Celles et ceux connaissant déjà Duncan Wilkins – ancien Anaal Nathrakh mais ayant été surtout prolifique au sein de Mistress et Fukpig – le savent : son « travail » n’est pas des plus fins.
C’est même tout l’inverse, tant on baigne souvent dans l’idiot qui, parfois, devient jouissif comme un plaisir simple à s’accorder sans rougir. Par chance, Cattle Hammer échue à ce sort ci, lui qui se veut extrêmement noir, extrêmement lourd, extrêmement lent, et s’avère surtout plaisant pour qui goûte son metal sale, punk et excessif, sludge, doom et drone comme bruit blanc au son duquel s’endormir comme un bébé.
Étant donnée l’imagerie, je doute que cela soit pourtant l’objectif principal. Mais à l’heure de la popularité des podcasts et séries de true crime, de l’analog horror qui devient synonyme de succès au box-office, a-t-on encore peur de ces monstres-ci ? Leur étrangeté devient trop familière… On baigne même avec joie dans les mêmes eaux qu’eux ! Sans aller jusqu’à dire que Cattle Hammer est complice de cette idée – arrête de faire ton dur avec ton illustration « sick » et viens chercher ton câlin, mon gros patapouf ! –, il possède une ambiance et des riffs lovecraftiens qui pourront rappeler ce que pouvaient avoir de délicieux
Hesper Payne et
Wreck of Hesperus, ses leads détraquées (« Gloom Sower ») ayant le charme des caresses consenties entre avertis de ce type de dégueulasserie.
Alors oui, il faut aimer le sale pour lui-même pour apprécier un tant soit peu
Dark Thoughts With Lights Out. Les personnes y cherchant quelconque profondeur ou leçon de vie en seront pour leurs frais. Mais la crasse y est de premier choix, de cette voix glaireuse à ces tremolos blackened qui jouent leur sludge comme si les années 2010 ne s’étaient jamais terminées. Une décennie à laquelle appartient Cattle Hammer sur le plan stylistique, sa radicalité pouvant rappeler
Highgate et autres
Whitehorse en plus des références déjà citées – quitte à faire râler celles et ceux détestant le name-dropping.
Une cartographie inévitable car, concernant ce sludge / doom, on est plus sur des entités d’un même univers que des groupes ayant une personnalité unique – à quelques exceptions près. C’est le cas pour la plupart et Cattle Hammer n’échappe pas à ce constat, malgré quelques tentatives au niveau de synthés et de samples un peu plus défaitistes et glauques que la moyenne. Je suis même tenté de le présenter comme un bon résumé de ce sludge extrême mâtiné de doom et de drone à qui serait curieux sans connaître, tant tout est présent à un moment ou un autre, des larsens qui lacèrent (« Watchmen, Alone ») au riff qui égrène ses trois notes avec une lenteur outrancière (le début de « Body Puzzle » par exemple). Cela ne fait pas pour autant de
Dark Thoughts With Lights Out un album à l’approche duquel passer son chemin, celui-ci ne lassant jamais dans ses labyrinthes de douleurs. Ces quatre compositions ont en effet une certaine justesse dans leurs excès, s’éternisant ce qu’il faut. Satisfaction garantie pour l’amateur de lourdeur donc, qui sait déjà où chercher sa musique novatrice mais n’est pas contre une régression volontaire de temps en temps. Cattle Hammer saura répondre à ce genre d’envie.
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