Je vais vous dire un truc, il vaut mieux parfois savoir prendre la tangente, se faire oublier et profiter de cette absence pour laisser maturer son projet plutôt que d’enchaîner les sorties à un rythme effréné et finir par perdre petit à petit en pertinence. Aussi je ne sais pas si ces sept longues années passées à l’ombre ont été mûrement réfléchies ou si elles sont le résultat de divers impondérables et autres coups du quotidien, toujours est-il que les Belges de Possession nous reviennent aujourd’hui plus conquérants, ambitieux et déterminés que jamais avec, et tant pis pour le suspens, ce qui constitue à mon humble avis la meilleure sortie de toute leur généreuse discographie.
Neuf ans après son premier album, le très bon quoi qu’un peu répétitif
Exorkizein, et après une série de collaborations et autres sorties plus modestes à l’intérêt parfois d’ailleurs relativement limité (je pense notamment à ces deux live sortis coup sur coup en 2018), Possession vient sans tambour ni trompette rappeler son existence avec un nouvel album que personne n’avait vu venir. Et pour cause, aucune annonce n’avait été faite en amont de sa sortie opérée il y a une dizaine de jours sur Iron Bonehead Productions. Un retour tout à fait inattendu et qui, cerise sur le gâteau, s’avère particulièrement réjouissant. Pourtant, rien n’a vraiment changé chez Possession comme le prouve cette nouvelle illustration signée des mains de monsieur Chris Moyen. Une collaboration qui dure depuis maintenant plus de dix ans et qui évidemment en dit toujours aussi long sur le caractère à la fois primitif et blasphématoire qui imprègne la musique de nos Belges. Cependant, lorsque je dis que rien n’a changé chez Possession ce n’est pas tout à fait vrai puisque quelques mouvements ont tout de même été opérés dans les effectifs de la formation. N. Vmtr a en effet lâché cette basse qu’il tenait depuis 2017 pour passer derrière le micro suite au départ de V. Viriakh. Cette même basse est désormais tenue par Death Commander que certains d’entre vous ont peut-être déjà pu entendre chez Dikasterion et Effroi. Rien de trop flagrant ou en tout cas rien qui ne change drastiquement le son et l’identité de Possession.
Culminant à plus de cinquante-et-une minutes, soit quinze de plus que son prédécesseur, ce nouvel album intitulé
The Mother Of Darkness renoue d’emblée avec certains gimmicks très chers à Possession. C’est effectivement au son d’une longue introduction de plus de deux minutes que l’auditeur est accueilli. Vent qui bruisse dans les arbres, quelques cloches qui résonnent dans le lointain et puis ces cordes frottées qui rapidement instaurent un climat sombre et menaçant avant que ne se fasse entendre en arrière-plan une voix féminine lancée dans ce qui semble être une incantation ou une obscure prière. Si l’illustration de Chris Moyen n’avait pas suffit à planter le décor, cette introduction devrait très vite vous mettre les idées au clair. Passée celle-ci et malgré ces sept longues années d’absence, on retrouve un Possession presque identique à celui que l’on avait quitté en 2019. Je dis bien presque car comme évoqué plus haut, la formation belge n’a jamais été aussi convaincante que sur ce deuxième album, reléguant sa seule véritable faiblesse d’antan au rang de simple souvenir. Certes, l’aspect répétitif du riffing demeure encore aujourd’hui l’une des marques de fabrique de l’entité mais celui-ci dégage désormais quelques chose de plus assuré et donc de profondément plus efficace et mémorable. Un riffing à la fois terrible et conquérant qui n’est pas sans me faire penser à celui d’un groupe comme Hexekration Rites qui lui aussi a su tirer parti de ce caractère entêtant et belliqueux pour assoir son évidente suprématie. De "The Black Chapel" à "Graveside Prayer" en passant par "The Wild Hunt (Let Them Run)", "Exulted Hearts", "Cry-Shine-Die" et finalement tous le reste de l’album, la progression effectuée par les Belges en terme de qualité d’écriture est flagrante et surtout absolument indiscutable.
Une montée en gamme d’autant plus remarquable et appréciable que ces nouveaux morceaux s’étirent une fois de plus sur des formats piégeurs, notamment pour ce genre de formule basée effectivement sur une certaine répétitivité des riffs. Mais les Belges parviennent sans mal à faire oublier ces durées (beaucoup de compositions comprises entre cinq et six minutes) grâce à ce qu’il faut de reliefs et autres nuances. De ces introductions et autres conclusions (dont une dispensée à mi-parcours à coups de synthétiseurs et de violon pour une ambiance menaçante et rurale d’un autre temps façon The VVitch ou Des Teufels Bad) à ces baisses de régime consenties un petit peu partout en passant par quelques changement de plans plus subtils qu’il n’y parait (en tous cas pour un groupe tel que Possession) ou bien encore ces très chouettes leads ("The Black Chapel" à 2:43 et 3:53, "Graveside Prayer" à 2:59, "The Wild Hunt (Let Them Run)" à 1:57 et 3:19, "Exulted Hearts" à 3:02, "The Mother Of Darkness" à 2:38, "Young Blood Ritual" à 2:18...) qui ponctuent brillamment chaque titre,
The Mother Of Darkness prouve qu’il est en tout point supérieur à ce qu’a pu sortir Possession jusque-là.
S’il s’est longuement fait attendre au point de se faire presque oublier, Possession signe avec
The Mother Of Darkness un retour particulièrement convaincant qui va très vite faire oublier ces sept années d’absence. Certes, la formule reste la même avec notamment ces riffs entêtants répétés encore et encore mais l’écriture est à bien des niveaux montée d’un cran. Riffs bien plus mémorables, contrastes plus marqués, compositions plus riches, leads mélodiques saisissants... Bref,
The Mother Of Darkness est un album beaucoup plus complet et marquant qui devrait à n’en point douter largement enthousiasmer les amateurs de la formation belge et plus globalement tous ceux qui se tapent la tête contre les murs à l’écoute de ce genre de Black / Death bas de plafond. Bien qu’il n’y ait donc rien de nouveau dans ce que propose ici Possession, ce deuxième album est paradoxalement d’une incroyable fraîcheur qui lui permet de relever une chouette discographie pourtant déjà tout à fait appréciable.
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