Coscradh - Carving The Causeway To The Otherworld
Chronique
Coscradh Carving The Causeway To The Otherworld
Je vais être honnête avec vous, je n’avais jusque-là jamais vraiment donné sa chance à Coscradh. En dépit d’un line-up plutôt intéressant et d’une longue collaboration avec Invictus Productions, label de qualité qu’il n’est plus utile de présenter, je me suis toujours montré relativement fainéant à l’égard de ces Irlandais. Il y a bien dû y avoir une écoute en dilettante de Nahanagan Stadial, premier album paru en 2022, mais je n’en suis même pas vraiment certain... Naturellement, je suis bien le seul à blâmer ici mais que se manifeste dans les commentaires ci-dessous celui à qui cela n’est encore jamais arrivé ! Et puis voyons le bon côté des choses, me voilà avec une discographie entière à rattraper et j’imagine autant de bonnes surprises à venir...
Originaire de Dublin, Coscradh dont le nom signifie "massacre" en vieil irlandais voit le jour en 2015 sous l’impulsion de quatre protagonistes qui pour la plupart ne sont aujourd’hui plus de la partie. Seul rescapé de ces premières heures, Ciarán Ó Críodáin (Callous Master, ex-Sacrilegia (live)) est aujourd’hui entouré par Jason Keane (Sacrilegia, ex-Vircolac) à la guitare et au chant, Hick O Aodha (Atheos, On Pain Of Death...) à la basse et au chant et enfin Boban Bubnjar (Belial’s Throne, Lux...) à la batterie. Tous les quatre ont sorti il y a une dizaine de jours un nouvel album intitulé Carving The Causeway To The Otherworld. Une sortie effectuée non plus sous les couleurs d’Invictus Productions puisque depuis l’année dernière les Irlandais ont en effet rejoint les rangs de 20 Buck Spin. Une collaboration qui devrait on l’imagine aider au rayonnement de Coscradh et de son Black / Death diablement efficace.
Comme toujours, la première chose qui m’interpelle lorsque je jette mon dévolu sur un disque est évidemment son artwork. À l’occasion de ce nouvel album, les Irlandais ont fait le choix d’aller solliciter les talents du Serbe Stefan Todorović connu pour ses travaux pour des groupes comme Chaos Invocation, Cosmic Putrefaction, Devourment, Diabolic Oath, Heresiarch, Innumerable Forms, Of Feather And Bone, Rothadás et j’en passe. Dans un style que je trouve ici assez proche des récentes réalisations d’Eliran Kantor, celui-ci livre une illustration quasi-biblique qui concentre en une seule image le caractère à la fois épique, grandiose et infernal de ces quarante-quatre minutes particulièrement intenses. C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus surpris à l’écoute des extraits proposés en amont de la sortie de Carving The Causeway To The Otherworld. Il y a en effet dans ces huit nouveaux morceaux une intention "nouvelle" ou que je n’avais en tout cas pas été en mesure de percevoir ni de véritablement saisir lorsque j’avais pour la première fois posé mes oreilles distraites sur la musique des Irlandais. De ces voix habitées et hallucinées partagées entre growls profonds, hurlements perçants et déchirants, borborygmes plus ou moins compréhensibles et incantations perchées et possédées à l’intensité de ces riffs abrasifs absolument diaboliques en passant par cette urgence de tous les instants ou presque et ces ambiances belliqueuses et apocalyptiques, l’amateur de Black / Death bestial et sauvage trouvera sur ce deuxième album de Coscradh matière à se réjouir.
Vraisemblablement comparé par beaucoup à Teitanblood et Black Curse, je trouve chez les Irlandais une fibre Black Metal un petit peu plus évidente et prononcée avec notamment quelques attaques implacables qui m’évoquent pas mal le Marduk de Panzer Division Marduk à l’image de cette séquence sur "Carving The Causeway To The Otherworld" entamée à partir de 2:04. Quelques parallèles avec Immortal ou Inquisition s’imposent également de manière assez évidente lors de ces bribes de chant croassé qui ponctuent deux ou trois passages tout au long de l’album ("Adhradh Dé Ghoac" à 3:11, "Caesar's Revelation (Hibernia L. VI V. XIV ad XVI et XXIV)" à 4:22, "Badhah's Shadows" à 0:39...). Les excellents et regrettés Stav, un groupe français assez confidentiel, me viennent également à l’esprit à l’écoute de ce nouvel album. La production et le son abrasif des guitares y sont évidemment pour quelque chose mais il y a dans le jeu des Irlandais et dans cette façon de conduire leurs attaques de manière extrêmement frontale quelque chose d’assez similaire.
Pour autant, arrêtons-là les comparaisons car Coscradh n’a rien d’un ersatz ou d’une copie quelconque de qui que ce soit. Grâce à une production équilibrée et lisible, le groupe offre à ses auditeurs un album absolument redoutable d’efficacité qui à l’exception de cette introduction ("Five Fifths Awaken") et de cet interlude instrumental ("The Calling") se montre globalement très virulent avec quantité d’attaques sauvages menées le couteau entre les dents et autant de solos particulièrement chaotico-mélodiques qui ne font évidemment que renforcer cette impression de guerre éclair conduite par la formation de Dublin. Pour autant, Carving The Causeway To The Otherworld reste malgré tout un album de contrastes puisqu’il n’est tout de même pas rare de trouver ici et là quelques moments moins tendus d’un point de vue dynamique (même si en matière d’atmosphère menaçante et belliqueuse ça ne débande jamais vraiment). Des premiers instants à la fois vicieux et sournois de "Carving The Causeway To The Otherworld" à cette séquence plus atmosphérique entendue sur "Adhradh Dé Ghoac" à partir de 4:32 en passant par "Caesar's Revelation (Hibernia L. VI V. XIV ad XVI et XXIV)" et ce long passage débuté à 1:07 d’abord délicieusement groovy et entêtant avant de devenir plus halluciné, le semblant de retenu consenti à 1:47 sur le redoutable "Scythe Of Saturn" ou bien encore "Badhah's Shadows" et ses derniers instants bien plus "tranquilles", ce nouvel album offre effectivement de quoi reprendre brièvement son souffle ce qui ne sera assurément pas de trop pour affronter tous ces autres moments autrement plus radicaux.
Parmi les bonnes surprises de ce début d’année qui démarre d’ailleurs sur les chapeaux de roues, Carving The Causeway To The Otherworld est le genre d’album qui à mon avis mérite toute votre attention. Particulièrement agressif, offrant très peu de répit malgré on l’a vu quelques séquences moins en tension et habité d’une frénésie et d’une hystérie électrisantes, ce deuxième album fait effectivement très forte impression. Bien évidemment, quelques parallèles peuvent être dressés ici et là avec telles ou telles autres formations mais pris dans son ensemble Carving The Causeway To The Otherworld n’a rien d’une sombre copie dénuée de saveur. Il est surtout l’expression d’un groupe qui a haussé son niveau de jeu et d’écriture et qui assurément n’est pas là pour amuser la galerie. Car Carving The Causeway To The Otherworld est un disque intense et sauvage qui pendant près de trois-quarts d’heure va malmener son auditoire et lui en faire voir de toutes les couleurs. Un disque redoutable et hautement recommandable.
| | AxGxB 27 Février 2026 - 609 lectures |
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