Particulièrement discrets depuis la sortie de
Pulsations From The Black Orb en 2023, les Costaricains d’Astriferous ont mis à profit ces trois années de silence afin de réajuster leurs effectifs après le départ du guitariste Federico Gutiérrez (ce dernier ayant été remplacé dans la foulée par Esteban Sancho d’Umbra Conscientia) et de composer les sept nouveaux morceaux qui constituent ce deuxième album paru en juin dernier chez Me Saco Un Ojo Records et Pulverised Records. Trois ans, c’est un petit peu long par les temps qui courent mais rappelons à toute fin utile que nos quatre "compadres" sont également pas mal occupés ailleurs puisqu’ils sont également en activité chez Candaran, Perishing, Engraved, Umbra Conscientia et quelques autres encore...
Intitulé
Atavistic Unraveling, ce deuxième longue-durée affiché à plus de trente-six minutes a cette fois-ci été illustré par Alberto Salinas Molina plus connu dans le milieu sous le pseudonyme de Necrodevourer. Si comme moi vous n’en aviez encore jamais entendu parler (alors même que j’ai déjà zieuté certains de ses précédents travaux), il s’agit d’un artiste mexicain ayant collaboré avec pas mal de formations de seconde division (Crypt Rot, Necrogutter, Nunslaughter, Pandemic Outbreak, Writhing Shadows...) voire davantage (Backyard Cannibalism, Carrion Throne, Fetal Sewage, World War Three...). Il signe ici pour les Astriferous une oeuvre plutôt réussie même s’il ne faut pas être allergique aux réalisations pour le moins convenues (créatures lovecraftiennes monstrueuses, globes oculaires multiples et sigles ésotériques et sataniques n’étant bien évidemment d’aucune fraîcheur...).
Enregistré pour l’occasion par Andres Corrales mais néanmoins mixé et masterisé une fois de plus par Andrew Oswald et Dan Lowndes,
Atavistic Unraveling possède une production toujours très abrasive mais cependant moins organique et plus resserrée que celle de son prédécesseur. La place de la basse y est par exemple un poil moins proéminente même si cette dernière se fait toujours relativement bien entendre si l’on décide d’y prêter attention. Certains trouveront ce choix peut-être moins convaincant, à titre personnel je trouve que le Death Metal des Sud-Américains y gagne en précision et à mes yeux et surtout mes oreilles en immédiateté là où
Pulsations From The Black Orb m’avait au départ demandé un petit peu plus d’efforts.
Bien que trois années séparent ces deux albums et qu’un des deux guitaristes de la formation ait été remplacé, on ne peut pas dire qu’
Atavistic Unraveling soit fondamentalement différent de son prédécesseur. De toute manière, personne ne s’attendait à un quelconque changement de cap de la part d’Astriferous qui en l’espace de trente-six minutes continue en effet de délivrer ce même Death Metal sombre et dynamique aux accointances techniques plus ou moins prononcées qui a fait sa réputation.
Mené plutôt bon train, ce deuxième album enchaine ainsi les séquences entraînantes sur fond d’accélérations thrashisantes jamais très compliquées mais toujours diablement efficaces ("Carriers Of The Curse" à 1:29, "Proto Embryo (The Third Tribulation)" à 2:19, les premiers instants de "Arcane Demonomania", "Mnemonic Phenomena" à 2:01...) et coups de boutoir nettement plus virils à base de blasts débridés ("Carriers Of The Curse" à 0:13, 1:29, 2,21 et 4:11, l’entame en fanfare de "The Floating Catacombs" puis de nouveau à 0:48, 2:09 et 3:10, "Dissolution Of Eternity" à 0:21 et 3:15, "Proto Embryo (The Third Tribulation)" à 0:49...). Naturellement, si ces passages plus ou moins soutenus constituent l’essentiel de cette grosse demi-heure,
Atavistic Unraveling est également ponctué de moments plus lourds et plus suffocants. C’est le cas notamment de cette dernière pièce imposante de plus de huit minutes qui pour l’essentiel est en effet constituée de passages particulièrement pesants (impression naturellement renforcée par ce growl profond et inhumain) mais aussi d’autres moments tout aussi probants comme sur "Carriers Of The Curse" à 2:49, "The Floating Catacombs" à 1:05, "Dissolution Of Eternity" aux alentours de 1:49 ou "Mnemonic Phenomena" à 3:32. Nombre de ces passages sont d’ailleurs l’occasion pour Astriferous de faire usage d’un synthétiseur afin d’habiller ces instants d’un voile plus mystérieux grâce à des nappes synthétiques classiques mais néanmoins immersives.
Au-delà de cette simple alternance de rythmes, ce deuxième album est également caractérisé par un riffing sombre, nerveux et technique particulièrement réjouissant même si celui-ci n’éclabousse pas d’arrogance, un sens du groove relativement affûté (qui découle évidemment pas mal de ce riffing) et une sensibilité mélodique peut-être un poil plus affirmée qu’auparavant puisqu’en plus de ces nombreuses nappes de synthétiseurs qui font leur apparition sur ce deuxième album, on trouve toujours quelques chouettes leads et autres solos affûtés servis dans le but d’étoffer cette dimension mélodique et d’apporter un soupçon supplémentaire de nuances et de contrastes.
Après trente-six minutes et sept titres menés d’une main de maitre, difficile de reprocher quoi que ce soit aux Costaricains d’Astriferous qui ont décidément bien taffé durant ces trois années d’absence. Certes, comme beaucoup d’autres formations influencées par leurs aînés, ces derniers ne révolutionnent absolument rien avec leur formule mais cette grosse demi-heure n’en reste pas moins fort agréable pour qui goûte à ce genre de Death Metal sombre, un brin technique, un tantinet mélodique et un chouillat groovy. Plus immédiat que son pourtant très bon prédécesseur,
Atavistic Unraveling n’a aucun mal à convaincre et à s’imposer comme l’une des chouettes sorties de cette année. Encore une fois, rien de très original mais quand c’est aussi bien fait, pourquoi s’en soucier ?
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