Forsmán - Brenndar Rústir & Fuðrandi Fjörur
Chronique
Forsmán Brenndar Rústir & Fuðrandi Fjörur
Après s’être fait remarquer par son très bon premier Ep
« Dönsum Í Logans Ljóma » le combo basé à Kópavogur a ensuite pris son temps pour réapparaître, cultivant la discrétion d’un côté et étant aussi pas mal occupé par les différents projets annexes de ses membres. Si on ajoute à cela le recrutement du tentaculaire batteur Magnús Skúlason (BARNAVEIKI, MISÞYRMING et ex-SVARTIDAUÐI) on comprend mieux pourquoi les gars ont été si longs pour publier enfin ce premier album particulièrement attendu, et qui fait un bon de géant par rapport à sa précédente sortie. Car à la fois plus violent, plus brumeux et rempli d’ambiances météorologiques tempétueuses cet ensemble formé de huit morceaux compacts va être difficile à appréhender au départ, demandant de la patience pour être assimilé et n’ayant rien à envier au style mystérieux et sauvage pratiqué par nombre de groupes islandais… qui semblent d’ailleurs revenir doucement aux affaires après une période d’accalmie (nouvel opus imminent de MANNVEIRA, AUÐN de retour en concert et nombre d’entités émergentes clairement à suivre), prouvant donc que la scène extrême nationale n’a rien perdu de sa vitalité comme de sa force.
Offrant donc deux visions complémentaires cette galette de haut niveau va mettre directement les pieds dans les plats avec l’excellent « Drottinn Fyrirgefur Allt », qui après quelques larsens en guise d’introduction va ensuite dévoiler toute sa palette de jeu à grands coups de blasts débridés alternés avec des passages lents et rampants, où la froideur monte encore en intensité. Tout cela avec en prime quelques parties tribales pour amplifier l’ambiance religieuse où se mêlent aussi des riffs décharnés et des températures négatives pour un rendu minimaliste et frontal, où l’heure n’est pas à se poser de questions mais plutôt envoyer la sauce le plus fort possible. C’est donc typiquement local dans l’exécution (on sent l’influence de la formation de Dagur Gíslason à des kilomètres) et on reconnaît sans peine la provenance, sans pour autant tomber dans le recyclage éhonté… avec toujours une fluidité comme de l’agressivité qui se montrent constantes et sans concessions. Si cette vision plus opaque et intense va revenir régulièrement par la suite la bande va aussi mettre à l’honneur le versant plus orthodoxe que l’on retrouvait sur sa précédente livraison, comme le démontre « Svartir Svanir » au désespoir omniprésent et qui en plus du matraquage incessant dévoile des parties épiques en médium liées notamment au vent et à l’imminence d’une éruption volcanique. N’oubliant pas de ralentir cette composition à la densité rythmique impressionnante offre un parfait condensé de l’œuvre des Nordiques qui misent sur un rendu d’une grande variété au brouillard continu, et dont la plage suivante (« Andvana ») va garder ce même esprit en mettant le pied sur le frein pour mieux renforcer les ambiances. Car une certaine mélancolie va émerger de tout cela tant on sent que le soleil veut percer cette nuit impressionnante et y amener sa lumière pour redonner de l’espoir, et même s’il y parvient légèrement (mettant donc en avant un rendu légèrement éthéré) on reste néanmoins dans un mode nocturne total porté par un tempo largement bridé et une écriture tentaculaire au possible… mais aussi fluide et cohérente, où l’on sent l’apport du nouveau venu qui amène toute son expérience avec lui.
