Bêtement, alors que je suis encore très amateur du premier LP
God on Acid (2003), je n’ai pas vraiment pris le temps de suivre la carrière discographique de
DESPONDENCY. En 2019, j’étais tout excité à l’idée de voir le groupe au
NETHERLANDS DEATHFEST IV mais il avait dû annuler sa prestation au dernier moment, me privant de l’occasion de découvrir la suite, peut-être pas forcément meilleure mais tout du moins largement supérieure en termes de technique pure. En effet, autant les débuts se montraient certes brutaux mais principalement marqués par le
slam avec une complexité de jeu finalement peu impressionnante, autant je me demande comment j’ai pu être assez con pour passer à côté de
Matriphagy en 2024 car il avait de quoi finir sur le podium, même avec un
Chronicles of Lunacy en adversaire direct.
Évidemment, la référence à
DEFEATED SANITY n’est pas anodine, le vocaliste
Konstantin Lühring y étant passé de 2013 à 2016 :
Passages into Deformity puis
Disposal of the Dead, c’est lui. Depuis, l’homme semble avoir du mal à conserver un
line-up stable puisque tout le monde est nouveau sur ce troisième LP : que des musiciens confirmés qui ne craignent pas de tricoter, cette technicité accrue réduisant fortement les différences entre les deux formations allemandes. De là à parler de mimétisme, il y a néanmoins un pas que je ne franchirai pas car
DESPONDENCY reste plus lisible, davantage
slam death que son confrère. Il faut dire que même si le batteur se démerde, il n’a pas le niveau d’un
Lille Gruber, donnant finalement à l’ensemble des tonalités
SUFFOCATION fort plaisantes lors des ralentissements surpuissants.
Cependant, en dépit de ses influences et de l’empreinte qu’impose le vocaliste du fait même de son timbre sourd, monolithique,
Matriphagy fout une claque. En effet, derrière la brutalité absolue du registre, les titres bénéficient d’un travail d’écriture assez dingue avec beaucoup de variations au niveau des rythmiques, des tempos, nombre de riffs se mémorisant facilement malgré leurs côtés abscons. Ensuite, si les vocaux ne sont qu’un seul bloc de viscères en décomposition, leur intensité pharamineuse est pour beaucoup dans le sentiment de décrépitude qui se dégage des morceaux. Enfin, le boulot abattu par
Florian Mayer à la guitare est vraiment impeccable tant il sait se montrer versatile avec un jeu plein d’harmoniques et un son d’haltérophile. Le mec maîtrise absolument toutes les ficelles du
brutal death et si nombre de moments font effectivement penser à
Passages into Deformity, cela n’enlève absolument rien au plaisir absolu que procure l’album.
Cela a du bon les dimanches après-midi d’hiver, ce sont autant d’occasions uniques de partir à l’aventure, le nez au vent, le quatuor proposant là une espèce d’abécédaire du
brutal death metal dans toute sa splendeur outrageuse sans aucune faute de goût.
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