Est-ce si étonnant ?
Who Loves the Sun est plus frontal que
Cool World, qui était déjà plus frontal que
God’s Country. Le cap est maintenu et il serait bien mal avisé de faire ici un procès d’intention à Chat Pile.
Pour autant, on peut regretter ce qu’il avait de particulier lors de ses troubles débuts (et notamment durant la paire d’EP
This Dungeon Earth /
Remove Your Skin Please). Chat Pile n’est plus cet inquiétant groupe vénéneux et glauque qui donnait un coup de fraîcheur aux nineties ; il est un groupe d’aujourd’hui, dans un monde où l’horreur ne prend même plus la peine de se déguiser pour s’afficher… et qui donne toujours un coup de fraîcheur aux nineties, comme les possesseurs de la version CD pourront le constater (même si le coup de la piste secrète placée en 99e place n’est pas la meilleure chose que je retiens de cette décennie concernant la musique). Aucune surprise, donc, à le voir ainsi embrasser autant ce que son style contenait depuis le départ de plus bétonné et hargneux, de moins en moins rock et de plus en plus metal. Celles et ceux espérant que
Cool World ne fût qu’une erreur de parcours continueront d’être déçus à l’écoute de titres filant droit tels que « PEN I S MALL », « Creature » ou encore « Influence » – ce dernier étant une vraie autoroute, les racines hardcore du projet ressortant en crevant le sol par le bas –, n’ayant que « Family Funeral » à se mettre sous la dent pour croquer encore de ce malaise ricain psychopathologique, soit tout de même un des plus beaux exercices de la bande dans ce domaine.
Moi ? Je ne fais pas partie des déçus par
Cool World, loin de là, y voyant même un disque amené à faire date de par ses qualités intrinsèques (qui ne se sont pas étiolées depuis sa sortie) ainsi que par le moment de son arrivée, marqueur d’une époque à la dérive qui ne sait plus où chercher dans le passé des solutions à des problèmes bien trop actuels. J’ai par contre dû écouter plusieurs fois
Who Loves the Sun pour constater que Chat Pile n’avait pas succombé aux sirènes de la facilité, remplaçant sa créativité par un tabassage stérile (comme cela a pu être le cas pour d’autres, cf. les derniers exercices de KEN Mode en la matière). Il y a bien quelques échecs complets, une première pour la formation, notamment dans ce dernier titre qui ressemble à une chute studio de la collaboration avec Hayden Pedigo, de même que quelques questionnements, aucun titre ne possédant la stature d’un « I Am Dog Now » ou « Why ». Mais non, aucun doute à avoir : Chat Pile continue d’accrocher et d’obséder avec son style si particulier, au charme toujours intact.
Car, maintenant que les avertissements et panneaux de signalisation de rigueur ont été mis pour signaler que
Who Loves the Sun est en chantier question constance et tenue, quel bonheur de parcourir le bitume avec ces gars-là. Si le troisième album est vu de façon clichée comme celui de la maturité, rien de ça au sein de celui-ci, contenant quand même un morceau ayant pour titre « PEN I S MALL ». On se situe davantage dans le meurtre le plus long avec l’arme la moins efficace : on demande du temps, on impose mais prend aussi plusieurs écoutes à s’imposer, le dernier coup n’étant pas différent des autres tout en étant fatidique. Le groupe atteint de nouveau ses objectifs et nous laisse par terre, une fois les attentes dépassées, la direction acceptée et quelques dents laissées au sol (ouch, « Shrine »). Pas de surprise, juste des nuances, un bleu clair qui se regarde un peu plus, la banlieue toujours aux pieds mais le regard vaguement tourné vers des buildings si lointains qu’ils paraissent inaccessibles. Les accès de rage se substituent à une certaine tristesse, moins cold que sur
Cool World et davantage baignée de lumière (« Deep Blue »). Une misère pas moins pénible au soleil, comme l’attestent les paroles du déjà cité « PEN I S MALL » – plus réfléchi que ce qu’il peut afficher.
Who Loves the Sun contient bien des moments décevants, notamment dans cette forme de paix qui rappelle des clichés de films indépendants ricains (« October All the Time » ; le refrain de « Intruder » ; « Same Rules »). Cela est un peu facile concernant ce groupe qui, s’il ne joue plus du trouble, gardait jusque-là une mauvaise humeur touchante, grognements de white trash gentil au fond mais obligé de le cacher dans ce monde de malheur. Mais je reste épaté par plusieurs éléments que cet album est le seul à contenir, à commencer par cette production – la meilleure qu’ils ont eue jusque-là, malgré des protagonistes inchangés mais se connaissant peut-être tous un peu plus, ce qui profite à cette basse nu metal qui paraît étaler ses lubies aux autres instruments (« Creature »). Tel talent de composition pour marier les genres et les contraires, funambulisme constant entre confession, sarcasme, haine et sensibilité (« Break my face and call me your friend », comme dit Raygun Busch) ne disparaît pas du jour au lendemain. Il peut par contre perdre en impact à force de maintenir les acquis, la seule envie d’aller un peu plus haut et fort en ligne de mire. On a bien compris que vous aimez le soleil, mais n’en cramez pas pour autant vos ailes en chemin, les gars.
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