Autant dire qu’une fois terminé ce premier tiers on ne peut qu’être impressionné par le travail fourni qui sans donner l’impression d’être d’une technicité outrancière est dans un travail de recherche pointu où la simplicité côtoie la profondeur… et ce même quand la durée se fait plus courte comme sur cette seconde partie totalement équilibrée et expédiée en un minimum de temps. Car que ce soit avec le cosmique et atmosphérique « Valdníðsla » (qui n’en oublie pas d’être énervé) ou l’humide et poisseux « Kynjamyndir » le grand-écart est présent tout en laissant de la place aux accents intermédiaires pour s’imposer, du coup tout cela est homogène et classique mais avec aussi une touche personnelle qui permet donc à cette doublette de se démarquer un peu du reste, et ce avant que le dernier tiers ne déboule et avec lui une écriture encore plus poussée à l’instar de la temporalité. En effet tout cela va immédiatement grimper en efficacité avec le monstrueux « Lof Mér Líf Þitt Að Taka », au dynamisme dément tant le côté guerrier y est exacerbé par ses riffs coupants aidés par de longs instants en médium où l’envie de prendre les armes est immédiate. Voyant la neige tomber de plus en plus fort le reste de ce titre joue les montagnes russes pour mieux nous dérouter mais sans nous perdre en route, vu que la cohésion est constamment là avec en bonus une certaine simplicité pour avoir un fil conducteur appréciable… et ce malgré les nombreuses variations où l’intégralité du panel de ses auteurs est ici mis en avant.
Et progressivement ce chaos va se faire de plus en plus oppressant à l’instar de celui offert par « Hræ Hins Almáttuga » qui laisse la part belle aux cassures à foison et à un rendu désarticulé, qui rappelle les grandes heures de la mort noire (et de « Revelations Of The Red Sword » en particulier) où l’empreinte du marteleur apparaît ici au grand jour, dévoilant tout son potentiel et poussant ses acolytes dans leurs derniers retranchements. Laissant l’orage s’installer sans qu’on ait un seul endroit où s’accrocher cette composition impressionnante aux accents occultes part dans tous les sens sans perdre sa ligne de conduite, avant l’arrivée du bouquet final « Barmafylltar Fjöldagrafir » qui balance une ultime salve de l’entièreté des influences du quatuor où le temps est laissé à chacun des passages instrumentaux pour se mettre en valeur. Ceux-ci étant encore intégralement de sortie ils vont ainsi se livrer une ultime bataille offrant pour la dernière fois l’envie de prendre les armes au cœur des hautes terres désolées, où seules la solitude et la loi du plus fort règnent dans cet univers désertique… le tout sur fond du mur du son opaque où le noir et le gris se côtoient en continu et avec grâce.
Réussissant donc sa mue comme son passage à l’âge adulte FORSMÁN livre donc une œuvre qui à l’instar de celles souvent produites sur son île se découvre progressivement et avec attention… pas question ici d’être en dilettante sous quelque forme que ce soit, au risque de passer à côté de nombreuses harmonies et surprises discrètement cachées au milieu de cet amas sonore. Difficile d’accès mais marqué au fer rouge de la marque des grandes réalisations ce « Brenndar Rústir & Fuðrandi Fjörur » est comme une saga viking qui se découvre doucement et avec plaisir, et sur laquelle on aime revenir dessus pour y comprendre tous les secrets cachés en son sein. Et même si évidemment ça ne va rien révolutionner (tant ça reprend nombre d’éléments entendus auparavant chez nombre de ses compatriotes) les Islandais ne déçoivent ici nullement, et l’on en attendait pas moins de leur part. On se met en condition favorable pour découvrir tout cela de la meilleure des façons loin des chaleurs estivales et avec un verre de Brennivín entre les mains, afin de mieux ressentir le souffle des enfers et le mystère éternel de cette langue presque inchangée depuis un millénaire, qui a tout pour nous embarquer dans une épopée fantasmée auditive et sonore dont on ne reviendra pas indemne.
DONNEZ VOTRE AVIS
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
AJOUTER UN COMMENTAIRE
Par Sosthène
Par AxGxB
Par Sosthène
Par Sosthène
Par Cujo
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Samfisher
Par Sosthène
Par MoM
Par Raziel