Rory Flay et Alexander Poole, ça faisait longtemps, pas vrai ? Allez, on est reparti pour un tour avec cette fois-ci la seconde démonstration d’Ichors Glaive parue en mars 2025 sur Parasyte Curse, petit label américain basé à Greenacres, Washington, sur lequel on trouve d’autres formations de choix telles que Gelid Dawn et Garmsblod (avec qui vous savez), Durazis, Spell Caster, Nosvrolok et pas mal d’autres encore...
Limitée à soixante-six copies, cette première édition cassette était évidemment épuisée avant même de dire
"j’en prendrai un exemplaire s’il vous plaît". Longtemps restée l’unique support proposé, il aura fallu attendre le mois dernier pour voir Medieval Prophecy en proposer une belle édition vinyle avec pour l’occasion une illustration légèrement revue et corrigée (un fond blanc, un cadre aux ornements d’un autre temps et de la famille des Anatidae, une belle typographie vue et revue mais néanmoins toujours très efficace...). Bref, c’est toujours plus cher qu’une simple cassette mais on ne va pas se mentir, c’est également toujours plus joli. Enfin, pour les indécrottables du format CD, sachez que le label belge a également eu la très bonne idée de presser tout récemment une compilation intitulée
Early Myths sur laquelle on retrouve les deux seules démos d’Ichors Glaive dont
Solstice Of An Ancient God déjà chroniqué en ces pages.
Intitulée
Jörmungandr en référence à la mythologie nordique dont s’inspire thématiquement la formation, cette seconde démo témoigne une fois encore de l’intérêt porté musicalement par le duo américain à la scène russe et plus précisément à toutes ces formations rattachées au célèbre BlazeBirth Hall (Branikald, Forest, Raven Dark, Nitberg, Vargleide, Rundagor, Wotansjolv...). Comme sur
Solstice Of An Ancient God, le choix de la production est évidemment primordial. Des guitares froides, épaisses et terriblement envoutantes, une batterie naturelle et dépouillée réduite pour l’essentiel à son plus simple appareil, une basse très peu mise en avant et dont les contributions se confondent le plus souvent avec ces guitares particulièrement charnues (sauf lors des passages les plus tranquilles à l’instar de "Sorrow", interlude instrumental où celle-ci se distingue effectivement très bien) ainsi qu’un chant légèrement en retrait constituent ainsi une fois de plus l’identité sonore de la formation américaine. Une approche à la fois datée et rudimentaire qui donne clairement un certain cachet à l’ensemble même s’il ne fait à l’inverse aucun doute que ce genre de production ne fera évidemment pas l’unanimité même parmi les auditeurs de Black Metal.
Musicalement, Ichors Glaive n’entame aucune révolution à travers cette seconde démonstration et se contente avec toujours beaucoup de talent et d’inspiration de reprendre les choses exactement là où il les avait laissées un petit peu moins d’un an auparavant. Quiconque ayant déjà posé ses oreilles sur la musique des quelques groupes cités plus haut pourra ainsi retrouver chez les Américains ce même goût pour les riffs hypnotiques aux mélodies aussi épiques et nobles que lasses et vaincues (essentiellement sur "Crystalline Spear", "Jörmungandr" et "Fortress Enshroud (They Lie Buried Beneath The Ground)"), cet attrait pour les compositions fleuves où se succèdent les plans et les idées malgré une impression de monotonie très justement induite par ce fameux riffing lancinant ainsi que par cette batterie aliénante ainsi qu’un chant gras et croassé légèrement placé en arrière-plan et rehaussé par quelques interventions déclamées et quasi-religieuses à la façon d’un prophète de l’apocalypse ("Crystalline Spear" à 1:20, 3:23 et 5:13, "Jörmungandr" à 2:51, "Fortress Enshroud (They Lie Buried Beneath The Ground)" dès 0:26 puis de nouveau aux alentours de 2:53 ainsi qu’en guise de conclusion à partir de 6:33). Un Black Metal effectivement entêtant mais qui ne manque jamais vraiment de relief grâce à une succession permanente de séquences rythmiquement soutenues (la batterie) mais néanmoins atmosphériques (les guitares) et de passages plus mesurés effectivement propices aux variations de thèmes et autres changements de motifs. Encore une fois, Ichors Glaive n’offre rien qui n’ait pas été déjà entendu ailleurs mais les groupes (américains) influencés aussi ouvertement par la scène russe sont suffisamment rares (surtout avec autant de réussite) pour ne pas y voir et y entendre malgré tout quelque chose d’assez frais se distinguant très clairement de ces énièmes relectures de Darkthrone, Gorgoroth, Emperor et compagnie (aussi efficaces soient-elles) qui pullulent dans les méandres de l’underground Black Metal.
Bref, pour ce retour aux affaires, Ichors Glaives n’a évidemment rien changé à sa formule et c’est très bien comme ça. Certes, la multitude de projets dans lesquels sont embarqués ensemble ou séparément nos deux gaillards pourrait légitimement nous amener à nous interroger sur la pertinence d’une énième entité évoluant dans les sphères du Black Metal mais à vrai dire, sans faire preuve d’une grande originalité, toutes possèdent néanmoins leur petit truc qui leur permet de faire la différence et de se distinguer à minima des autres projets signés Rory Flay et Alexander Poole. Ainsi, à l’image de
Solstice Of An Ancient God,
Jörmungandr est elle aussi une franche réussite pour ce duo terrible qui décidément - et c’est évidemment très bien comme ça - ne connait pas la faute de goût et semble incapable de mettre à côté...
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