De retour aux affaires après trois ans d’absence et une première démo certainement pas très originale mais alors diablement efficace dans son genre, les Canadiens de Coprolith viennent de sortir de nouveau chez Me Saco Un Ojo Records (vinyle) et Rotted Life Records (CD et cassette) un premier album intitulé
Putrescence. Au programme, six nouveaux morceaux d’un Death Metal toujours aussi sombre et épais partagé entre séquences rampantes à haute teneur en Doom et fulgurances plus ou moins soutenues et toujours très bien senties.
La première chose (et peut-être la seule) qui distingue clairement ce premier album de cette fameuse démonstration évoquée plus haut est cette illustration pour le moins réjouissante signée Archaic Filth aka Adam Kindred (artiste et tatoueur canadien responsable d’artworks pour Hedonist, Winter Graves, Axefear, Languid, certaines planches de skateboard de la marque Blood Wizard...). Une vision infernale faite d’horreurs et de souffrances qui ne devrait pas avoir de mal à pousser les quelques curieux n’ayant encore jamais croisé la route des Canadiens originaires de Toronto à jeter une oreille attentive à cette nouvelle offrande. Celle-ci est d’ailleurs rehaussée par un nouveau logo particulièrement chouette et définitivement plus lisible que celui qui orne justement
Coprolith. Bref, visuellement, vous l’aurez compris, on a clairement très envie d’y aller et cela bien évidemment sans se faire prier...
Affiché à un tout petit peu plus de trente-quatre minutes,
Putrescence n’est finalement pas beaucoup plus long que cette démo à laquelle il succède et qui ne compte d’ailleurs qu’un titre de moins. Seulement, puisque l’on en est à parler chiffres, on va très vite constater qu’à l’exception de "Another Skull To Claim" affiché à un petit peu moins de quatre minutes, les autres morceaux de l’album ont pris un peu d’embonpoint dans la mesure où ces derniers oscillent ici entre cinq et sept minutes chacun. Une prise de masse qui n’a rien à voir avec la présence de quelconques samples, introductions (hormis sur "Sentenced To The Grave") et autres conclusions à rallonge mais plutôt avec une envie d’étirer sensiblement son propos sans pour autant en modifier sa nature profonde. Bref, les six morceaux de ce premier album sont effectivement un peu plus longs mais la formule que déroule Coprolith sur
Putrescence n’a quant à elle pas changé d’un pouce.
C’est donc une fois de plus sans grande originalité mais avec un degré d’efficacité toujours aussi prononcé que nos Canadiens reprennent du service. La recette est la même et n’est donc pas très compliquée puisqu’elle consiste, on l’a vu, en une succession de séquences plus ou moins plombées ("Sentenced To The Grave" à 0:55 et 3:46, "Putrescence" à 0:58 puis de nouveau aux alentours de 2:43, "Defiling Incantation" à 3:08, "Birthed By Remorseless Flames" à 3:17...) qui vont venir nous enfoncer le visage dans la merde (pour rester dans cette thématique chère à Coprolith) et de moments beaucoup plus nerveux et intenses menés à coups de blasts punitifs dont la force de persuasion n’est aujourd’hui plus à démontrer ainsi que d’accélérations un poil plus tranquilles mais non moins efficaces et entrainantes ("Sentenced To The Grave" à 2:19 et 4:54, les premiers instants de "Putrescence", "Defiling Incantation" à 2:32, "Birthed By Remorseless Flames" à 0:16...). Ajoutez à tout cela une pointe de groove dispensée ici et là avec une certaine retenue ("Sentenced To The Grave" à 2:46, "Defiling Incantation" à 1:25, les dernières secondes de "Another Skull To Claim", "Possessed By Incoherent Violent Suggestions" à 1:19...) ainsi que quelques leads sinistres et faisandés d’excellentes factures et vous aurez une idée plutôt concrète de ce qui vous attend à l’écoute de
Putrescence. Sur le papier, tout cela est extrêmement convenu et la vérité est que l’écoute de ce premier album ne réserve aucune véritable surprise. Ceci étant dit, attend-on vraiment de la part d’un groupe appelé Coprolith ayant pour illustration une oeuvre de type Body Horror qu’il révolutionne ou chamboule quoi que ce soit ? Non, pas vraiment...
Si
Putrescence n’offre rien de bien nouveau à se mettre sous la dent pour l’amateur de Death Metal qui roule sa bosse depuis déjà plusieurs années, la qualité globale des riffs, l’équilibre dynamique de chaque composition et le travail d’ambiance effectué par les Canadiens tout au long de cette grosse demi-heure permettent haut la main de compenser une lecture somme toute assez scolaire. Quelque part entre Incantation (le growl profond de K.D n’y est clairement pas étranger), leurs homologues canadiens de Sedimentum et une partie de la scène finlandaise du début des années 90 (on pense pas mal à des groupes tels que Demigod, Adramelech, Funebre pour ce qui est de ces séquences rampantes et de cette lourdeur ambiante et même un petit peu Demilich lors de certaines séquences plus groovy), le Death Metal de Coprolith s’avère extrêmement réjouissant en plus d’être foutrement efficace dans son genre.
Encore une fois, personne n’ira évidemment crier au génie ou à la révolution à l’écoute de ce Death Metal protocolaire qui suit effectivement un cahier des charges bien défini. Et si c’est à tout prix ce que vous recherchez lorsque vous jetez votre dévolu sur un disque alors il y a sûrement d’autres groupes à même de sortir des sentiers battus qui vous conviendront certainement bien davantage. Coprolith, comme son nom l’indique, préfère lui patauger et se vautrer dans les excréments et reprendre à son compte une formule vieille de plusieurs décennies. Certes, on ne ressortira pas d’une écoute de
Putrescence avec le sentiment d’avoir gagné quelques points d’intelligence, par contre, je peux vous assurer que si vous aimez votre Death Metal sombre, rampant, vicieux et entrecoupé de passages bien plus virulents, ce premier album des Canadiens n’aura aucune difficulté à vous convaincre. Bref, après une première démonstration particulièrement engageante, Coprolith vient enfoncer le clou à l’aide d’un disque qui ne chamboulera pas la face du Death Metal mais qui coche toutes les cases pour faire de ces trente-quatre minutes une franche réussite.
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