Nedgravd - Ascension
Chronique
Nedgravd Ascension
"Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années".
Derrière cette citation usée empruntée à la célèbre pièce de théâtre de Pierre Corneille (Le Cid) se dessine évidemment l’idée que derrière cette entité baptisée Nedgravd se cachent quelques jeunes musiciens qui n’ont évidemment pas attendu d’avoir trente, quarante ou cinquante ans (ni même vingt-cinq d’ailleurs) pour prouver à tous leur grande valeur. Formé en 2020 à Oslo, Norvège, le groupe s’articule en effet autour de quatre jeunes garçons aujourd’hui âgés de seize à seulement vingt ans... Autant vous dire que si vous pensiez cette génération définitivement perdue, ces quatre garçons pourraient bien vous redonner foi en l’humanité.
Repéré par le label américain Headsplit Records qui n’a pas dû hésiter bien longtemps avant de mettre le grappin dessus, Nedgravd (qui signifie "enterré") a sorti le mois dernier sa toute première publication officielle, un album intitulé Ascension qui, outre le jeune âge de nos quatre protagonistes, a effectivement de quoi forcer le respect. En effet, bien loin d’opter pour la "facilité" d’un groupe influencé presque naturellement par Cannibal Corpse, Morbid Angel, Death et autres grandes figures fondatrices du genre (même si cela ne veut pas dire qu’au détour d’un riff ou d’une séquence on ne puisse pas sentir poindre quelques parallèles avec certains de ces groupes, notamment Incantation avec qui Nedgravd partage en effet pas mal de points communs, notamment avec la version des débuts menée par Will Rahmer puis Craig Pillard), les Norvégiens ont choisi de puiser une partie de leur inspiration chez d’autres formations beaucoup plus obscures à commencer par les Américains d’Infester dont le goût pour les longues compositions complexes aux structures insaisissables et aux ambiances de mort transparaît ici tout au long de ces presque quarante minutes.
Ce lien de parenté pour le moins évident (enfin si tant est que l’on soit familier avec l’un des secrets les mieux gardés du Death Metal US) se manifeste naturellement de bien des façons. L’une des plus évidentes est probablement à travers le growl du jeune Torbjørn Kirby Torbo. Une voix épaisse et profonde caractérisée par une diction pour le moins impénétrable. Même avec les paroles sous les yeux, il me semble en effet compliqué de discerner ce que nous vomit le jeune norvégien dans les oreilles même si à la vue de cette délicieuse photo promotionnelle qui pue à pleines narines le Beherit des débuts on se doute qu’il ne va pas être question d’amour, d’eau fraîche et de bons sentiments... Autre parallèle flagrant entre les Norvégiens et le fameux groupe de Seattle, cette production crasseuse et définitivement à l’ancienne avec ses imperfections totalement assumées qui lui apportent, il faut bien l’avouer, un charme fou. De ces guitares abrasives et ultra saturées à cette basse métallique relativement discrète en passant par cette batterie particulièrement dépouillée d’où résonne une caisse claire famélique et des toms aux sonorités flottantes ou bien encore ce growl sombre et indéchiffrable, tout chez Nedgravd fait effectivement écho à la musique d’Infester.
Aussi évidents soient tous ces parallèles, le plus flagrant reste néanmoins la musique. Comme je le disais plus haut, les compositions de Nedgravd se caractérisent par des durées relativement conséquentes puisqu’en dehors de cet interlude et de cette conclusion l’un et l’autre aux sonorités horrifiques rappelant de vieux et obscurs giallos italiens, la durée de chaque titre varie entre six et huit minutes. Un format allongé propice à l’exploration d’idées diverses, de changements de séquences et autres variations quitte effectivement à donner lieu à des titres à tiroirs auxquels il n’est pas toujours évident de se raccrocher. Ainsi se succèdent à l’envie riffs tordus et complexes, accélérations plus ou moins salvatrices et expiatoires (du toupa-toupa thrashisant mais aussi de belles séances de blasts punitifs), ralentissements pesants et profondément malsains, passages un tantinet plus groovy histoire de faire chalouper le chaland, nappes de synthétiseurs et autres claviers dispensées avec parcimonie dans le but d’étoffer des atmosphères infernales et malsaines à couper au couteau de cérémonie pour un résultat aussi aberrant et informe que l’effrayant To The Depths, In Degradation. Naturellement, ce genre d’album ne plaira pas à tout le monde puisqu’au-delà de cette seule production crasseuse évoquant ce manque de moyens que la plupart des groupes de Death Metal ont connu au début des années 90, il y a dans la musique des Norvégiens quelque chose de profondément grotesque et repoussant à même d’attirer seulement les esprits les plus tordus et les plus corrompus.
Le fait que ces quatre garçons ne soient âgés que d’une petite vingtaine d’années donne évidemment à ce premier album une saveur toute particulière. Mais le véritable argument marketing de Nedgravd ne tient pas tant dans l’âge peu élevé des quelques protagonistes impliqués dans ce projet mais plutôt dans le degré de maturité mis en oeuvre par nos quatre Norvégiens tout au long de ces trente-neuf minutes à l’aura absolument diabolique. Comme dit plus haut, il est bon de voir de jeunes musiciens opter pour ce genre de Death Metal qui n’aura probablement jamais les honneurs du plus grand nombre mais continuera de faire briller les yeux de tous ceux qui se repaissent de ce genre de musique infernale, difforme et profondément repoussante. Bravo messieurs !
| | AxGxB 30 Juin 2026 - 441 lectures |
| |
DONNEZ VOTRE AVIS
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
AJOUTER UN COMMENTAIRE
Par AxGxB
Par Sosthène
Par Sosthène
Par Cujo
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Samfisher
Par Sosthène
Par MoM
Par Raziel
Par Sosthène