Xorsist - Aberrations
Chronique
Xorsist Aberrations
Après un début de carrière compliqué où le line-up a pas mal évolué la formation menée par Gustav Ryderfelt a enfin trouvé la stabilité qui lui a longtemps manqué, et même si pour l’instant elle reste un outsider au sein de la concurrentielle scène de son pays force est de reconnaître qu’elle a de plus en plus d’arguments intéressants à dévoiler au fil de ses sorties. Nous proposant aujourd’hui son troisième album (qui voit l’arrivée dans le groupe d’un vrai guitariste soliste âgé de 19 ans à peine !) le désormais quatuor livre sans contestation possible la meilleure prestation de son histoire, via une musique plus mature mais qui conserve néanmoins sa simplicité et son côté expéditif. On se doutait effectivement que le rendu proposé par les Suédois allait être plus adulte mais pas moins intéressant, du fait notamment de la présence de ce nouveau logo plus affûté et moins scolaire que le précédent qui donnait clairement plus envie de se pencher sur le contenu de ce « Aberrations », bien grassouillet et énergique de bout en bout.
Car pendant les presque quarante minutes que dure ce nouveau chapitre on ne va pas voir le temps passer vu que le groove va être permanent avec suffisamment de variété dans chacun des morceaux pour qu’on n’ait pas le sentiment de redondance, même si évidemment on trouvera toujours à pinailler sur des plans recyclés ici et là et quelques petites longueurs évitables. Cependant cela n’est que de l’ordre du détail car on va être immédiatement happés par ce disque dès les premières notes du très bon « Rest Impending », aux légers accents Thrash et qui va être porté par une énergie communicative où le tempo élevé aux deux extrémités va s’alourdir clairement en son centre, tout en y glissant un solo mélodique impeccable où l’on s’aperçoit immédiatement de l’apport important du nouveau venu dans l’équipe. Simple, direct et bien brutal ce schéma va faire immédiatement mouche (à l’instar de « An Elegy Unfolds » qui reprend avec facilité cette même construction pour un résultat tout aussi redoutable), aidé en cela par une production bien massive qui rend grâce aux compositions jouées tambour battant où le headbanging et la graisse ne laissent pas un instant de répit. Preuve en est l’entraînant « Souls To Mourn » qui mise sur plus de variété en y incluant du mid-tempo redoutable pour offrir plus de profondeur à une plage où l’on ne peut s’empêcher de secouer la tête sur fond de son HM-2 omniprésent… mais qui laisse de la place à d’autres genres glissés avec parcimonie. Si jusqu’à présent l’heure était à varier les plaisirs avec délectation en revanche avec la doublette « Of Where I Reside » / « Faceless » les choses vont se faire plus rugueuses et intensives, de par un côté dépouillé plus visible via un gros côté Punk assumé où ça file à toute allure sans véritablement ralentir la cadence. Certes on y trouve bien quelques petits ralentissements bienvenus pour éviter toute linéarité mais l’ensemble reste particulièrement expéditif sans s’éterniser sur la durée, offrant donc une vision dégoûtante mais appréciable qui pue la crasse de manière plus marquée sans qu’on n’y trouve rien à redire, tant les riffs minimalistes font mouche et les quelques moments plus bridés sont idéals pour mettre la nuque à rude épreuve.
Et puis doucement l’entité va alourdir son propos en y mettant plus d’humidité pour mettre mal à l’aise et renforcer l’obscurité déprimante, à l’instar de ce que propose l’impeccable et rampant « His Shrouded Gaze » au grand écart assumé et où quelques blasts émergent du caveau avant de s’effacer au profit d’un bridage prioritaire. Ce point va être d’ailleurs porté plus haut sur le quasiment Doom « Disbelief » grassouillet au possible et où ça n’accélère presque pas, prenant ainsi l’auditoire à la gorge au milieu des méandres de pluie aux odeurs automnales et aux relents putrides des cimetières… mettant ainsi à l’honneur la vision la plus opaque et glauque de ce long-format. Car une fois cela fini une certaine lumière comme nostalgie vont apparaître sur l’impeccable conclusion « Memorial Cries » au nom prédestiné, vu que malgré une certaine violence présente par petits bouts on va surtout retenir ce doux break acoustique avant un long lead mélodique à la fois triste et perché, comme un hommage à un proche disparu ou à une époque révolue. Sur ce point le mystère reste entier mais en tout cas si ça surprend initialement ça ne fait absolument pas tâche avec le reste, et avec cette fin différente de l’ensemble entendu en amont la bande en termine dignement de cet enregistrement impeccable qui lui fait indéniablement passer un cap.
Fini en effet le Death sympathique mais un peu limité… et place à quelque chose de toujours authentique mais qui a clairement gagné en technique comme en force de frappe, et si ça continue dans cette voie il est sûr que les gars ont de quoi s’offrir un avenir assez radieux. Comme quoi arriver à maturité prend parfois plus de temps que chez d’autres mais quand on y parvient ça n’en est que meilleur, et vu l’âge global de chacun des musiciens ici présents s’ils continuent dans cette dynamique c’est parti pour durer probablement longtemps, c’est tout ce que l’on espère tant le royaume de Suède a pris maintenant l’habitude de nous envoyer nombre de ses meilleurs éléments dans la fleur de l’âge, mais qui bénéficient déjà d’une incroyable maturité artistique. A voir donc ce que XORSIST nous proposera à l’avenir mais en tout cas les attentes le concernant sont enfin comblées, et on va en profiter en attendant de voir débouler leurs compatriotes d’ETERNAL EVIL avec un nouveau méfait qui s’annonce tout aussi musclé et destructeur. Les beaux jours sont là et profitons-en au maximum aussi bien pour les yeux, le moral et les oreilles… surtout quand c’est fait de si bonne manière qu’ici, le truc idéal pour se vider la tête et sortir de la routine quotidienne avec attractivité et décontraction générale.
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