Est-ce que ce nouvel album de Warning est l’égal de
Watching from a Distance ? Non. Est-ce que cela pose un problème ? Absolument pas.
Je ne suis pas de ceux qui attendaient de Warning qu’il fasse de son – alors – ultime album une formule. Qu’il reste une œuvre unique me convient très bien, appréciant les différences de
Rituals of Shame comme le signe d’une volonté de créer quelque chose de personnel et du temps présent, sans recours à la nostalgie. Une pensée appuyée par les déclarations de Patrick Walker, très anglais dans sa prise de distance un brin sarcastique avec son passé. Point de larmes qui coulent indéfiniment, point de douleur évacuée et qui tord le bide à qui la reçoit – à l’exception d’un premier titre chargée de rappeler que les blessures sont toujours là, grandes ouvertes. Mais elles se nomment puis se dépassent, une sincérité brûlante comme fer chaud appliqué sur elles. On est bien dans l’émotion forte ; celle-ci n’est juste plus tout à fait la même qu’autrefois. Elle est guidée par l’amour avant toute chose.
C’est sur son invocation que se termine l’album (littéralement les derniers mots de « Teacher ») et c’est ce sentiment qui traverse l’ensemble de ces quarante-cinq minutes.
Rituals of Shame avance sans honte (…) en assumant ses rides et leurs racines – l’influence ancienne des débuts de Revelation encore plus présente qu’autrefois, criante sur les élans progressifs de « Stations » et « Landing Lights » par exemple –, sans l’outrance de la jeunesse qui envisage de se suicider là tout de suite attention elle va le faire. On a passé l’âge de ce genre de théâtralité. On préfère faire état de ses problèmes à résoudre tout en embrassant la vie, conspuer, revendiquer, toujours, mais aussi remercier. C’est ce que fait Walker – guidant seul l’album, de son écriture à sa prestation – avec ce talent pour faire du doom metal la musique de l’âme que je n’avais plus tant rencontré ces derniers temps, cette mise à nu qu’ont pu effectuer Griftegård, The Gates of Slumber, Purification… et, bien sûr, Warning.
Un déballage qui n’a souvent fait mouche qu’une fois et que Warning parvient à réitérer en usant du temps long mais aussi d’une maîtrise à toute épreuve. L’austérité avec laquelle ce doom est joué renforce l’impact de la voix de Walker, qui est l’élément qui marque d’emblée (ces premières lignes sur le morceau-titre…), cette voix singulière, croisement entre Ozzy et Michael Stipe de R.E.M., chevrotante et frissonnante mais aussi, fait nouveau au sein de la formation, pleine de compassion derrière l'emphase (« Landing Lights »). Il y a également ces riffs qui ne se cantonnent pas au rôle d’aplats comme cela pouvait être parfois le cas sur
Watching from a Distance mais déroulent leurs mélodies avec une lenteur délicieuse pour l’amateur (« Night Comes Down » et ses leads florissantes sous la nuit, jardin d’humeurs au sein de la désolation). Les quelques écarts apportés par les influences progressives et rock – vestiges de 40 Watt Sun – appuient l’impression que Warning n’est pas de retour pour un dernier tour de piste, le passé en vue. Il évolue, reste intègre à sa vision d’origine mais n’en fait pas pour autant du surplace, l’authenticité venant ici de l’expression de qui l’on est actuellement plutôt que d’une vision scolastique du doom metal. Enfin, la production particulièrement ample et chaleureuse adoucit cette déclamation de chaque instant, empêchant l’ensemble d’être pénible dans son intensité continue.
Pour aussi riche d’influences diverses qu’il soit, ce troisième album est un disque de doom metal qui ne s’excuse à aucun moment d’en être un, rappelant que ce genre reste celui à valoriser quand on s’attaque à une représentation de soi. Fort de ses expériences, Walker revient au bercail avec plusieurs leçons en tête, leçons de vie et leçons de composition, où le moins fait toujours plus mais aussi où la lumière contraste l’ombre sans jamais que l’une ou l’autre s’oublie. Cela fait-il de
Rituals of Shame un futur classique du doom metal au même titre que son prédécesseur ? Le temps le dira. Pour ma part, j’en doute, ses tourments étant moins extrêmes, moins romanesques, plus proches de la réalité qu’il y a à vivre et vieillir. Est-ce que cela fait de lui un album particulièrement touchant pour moi, rejoignant quelques-uns au panthéon des confessions marquantes ? Sans aucun doute.
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