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Fake Dust - Decrepitizing Din Of The Cerebral Psyopticon

Chronique

Fake Dust Decrepitizing Din Of The Cerebral Psyopticon
Si je me réfère au Larousse, une "dérouillée" est un nom féminin qui, dans le langage populaire, exprime une volée de coups, une dégelée. C’est-à-dire administrer à quelqu’un qui parfois n’a rien demandé une correction ou une raclée bien souvent à coups de poings ou de pieds... Bref, en prendre plein la gueule. Si toutes les pages consultées s’accordent sur cette définition somme toute banale et comprise de tous, aucune ne cite ce premier album de Fake Dust en guise d’exemple. Une grave erreur car c’est bien de cela dont il s’agit à l’écoute de ces dix-neuf minutes pour le moins punitives.

Originaire de Portland dans l’Oregon, Fake Dust voit le jour en 2020 sous l’impulsion de musiciens issus des scènes Punk, Crust, Death et Grind de la région. Après une première démonstration parue en 2022 et une sortie promotionnelle visant à accompagner une tournée US de plusieurs dates, le groupe vient de sortir il y a une quinzaine de jours un premier album particulièrement épicé sous les couleurs des labels Iron Lung Records (vinyle) et Headsplit Records (CD et cassette). Un disque baptisé Decrepitizing Din Of The Cerebral Psyopticon qui m’a tapé dans l’oeil (avant de me défoncer les tympans sans demander l’autorisation) grâce à cette très chouette illustration signée Brendan Smith. Comme pour le premier album de Degraved, celui-ci offre aux Américains une oeuvre aux couleurs volontairement rincées (en plus de bébés mal en point, de corps difformes et de tuyauteries inquiétantes) qui lui confèrent d’emblée un charme suranné certain. Bref, si à la seule vue de cette illustration (et de ce logo illisible inspiré de l’univers du graffiti) l’envie de vous plonger dans ce premier album avant même d’en avoir écouté ne serait-ce qu’une seule seconde ne vous a pas effleuré l’esprit alors c’est qu’on n’est définitivement pas câblé de la même façon...

Dix-neuf titres, dix-neuf minutes, même si vous êtes en froid avec les mathématiques, nul doute que vous n’aurez aucun mal à faire la moyenne de chaque titre. De fait, même s’il ne s’agit que d’une moyenne, c’est en effet vite, voire très très vite que jouent les quatre énergumène derrière Fake Dust.
Produit de bout en bout (enregistrement, mixage et mastering) par madame Sasha Stroud (Belexum, Cathexis, Funeral Leech...), ce premier album ne perd pas de temps pour donner le ton. En effet, quelques secondes dans l’écoute de "Mind War Deployment", premier titre ébouriffant, suffisent pour saisir l’ampleur de la dérouillée qui se prépare à nous être administrée pendant près de vingt minutes. Alors évidemment, l’esprit le moins éclairé serait tenté de résumer la chose par un : "ce n’est une fois de plus que du Grindcore avec ses codes, ses us et coutumes et sa sempiternelle même rengaine". Une affirmation peut-être pas si fausse mais tout de même limitée dans le cas de nos Américains. En effet, si le groupe de Portland répond avec application à un cahier des charges n’offrant que bien peu de nouveautés ou de surprises, celui-ci réserve pourtant quelques belles singularités à commencer par un batteur tentaculaire qui, on peut le dire, n’est pas là pour faire semblant. Brennan Butler de son petit nom, envoie en effet durant toute la durée de ce premier album une variété de bourre-pifs absolument délicieux qui, bien loin de se limiter aux sacro-saints blasts naturellement de rigueur sur un tel album, prend également plaisir à être là où on ne les attend pas. Il y a en effet dans son jeu quelque chose d’insaisissable, une hystérie quasi-permanente qui se traduit par des plans furieux, très courts et syncopés ainsi que par des changements de rythmes et autres cassures aussi soudaines que régulières. Bref, l’image de la lessiveuse semble on ne peut plus appropriée.

S’il brille clairement par son jeu intense et tentaculaire, Brennan Butler n’est pas le seul responsable du succès de Fake Dust sur ce premier album. Loin de passer inaperçus voire de démériter, les trois autres membres font également de l’excellent travail même si je trouve la basse malheureusement un brin noyée par une production particulièrement épaisse pour le genre. En attendant, les riffs déroulés évidemment à toute berzingue s’avèrent eux-aussi particulièrement incroyables et jouissifs. Une sorte de fusion improbable entre Grindcore et Brutal Death Metal. Des riffs épileptiques qui à l’image des coups de boutoirs distribués par Brennan ne tiennent absolument pas en place et participent eux aussi à ce chaos ambiant. Évidemment, n’espérez pas retenir quoi que ce soit de ces derniers (hormis lors des quelques passages plus en retenue qui ponctuent l’album d’une pointe de groove ou de lourdeur et que l’on pourra éventuellement siffloter) mais peu importe car ces riffs ne sont ni là pour faire joli ni insuffler un semblant de mélodie entêtante mais plutôt pour nous mettre la tête au carré et absolument tout défoncer... Il en va de même du chant partagé entre éruptions arrachées et douloureuses et growl définitivement bien plus gras et épais. Là encore rien de bien nouveau mais la dualité systématique dont fait preuve Tony du groupe Phonebooth participe elle aussi à ce bordel ambiant.

Avec le départ de Sagamore, il y aura sûrement moins de Grindcore chroniqué en ces pages mais pour 2026 voilà au moins celle de l’album de l’année. Certes, Decrepitizing Din Of The Cerebral Psyopticon ne constitue en aucun cas une quelconque révolution mais celui-ci offre à l’auditeur ce que l’on peut appeler une belle dérouillée de la part d’un groupe définitivement au sommet de son art. Intense, bruyant, chaotique, abrasif, rapide, jubilatoire, excessif, impressionnant... Autant de superlatifs qui siéent à ravir à un premier album qui fera date, au moins cette année, dans le genre. Clairement, un album à ne pas esquiver si l’on possède de quelconques affinités avec le Grindcore de patron.

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Fake Dust
notes
Chroniqueur : 8.5/10
Lecteurs : (3)  9/10
Webzines :   -

plus d'infos sur
Fake Dust
Fake Dust
Grindcore - 2020 - Etats-Unis
  

tracklist
01.   Mind War Deployment  (00:39)
02.   Implanted Imperative  (01:24)
03.   Lost Signal  (00:58)
04.   Scratched Disk  (00:57)
05.   Neural Frame Network  (00:40)
06.   Mummify  (00:42)
07.   Substance Abuse Lifestyle  (00:52)
08.   Stalker  (00:37)
09.   Insomniatic Fluid  (00:46)
10.   Cooked At Conception  (02:11)
11.   Detaching  (01:12)
12.   Mosaic  (01:01)
13.   Starvation Field  (00:32)
14.   Delete  (00:53)
15.   Little Bottle (Public Transportation Pt. 2)  (00:37)
16.   Living Conditions  (01:00)
17.   Marker  (00:41)
18.   Envisaging Psychosomatic Operations  (01:13)
19.   Paranoid Epiphany  (02:47)

Durée : 19:42

line up
parution
15 Mai 2026

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