Les groupes en provenance de La Réunion sont suffisamment rares pour qu’on prenne le temps chez
Thrashocore d’évoquer
NOIR PÂLE, une toute récente formation de
post hardcore dont le premier album, intitulé
Major Arcana (une référence au Tarot ?), est paru en 2024. Et si j’évoque cette formation aujourd’hui, au-delà de la pochette vraiment chouette signée
Førtifem, c’est davantage pour attirer votre attention sur ce nouveau rejeton de l’école
ISIS que vanter l’originalité d’un style dont nous connaissons tous les tenants et les aboutissants depuis des lustres. Aucune surprise à attendre des huit compositions, à la limite le plaisir simple de renouer avec une mouvance que, peut-être comme moi, vous avez eu tendance à délaisser ces dernières années.
Ce ne sera donc pas faire offense au quatuor que d’affirmer que leur musique comporte tous les stigmates développés par
Aaron Turner, à commencer par ce chant écorché surplombant des mélodies en clair-obscur, le son des guitares, le jeu de batterie faussement minimaliste, les atmosphères au parfum de
Panopticon, le
riffing enfin, moi aussi ce disque me traumatise encore je ne peux décemment pas dire qu’il y ait faute de goût… Mais le résultat final en manque tout de même un peu. Il en manque parce qu’alors que le LP dépasse l’heure, l’absence de mise à distance des influences
post américaines finit par rendre trop calibrée des compositions qui, en dehors de cela, tiennent convenablement la route en dépit de leur longueur : de six à dix minutes. De plus, comme les tempos sont à peu près toujours les mêmes, il devient parfois compliqué de distinguer les morceaux, de faire émerger des moments forts, de retenir un passage particulièrement émouvant, une fulgurance, une errance poétique…
Pourtant, ce conformisme n’est pas synonyme de plantage. Comme beaucoup de musiciens peinant à s’éloigner de leurs modèles, je reconnais néanmoins à
NOIR PÂLE d’évidentes qualités, au-delà de la production ou de l’esthétique, notamment dans l’art de construire des climats immersifs autour d’un nombre restreint de notes, juste à partir de changements d’intensité, de brisures fortuites. Également, la tension permanente même lors des phases de repos sait éviter les errances à l’eau de rose, les larmes pénibles de l’émotion factice. Par conséquent, si en sortie d’écoute je suis bien en peine de nommer une chanson qui aurait davantage retenue mon attention, il demeure une performance globale qui n’a pas à rougir de quoi que ce soit tant le sérieux et l’implication se ressentent tout du long. Une découverte agréable donc qui ne demande qu’à s’affiner, à gagner en identité sans pour autant renier les aspirations premières.
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