-chose pour emporter ma totale adhésion : plus de synthés et de rythmes de gros bourrins, moins de théâtralisation vocale. Plus de sale et moins de partouze glamour, plus de cambouis et moins de vaseline.
Par AxGxB
Par Sosthène
Par Sosthène
Par Cujo
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Samfisher
Par Sosthène
Par MoM
Par Raziel
Par Sosthène