Si
Mentally Vexed n’a ni tout à fait l’aura ni tout à fait le statut de certains albums cultes issus de la scène Hardcore new-yorkaise des années 90 (je pense notamment à
Set If Off,
Master Killer,
State Of The World Address,
Truth In The Age Of Lies,
River Runs Red,
Scratch The Surface ou l’éponyme de Vision Of Disorder), il n’en reste pas moins à mes yeux et à ceux des amateurs éclairés un incontournable de cette grande époque. Un disque auréolé d’une certaine confidentialité mais que tout le monde s’accorde pourtant à trouver excellent et absolument indispensable. Bref, un incontournable de la scène NYHC (en tout cas pour qui s’aventure un petit peu au-delà de la surface des choses) qui se devait évidemment après
Train Yard Blues de trouver sa place ici.
Paru un petit peu plus d’un an après la sortie sur Equal Vision Records et Lost & Found Records de ce EP dont je vous ai récemment parlé,
Mentally Vexed atteste de quelques menus changements du côté de Crown Of Thornz. Pour commencer, exit le bassiste Franklin Rhi qui, lassé de jongler entre Shelter, 108 et Crown Of Thornz, choisira de se recentrer sur sa foi en réintégrant le temple Krishna qu’il avait quitté quelques mois auparavant. Celui-ci sera alors remplacé par Steve O'Brien que certain ont peut-être entendu précédemment chez Plaid et Trauma School Dropouts (même si j’en doute), deux groupes de Punk Rock issus d’Upstate New York (Albany). L’autre nouveauté est l’arrivée des New Yorkais sur le label Another Planet Records, sous-division de Profile Records (Run-DMC, Motörhead, Cro-Mags, Murphy’s Law...) chez qui sont également hébergés Skarhead (supergroupe new yorkais dans lequel on retrouve d’ailleurs Lord Ezec), Murphy’s Law ainsi que les excellents Both World (groupe dans lequel on retrouve notamment John Joseph, ex-Cro-Mags en compagnie de membres et anciens membres de Leeway et Sick Of It All). Des changements sans réelle incidence sur la musique de Crown Of Thornz mais que je me devais bien de vous partager.
Produit de nouveau par A.J. Novello de Leeway,
Mentally Vexed compte dix "nouveaux" morceaux parmi lesquels une reprise du groupe Kraut, l’un des pionniers de la scène Punk / Hardcore de New York ("Unemployed") ainsi que deux relectures de titres déjà présents sur le premier EP des New Yorkais ("Juggernaut" et "Crown Of Thornz"). Quant à cette illustration reprenant l’esthétique d’une vieille boîte de cigares, on la doit à Carla Leighton habituée à collaborer avec quelques maisons de disques puisque c’est elle qui a également signé certains artworks d’Arrested Development, Digable Planets, Poor Righteous Teachers ou bien encore Murphy’s Law.
Bien que
Train Yard Blues soit considéré à juste titre comme un EP, celui-ci a pourtant été envisagé un temps par Crown Of Thornz comme une simple démonstration avant que les deux labels impliqués dans sa sortie n’en décident autrement. Enregistré au Normandy Sound Studio (Leeway, Killing Time, Cro-Mags, Judge, Prong...) et aux SPA Studios (Leeway, Sheer Terror, Black Train Jack, Clutch...),
Mentally Vexed se démarque d’emblée par une production plus dynamique et léchée même si celle-ci va perdre dans la bataille un petit peu de cette abrasivité qui faisait une partie du charme de
Train Yard Blues. Dans le fond, les New Yorkais sont pourtant restés fidèles à ce son qui n’appartenait alors qu’à eux (ou presque puisqu’avec A.J. Novello à la production, il n’y a rien de surprenant à entendre un peu de Leeway dans le son de Crown Of Thornz) mais effectivement la production dans sa globalité se veut désormais plus propre, plus lisse et plus ronde.
Fort heureusement, il s’agit bien là de la seule véritable petite nuance qui existe avec le Crown Of Thornz de
Train Yard Blues puisque pour le reste, on va retrouver avec un plaisir non feint ce Hardcore chaloupé qui fait tout le sel des New Yorkais. À ce titre, si le chant écorché et nasillard aux infusions Rap de Danny Diablo / Lord Ezec est évidemment indissociable du son et de l’identité de Crown Of Thornz, on ne manquera pas encore trente ans plus tard (enfin pas tout à fait) de se pâmer d’admiration devant le jeu de guitare de Mike Dijan. Un jeu subtil et tout en groove qui donne tout de suite envie de jouer des épaules et rouler des mécaniques dans une version ghetto new yorkaise d’Aldo Maccione (les vieux auront la ref’). Franchement, comment rester de marbre sur son siège à l’écoute des riffs chaloupés et particulièrement groovy de "Icepick", "Love Sick", "Juggernaut", "No Remorse", "Mentally Vexed" ou "Crown Of Thornz" ? Personnellement je n’y suis jamais parvenu et d’ailleurs je n’ai même jamais cherché à résister à l’appel de ces riffs pas bien compliqués mais tout à fait imparables qui influenceront plus tard une partie de la jeune scène Hardcore du moment. Crown Of Thornz a beau ne pas être particulièrement virulent, lourd ou agressif (je vous rappelle que l’on est ici sur un Hardcore mid-tempo aux guitares presque typées Alternative Rock 90’s) mais putain, qu’est-ce que ça groove à mort.
Si elle n’est effectivement pas un foudre de guerre, la formation new yorkaise propose tout de même ce qu’il faut de changements de rythmes et autres petites accélérations afin de varier les plaisirs comme il se doit. On trouve ainsi sur des titres comme "Icepick", "God Or Government", "No Remorse", "Shattered Dreams" ou "Crown Of Thornz" quelques séquences plus rapides menées notamment au son de toupa-toupa plus ou moins tranquilles. Rien qui ne frise évidemment l’hystérie mais cela est bien suffisant pour offrir ce qu’il faut de nuances et de contrastes. D’ailleurs, toujours dans un souci de ne pas sombrer dans la redite facile, on appréciera également de voir le groupe laisser le chant de côté le temps d’un sympathique titre instrumental ("Falafel") ou d’entendre Mike Dijan chanter en lieu et la place d’un Lord Ezec une fois de plus au chômage sur cette courte reprise de Kraut.
C’est un fait,
Mentally Vexed n’est pas aussi reconnu et plébiscité que les albums évoqués au début de cette chronique. Pourtant, il est assurément pour beaucoup de personnes un incontournable de la scène NYHC des années 90. Un disque frais et original qui vingt-neuf ans plus tard n’a pas pris une ride et continue de ravir les vieux de la vieille déjà bien au fait du sujet mais aussi les plus jeunes qui découvrent l’existence des Américains au gré de leur découverte du Hardcore. Certes, la scène new yorkaise n’a pas spécialement attendu Crown Of Thornz pour sortir des sentiers battus (on pense par exemple à Life Of Agony, Candiria, Vision Of Disorder, Quicksand ou bien encore Fahrenheit 451) mais clairement ces derniers ont su tout de suite se mettre un petit peu à l’écart (tout en étant parfaitement intégrés) afin d’offrir quelque chose de plus personnel. Là encore loin de moi l’idée de vous dire quoi faire mais si vous écoutez quelques-uns des groupes mentionnés plus haut sans pour autant connaitre les Américains, voilà l’occasion rêvée de corriger cet impair.
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par AxGxB
Par DEMONIKA
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Sosthène
Par Keyser
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Jean-Clint
Par xworthlessx
Par Ikea
Par AxGxB