Avec la sortie ce jour de
Beckoning The Void Of Eternal Silence, Funebrarum met un terme à dix-sept ans de disette puisque hormis quelques menus splits et autres EPs parus entre 2012 et 2016, la formation originaire de Clifton dans le New Jersey n’avait rien sorti d’aussi consistant depuis
The Sleep Of Morbid Ruins en 2009…
Paru sur le label indonésien Pulverised Records (Moondark, Exhumation, Cryptworm, Putrid Yell, Astriferous...), ce troisième album permet d’introduire officiellement dans les rangs de la formation le multi-instrumentiste canadien Phil Tougas (Chthe’ilist, Exxûl, First Fragment, Worm, Zeicrydeus...) qui, s’il fait pourtant parti de Funebrarum depuis bientôt dix ans, n’avait encore jamais rien sorti avec le groupe. Pour le reste, les effectifs n’ont pas bougé depuis maintenant plusieurs années puisque l’on retrouve autour de Daryl Kahan (chant) la même bande de jeunes brigands à savoir Sam Osborne à la guitare, Kyle Winslow à la basse et enfin Charles Koryn à la batterie. Enregistré entre l’Oregon et le New Jersey par Phil Tougas, Charles Koryn et Steve DeAcutis (Ascended Dead, Disma, Evoken, Nuclear Assault, Worm...), ce nouvel album compte dix « nouveaux » morceaux parmi lesquels une introduction ("The Arrival"), un interlude ("Ancestral Manor") ainsi qu’une nouvelle itération du titre "Into Dark Domains" déjà mentionné dans mes deux précédentes chroniques (
Pestilential Winds et
Exhumation Of The Ancients).
Outre ce retour longtemps évoqué mais qu’à vrai dire nous n’attendions plus vraiment, la première surprise autour de ce nouvel album est assurément cette illustration signée des mains du chanteur Daryl Kahan. Alors ce n’est pas que celle-ci soit nulle ou complètement hors de propos mais on a quand même bien plus l’habitude de voir ce genre d’oeuvre illustrer des albums de Black Metal américains ou scandinaves que des disques de Death Metal quels qu’ils soient. L’autre véritable grosse surprise est que ce troisième album, après des sorties toujours sympathiques mais clairement en demi-teintes, s’avère tout simplement excellent et que se faisant celui-ci vient balayer en l’espace de quarante-neuf minutes tous les doutes que l’on a pu légitimement exprimer à l’égard des Américains durant ces dix dernières années.
Pour ce retour aux affaires, le groupe américain a fait le choix d’une production toujours très épaisse mais bien plus aérée et dynamique que par le passé. Cela ne modifie absolument pas le propos de Funebrarum qui n’a évidemment rien changé à une formule ayant fait ses preuves depuis déjà belle lurette mais cela permet de faciliter grandement l’immersion dans ce nouvel album grâce à une meilleure lisibilité mais aussi davantage de relief. Un point particulièrement appréciable, notamment lorsque l’on est face à un album de près de cinquante minutes comme celui-ci.
Guitariste hors-pair gratifiant chaque groupe dans lequel il joue de leads et autres solos mélodiques d’excellente facture, l’arrivée de Phil Tougas au sein de Funebrarum ne passe évidemment pas inaperçue. Chaque composition de
Beckoning The Void Of Eternal Silence est ainsi marquée par la présence de leads sinistres ("Beckoning The Void Of Eternal Silence" à 3:31, "Ša Nagba Amāru" à 0:35, "Through The Barren Halls Of Grieving Emptiness" à 3:10, "Into Dark Domains" à 1:53...) et / ou de solos exécutés plus ou moins rapidement mais avec toujours beaucoup d’adresse et de feeling ("Beckoning The Void Of Eternal Silence" à 4:31, les toutes dernières secondes de "Ša Nagba Amāru", "Through The Barren Halls Of Grieving Emptiness" à 1:54 puis de nouveau une minute plus tard, "Anhela Odor Mortoruom (The Adepts)" à 2:57 et 4:30...). Un atout supplémentaire pour un groupe qui derrière ses airs de vieux dinosaures ne manque ni de convaincre ni d’offrir quelques petites nouveautés. Sur ce dernier point, on appréciera par exemple d’entendre désormais un peu de variété dans le chant grâce aux voix de Phil Tougas et Charles Koryn. Si je serais bien incapable de vous dire qui fait quoi, le fait est que certaines lignes vocales contrastent très nettement avec le growl épais de papa Kahan comme c’est le cas par exemple sur "Beckoning The Void Of Eternal Silence" avec cette voix plus arrachée ou sous forme de cris ou de gargouillis comme sur "Ša Nagba Amāru" ou "Through The Barren Halls Of Grieving Emptiness". L’usage de synthétiseurs sous formes de nappes plus ou moins discrètes (chant spectral, samples de cloches, cordes frottées et frappées...) permet également d’étoffer encore un petit peu plus des atmosphères toujours très sombres et menaçantes. Bref, on le sent, Funebrarum a fait de gros efforts à tous les niveaux, même ceux pouvant être jugés de second plan.
De façon plus générale, on retrouve sur ces quarante-neuf minutes un Funebrarum qui déroule son Death Metal en toute confiance. Un Death Metal construit sur la base d’une recette éculée mais qui, lorsqu’elle est aussi bien exécutée, fait mouche sans sourciller. À coups de compositions comprises pour la plupart entre quatre et huit minutes, le groupe américain enchaîne et fait se succéder franches accélérations menées le couteau entre les dents sur fond de blasts, coups de boutoirs thrashisants plus ou moins soutenus et autres riffs gras et implacables à l’efficacité absolument immédiate, passages lourds et écrasants afin de mieux rompre avec ces nombreuses attaques et ainsi faire peser sur les épaules des auditeurs tout le poids du monde et enfin pour épicer le tout de nombreux instants particulièrement groovy qui ne manqueront pas d’en faire chalouper plus d’un. Alors évidemment, d’un morceau à l’autre le dosage varie de manière plus ou moins significative (un titre comme "From Rotting Burial Shrouds" affiché à moins de quatre minutes se concentre en effet sur une approche plus directe et moins nuancée qu’un "The Whispering Cathedral - Epilogue" affiché à près de neuf minutes et naturellement plus enclin à une certaine lourdeur) mais cela n’empêche pas que l’on y retrouve les mêmes ingrédients pour un plaisir systématiquement garanti.
Finalement, même si je n’étais pas véritablement inquiet sur le sujet, j’avoue avoir eu tout de même quelques doutes quant à la capacité de Funebrarum à hausser son jeu après deux / trois sorties pas désagréables mais manquants néanmoins d’un petit quelque chose pour prétendre être au niveau des précédentes sorties de la formation américaine. Eh bien j’aurais dû faire preuve de davantage de foi car Funebrarum m’a ici bluffé avec un disque qui dans le fond comme dans la forme n’a rien de bien nouveau à offrir (hormis les quelques petites nouveautés évoquées plus haut mais qui ne transcendent pas le Death Metal des Américains) mais qui de bout en bout s’avère incroyablement bien ficelé. Un disque tout en relief fait d’assauts implacables, de séquences particulièrement écrasantes et de passages chaloupés absolument irrésistibles. Bref, un retour plus que gagnant qui ne devrait pas manquer de faire l’unanimité.
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