Anasarca - Achlys
Chronique
Anasarca Achlys
Après trois albums très réussis publiés à cheval entre les deux siècles la formation de Basse-Saxe avait ensuite arrêté ses activités dans un relatif anonymat, pour mieux revenir presque une décennie plus tard et livrer ainsi l’excellent
« Survival Mode » qui confirmait que la nouvelle équipe autour de son pilier Michael Dormann n’avait rien à envier à l’ancienne. Ayant depuis recruté d’autres vieux briscards expérimentés à la basse et à la batterie le chanteur-guitariste aura mis là encore presque dix ans pour offrir ce cinquième opus, dont on avait eu quelques prémices via les trois morceaux de la Démo sortie en 2024 (et que l’on retrouve ici réenregistrés pour l’occasion) qui prouvait que lui et ses nouveaux acolytes avaient toujours cette faculté désarmante à pondre des compositions particulièrement brutales et sombres, sans jamais tomber dans les excès techniques et la redondance ennuyeuse.
Bref on avait tout pour être optimiste surtout que l’entité n’a jamais déçu tout au long de sa carrière morcelée, et effectivement ce nouveau chapitre va se greffer aisément avec les précédents vu que durant quarante minutes on va être emmené immédiatement et jusqu’à l’ultime seconde dans un tourbillon d’obscurité à la fois tempétueux, violent et à la pression atmosphérique particulièrement marquée. Car après la courte introduction où du piano inquiétant se fait entendre on est immédiatement mis dans le bain avec du très haut niveau, où la profondeur et les variations marquent instantanément leur territoire comme le dévoile le monstrueux et dense « My Reality ». Proposant ici tout le panel typique du genre on se retrouve en présence de longues salves de blasts énervés jouées en alternance avec des cassures à gogo et parties rapides débridées où se greffent des passages en mid-tempo absolument redoutables, qui ajoutent encore du dynamisme à un ensemble où pourtant c’est déjà très présent. A la fois variée et dense cette première composition est une réussite totale, et par la suite la technicité générale va rester élevée en continu… que l’écriture se montre plus directe et radicale comme plus entreprenante en misant sur de fortes variations et où techniquement ça monte aussi d’un cran.
Car si on regarde du côté de la relative simplicité on peut aisément parler de « Achlys » qui ne débande pas un instant, en offrant tout un déluge de rapidité sous toutes ses formes sans pour autant être redondant vu que ça garde une grosse envie de headbanguer en ne ralentissant pratiquement pas l’allure (ce que « He Is Dead » et « How Can They » vont reprendre avec brio sans pour autant faire du copier-coller tant le côté frontal et rentre-dedans y est poussé à son paroxysme). La preuve donc s’il le fallait que même en jouant sur une facette assez rudimentaire l’expérience du combo dans ce domaine fait toute la différence, tant on est loin des sorties monolithiques que proposent tant de noms basés en Europe de l’Est ou aux Etats-Unis. Néanmoins pour être certain de ne pas tomber dans ce piège les mecs savent aussi creuser plus loin pour hausser la profondeur ambiante et ainsi embarquer l’auditoire vers quelque chose de plus opaque et mortifère, comme cela s’entend sur le plus lourd « Basket Of Burdens » où sans oublier de tabasser comme il se doit ça ralentit quand même plus fortement. Prenant donc immédiatement à la gorge les courageux et audacieux qui auront posé leurs oreilles sur cette œuvre, ceux-ci ne pourront qu’apprécier ce qu’ils entendent et même ils en redemanderont grâce notamment à « Pain Remains » idéal pour headbanguer, malgré ses passages en train de sénateur contrebalancés par des accélérations implacables et surtout des moments en médium redoutables où l’on a envie clairement d’en découdre. Ces derniers vont aussi être présents sur le furibard « In Memoriam » où l’équilibre des forces en présence est de mise, ajoutant donc de la profondeur supplémentaire où toutes les parties s’éclatent chacune leur tour, dévoilant donc son lot de ralentissements et d’accélérations permanentes et idéales pour se faire bien mal une fois de plus aux cervicales. Cela est proposé également sur le redoutable « Broken » où les cous sont mis à rude épreuve du fait d’une rythmique intermédiaire largement majoritaire, et qui une fois de plus fait mouche instantanément. Gardant un relatif équilibre tout ici n’est qu’entrain et fureur communicatif comme « Wish You Were Here », qui monte en pression de façon régulière avant d’exploser de plus en plus fort après avoir démarré de façon relativement posée, une vision que la conclusion « I Feel » va pousser à son paroxysme pour notre plus grand bonheur. Car ici l’opacité est impressionnante via de gros riffs étouffants avant que le reste ne s’emballe au fur et à mesure, jusqu’à déverser un torrent de haine qui marque les esprits histoire de tout donner avant de ranger les instruments, et les Allemands y parviennent parfaitement en réussissant à offrir un long-format où l’on ne s’ennuie jamais vu que chacune des compositions réussit à avoir sa propre personnalité.
S’il est regrettable de voir qu’un tel talent soit signé chez un label de deuxième division (et ne soit donc pas plus mis dans la lumière), néanmoins cela n’a eu aucun impact sur la motivation de son leader qui continue de mener sa barque contre vents et marées malgré un manque criant de notoriété franchement regrettable quand on voit le boulot proposé par le passé et encore à l’heure actuelle. Avec sa production rugueuse et sèche ce cru 2026 a en tout cas tous les éléments pour bien figurer dans les bilans annuels et ça ne sera que justice, confirmant que dans son registre il fait bel et bien partie du haut du panier d’outre-Rhin qui s’il voit une nouvelle génération de qualité émerger voit en revanche ses vétérans raccrocher les gants ou ne proposer plus rien d’intéressant depuis des lustres. Il est donc plaisant de voir qu’ANASARCA est probablement le dernier des mohicans dans son pays à continuer le combat et entretenir la bonne parole avec encore une telle inspiration, et quand on voit comment la bande réussit facilement cet exercice on espère qu’elle va continuer encore longtemps à nous matraquer les tympans sans qu’on n’y rien trouve rien à redire.
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