Ah, mes doudooms de The Gates of Slumber ! Même quand ils sont à leur plus épique, musclé et heroïc fantasy, ils ne peuvent éviter d’être doom !
On ne peut pourtant pas leur reprocher de faire du surplace :
Hymns of Blood and Thunder succède à un
Conqueror qui avait déjà des envies d’ailleurs mais va plus loin, moins muscles balourds et davantage cavalcades, moins Conan aux prises à des entités maléfiques et davantage Roi d’Aquilonie, couvert d’or sans oublier sa part barbare. Comme Karl Simon le dit lui-même dans un livret une nouvelle fois gourmand, The Gates of Slumber tourne autour des mêmes influences – Judas Priest, Black Sabbath, Saint Vitus, Cirith Ungol – mais laisse, sur la forme, la part belle à l’hémisphère heavy metal de son cerveau obsédé par le metal véritablement vrai et vraiment véritable.
Le doublet « Chaos Calling » / « Death Dealer » ne trompe pas sur la direction choisie, tranchant des têtes par un début d’une vigueur exceptionnelle ! Mais c’est loin d’être le seul coup d’éclat d’un projet qui paraît s’offrir une nouvelle jeunesse si l’on note les accélérations de tempo et leads plus grandes que la vie (et même au-delà, cf. le Valhalla à portée de main de « Blood and Thunder ») ou les instants où l’expression « tambours battants » est prise au pied de la lettre (superbe performance de Iron Bob Fouts sur « The Doom of Aceldama » et « Beneath The Eyes of Mars »).
Hymns of Blood and Thunder – qui ne vole aucun des mots présents dans son titre – est un album de The Gates of Slumber où la générosité, fil rouge d’une discographie protéiforme, ne se trouve plus dans des durées gargantuesques (seul « Descent into Madness » dépasse les dix minutes) mais des mélodies ciselées, même lors d’accalmies où les armes se posent, guerrier solennel devant des Terres aussi sauvages que son cœur (magnifique « The Mist in the Mourning » au médiévalisme païen et mélancolique).
Le groupe d’Indianapolis ne retourne pas sa veste pour autant ; il porte toujours celle avec les même idoles patchées, véritable temple mis sur le dos. Un sanctuaire auquel on pourrait ajouter le nom de Bathory tant Karl Simon fait ici penser à Quorthon dans la passion qu’il dégage. Non pas que les timbres de voix soient similaires, mais le chant, plus porté par les envies d’aventures et de conquêtes que vers des hauteurs question tessiture, possède la même verve, celle qui laissera tant sur le carreau que certains se prendre d’amour pour la formation. Un élément où la part doom de The Gates of Slumber reste pleinement apparente, la sensibilité de
Suffer No Guilt encore décelable en dépit d’un héroïsme de surface. La plainte qui habite les lignes de « Beneath the Eyes of Mars » ou « The Doom of Aceldama », la rocaille qui fait voir la tristesse derrière la désolation de « The Bringer of War », le psychédélisme tendance magie noire de « Descent into Madness »… Une affaire de détails, les plus critiques mettant ces différents essoufflements sous l’égide de l’incompétence là où les amateurs profiteront de ces différentes modulations comme des nuances au sein de la mythologie personnelle que créé ici ces fans de Robert E. Howard.
Ultrametal dans ses morceaux (« Iron Hammer », de ses paroles référencées à sa musique) et ses thématiques (où les amateurs de sword and sorcery seront aux anges),
Hymns of Blood and Thunder n’est pas qu’un manifeste old-school où l’un des derniers représentants du Circle of True Doom – collectif dédié au doom metal traditionnel dont les portés disparus sont de plus en plus nombreux – marque sempiternellement son allégeance. Il est aussi une preuve supplémentaire qu’il possède une âme bien à lui, le distinguant des nombreux fervents pensant que leur participation à la croisade suffit amplement. The Gates of Slumber, lui, ne s’oublie pas dans l’exercice, transmettant des émotions propres envers ce monde sale, amertume et colère, gloire et misère se disputant au sein de cette petite heure.
Hymns of Blood and Thunder est un disque où The Gates of Slumber a affiné son style, chaque élément le constituant étant porté à son meilleur. Exit donc le charme de canard boiteux qu’il pouvait avoir sur ses œuvres précédentes, bien que cela ne le déshumanise en rien. La petite faiblesse l’empêchant de marquer pleinement se situe au niveau de sa production, faisant presque passer ce petit bijou pour un album de metal parmi d’autres, poli dans tous les sens du mot (j’aurais préféré un rendu plus âpre et organique sans perdre en puissance comme ils auront sur
The Wretch). Dommage que dans les têtes coupées de cette bataille imaginaire, on ne trouve pas celle de ce foutu Sanford Parker…
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