Scordatura - Led Into Oblivion
Chronique
Scordatura Led Into Oblivion
Bien qu’ayant toujours aimé prendre son temps le gang de Glasgow a cette fois-ci battu son record en mettant quasiment six ans pour sortir son nouvel album, un délai sans doute lié aux attentes concernant le quatuor qui bénéficie aujourd’hui d’un statut plus important grâce notamment à sa signature chez Everlasting Spew, et qui doit désormais confirmer la réussite totale de
« Mass Failure » qui avait eu d’excellents retours à l’époque. Si jusqu’à présent le combo ne s’était jamais loupé il n’avait pas encore réussi à s’extraire de la masse concurrentielle dans le style où il évolue, et nul doute qu’en étant désormais sur le catalogue du label transalpin il a tout pour exploser enfin à la face du monde… ce qui ne serait que justice après quasiment deux décennies d’activité, vu qu’il fait désormais partie du gratin d’une scène extrême d’outre-Manche. Expédiant ce « Led Into Oblivion » en un peu moins d’une demi-heure (un record dans sa carrière) le groupe livre une prestation intense et implacable, qui dans un registre musical bien souvent moqué pour sa médiocrité prouve qu’il y a encore des choses à dire et à faire sans pour autant tomber dans les clichés ni le ridicule. Car avec la sobriété qui les caractérise ses auteurs ne vont laisser aucun temps-mort à l’auditeur pour souffler, le prenant directement à la gorge sans jamais relâcher leur étreinte afin de lui infliger des supplices agréables qu’il redemandera avec avidité.
Car une fois la courte introduction passée et les premières notes du morceau-titre on va être scotché au plafond par la dynamique qui en ressort (et qui restera en continu jusqu’à l’ultime seconde de la dernière plage), tant l’exécution tentaculaire mais jamais exagérée va nous prendre aux tripes sans jamais donner de signe d’essoufflement, proposant ici un classique triptyque où ça tabasse fort au début et à la fin avant de s’alourdir en son centre afin de respirer et mieux relancer la machine. Forcément ça ne renouvelle absolument rien mais les Écossais ont l’art et la manière de faire sonner cela de façon jouissive, surtout qu’aucune des plages présentes ne va aller au-delà des quatre minutes afin d’être plus compact et éviter ainsi toute redondance. Celle-ci n’arrive effectivement jamais, et ce même quand les gars misent sur un versant plus débridé et rudimentaire à l’instar de la doublette « Existential Termination » / « Oppressed/Repressed » au grand-écart impressionnant et aux cassures nombreuses, mais où le sens de l’écriture de la bande fait parfaitement son office prouvant que quel que soit le tempo employé le rendu reste toujours aussi agréable.
La preuve encore avec le monstrueux « Echoes Of A Fractured Mind » où la totalité des troupes rythmiques sont passées en revue avec une simplicité déconcertante, vu que ça remue dans tous les sens malgré les nombreuses variations jouées en permanence… faisant donc de cette composition une des plus puissantes de ce long-format. Même constat pour le rampant « A Manic Indoctrination », où la vitesse va s’abaisser et la technicité augmenter pour mieux prendre l’auditoire à revers tout en gardant une vision sobre et bien balisée. Si ça explose ici et là malgré tout à la fin priorité est ici donnée au versant le plus opaque de la formation qui écrase toute velléité de résistance comme les nuques les plus solides, à grands coups de riffs obscurs et de tapis de double proéminent qui marque encore leur territoire via ce côté char d’assaut qui se prépare à envoyer des obus de toutes parts. Et même si le dernier tiers de cette galette va être plus équilibrée dans son rendu celui-ci va être toujours aussi impeccable, que ce soit avec les variations extrêmes permanentes de « Retali(h)ate » ou encore via les groovesques et équilibrés « When The Red Moon Hangs Low » et « Maw Of The Void », qui prouvent une dernière fois tout le talent des Britanniques à mélanger la brutalité, l’entrain et le bridage intense sans y perder d’un côté ou de l’autre. Logique donc que tout cela se finisse avec brio avec « Begging To Die » franchement furieux qui va faire retentir les armes une ultime fois pour filer encore la pêche et le sourire… s’il y en avait besoin.
Car si on n’avait que peu de doutes concernant ce retour (son nouveau label étant connu pour ne pas signer n’importe quoi) on reste quand même stupéfait par ce nouveau rejeton expédié en un tour de main de manière impeccable, sans qu’on ait vu le temps passer. Offrant donc un récital à déguster sans modération la bande confirme qu’elle figure bien parmi le haut du panier extrême du Royaume-Uni (qui a grandement besoin de renouveau), et que désormais elle a tout pour y rester longtemps après avoir mis le temps pour y parvenir. A l’heure où ce style Brutal Death nous balance en continu une cohorte de noms sans âme, à l’inspiration en berne et à la production en plastique dégueulasse il est d’autant plus appréciable d’avoir ce genre d’enregistrement authentique, propre et appliqué qui ne cherche nullement à en faire des caisses. Tout cela prouve donc que les quatre comparses ici présents ont une sacrée capacité d’adaptation, tant on n’a jamais la sensation qu’ils forcent leur écriture comme leur façon de jouer… tout ça en occupant les esprits constamment que ce soit de manière attentive ou plus discrète, sans véritablement donner un quelconque ressenti de linéarité comme de redondance. Comme quoi cette longue attente en valait la peine et on a déjà hâte de voir jusqu’où ces furieux sont capables d’aller dans le futur… pour l’instant il s’annonce radieux s’ils continuent comme ça, c’est tout ce qu’on leur souhaite car ils le méritent amplement.
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