Tristan Shone a toujours fait de Author & Punisher un projet politique et engagé – on parle après tout d'un homme construisant des machines pour se les approprier et en produire un art personnel, soit tout l'inverse de la tendance actuelle à utiliser l’IA générative – mais
Nocturnal Birding va encore un peu plus loin, ne serait-ce que dans sa genèse.
C'est en effet en aidant des migrants à traverser la frontière aux USA qu'il a eu l'idée de baser
Nocturnal Birding sur les chants d'oiseaux entendus dans le désert. Un point de départ qui, quel que soit le sens qu'on lui donne, parle d'envol, ce qui se ressent dans ces trente-quatre minutes marquant un renouveau de même qu'un retour à une radicalité libre après des albums de plus en plus léchés (
Beastland et
Krüller) et prisonniers d'ambitions, pour ma part, décevantes dans leurs concrétisations.
La bête est de retour, celle d'
Ursus Americanus et ses rythmiques massives, doom dans leur pesanteur et ce qu'elles dessinent de fatidique. Mais elle n'est pas venue seule : accentuant le travail en partenariat de
Krüller, un bon tiers de l’œuvre a été écrite en collaboration avec des artistes plus (Fange, Megan Osztrosits de Couch Slut) ou moins (Kuntari) proches du metal. Ce triptyque qui survient après « Meadowlark » s’avère dans son ensemble un syncrétisme réussi avec notamment deux beaux exemples de mutation, « Titanis » et ses rythmiques… titanesques ainsi que « Black Storm Petrel » avec Fange – de vrais frères siamois tant on devine ce qui vient de l'un et l'autre tout en écoutant une forme finale inédite.
C’est dans ces titres composés à plusieurs que Author & Punisher donne une puissance démultipliée à son doom industriel. L’autre atout du disque est à chercher chez le guitariste Doug Sabolick (Ecstatic Vision ; Plaque Marks ; A Life Once Lost), auparavant partenaire de tournée et guest, devenant membre à part entière de la formation. Un supplément qui n’a rien de gadget – quiconque aura vu la nouvelle entité bicéphale sur scène approuvera – et alimente la puissance dont était déjà capable Tristan en solitaire (le riff de « Titmouse »).
Nocturnal Birding se termine d’ailleurs sur des promesses d’avenir radieux à deux, « Thrush » possédant des guitares acides, au bord du psychédélisme tout en restant mécaniques, rappelant ce que peut avoir de particulier – et rarement aussi bien retranscrit ailleurs – Godflesh.
Nocturnal Birding a tout des leçons apprises, conservant les envies d’accroche des albums précédents tout en renouant avec la brutalité des débuts de la formation. Pour autant, cette grosse demi-heure dépourvue de gras ne marque pas autant qu’un autre album de Author & Punisher qui pouvait déjà donner l’impression d’avoir les mêmes objectifs, à savoir
Melk en Honing. Les défauts sont suffisamment présents sur une durée aussi courte pour ne pas se faire oublier : un concept qui peut paraître gadget excepté sur quelques titres (« Meadowlark » et « Mute Swan » où l'on entend des chants d'oiseaux se modifier et devenir rythmiques ou mélodies) ; un démarrage étonnamment cliché pour un album qui enfile les headshots ; des points de côté en fin de parcours sur « Rook » et « Titmice »…
C’est peu, mais au sein d’un album qui ne cherche pas à s’éterniser, cela empêche de faire de
Nocturnal Birding une œuvre majeure de Author & Punisher au même titre que
Women & Children ou
Melk en Honing. Cependant, celles et ceux qui n’ont encore jamais posé une oreille sur la musique de Tristan Shone trouveront ici une parfaite porte d’entrée, avec de quoi abasourdir de violence (« Titanis ») et ouvrir une fenêtre vers un ailleurs tragique, une mélancolie d’entité synthétique (le final « Thrush », évoquant les grands moments de
Women & Children). Le retour d’un monstre qui avait tendance à se vouloir trop auteur ces derniers temps et que je suis content de revoir assumer son statut de punisseur.
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