Le black metal est un style musical plein de paradoxes. Il prône la misanthropie mais partage sa musique, contient aussi bien des appels à la révolte envers l’ordre établi que des discours fascistes ayant aujourd’hui pignon sur rue, peut se dire anti-chrétien et se servir d’une de ses figures (…Satan) comme symbole, émouvoir comme rarement tout en prônant une froideur de surface ou encore appeler la mort de toutes choses de ses vœux et s’avérer un des sous-genres du metal les plus créatifs et vivants.
Un exemple de ces absurdités assumées peut se retrouver dans la discographie de Leviathan, et plus précisément sa première période s’étalant des débuts du projet à
Massive Conspiracy Against all Life. Un coup d‘œil rapide aux créations de Wrest fait voir la productivité qui a marqué ses premières années d’activité. S’il a façonné sa propre version du black metal au cours de sa carrière, sortant certains des albums-phares du genre (
Massive Conspiracy Against all Life et
Scar Sighted), il a longtemps cherché son style.
Les démos réunies sur
Howl Mockery at the Cross témoignent de cette recherche. Sont répertoriés ici parmi les titres les plus aboutis d’une période de deux ans – entre 2000 et 2002 –, certains étant seulement trouvables auparavant sur des démos confidentielles ou des bootlegs (comme « Just Under Tainted Grace » et « Those Slimy Things » présents sur
Sacrifice Love at the Altar of War), une production rehaussée donnant à l’ensemble un son homogène. Plus que cette unité dans le rendu, c’est le flot qui étonne lors de l’écoute car, sans être aussi approfondi que les œuvres le précédant (
The Tenth Sub Level of Suicide et
Tentacles of Whorror), l’ensemble tient étonnamment de bout en bout, dépassant le simple statut de « compilation » (« S.W.O.L (2001) » et sa pause bienvenue juste après la moitié de l'album).
Pour autant, la forme indique d’elle-même que ce n’est pas la recherche d’ambiances originales qui compte sur
Howl Mockery at the Cross et son black metal embrassant classiquement des thèmes anti-chrétiens ainsi que ses origines. C’est davantage dans l’excellence de la révérence que l’on trouvera son compte, ces dix morceaux contenant chacun un moment particulièrement marquant, un riff faisant mouche ou, simplement, une furie crue que l’on retrouvera sur les œuvres principales de Leviathan dans une forme plus diffuse. Ici, le goût de Wrest pour le black metal teinté de thrash prend une large place, des morceaux comme « Liar of Nazareth » et « Just Under Tainted Grace » regorgeant de riffs particulièrement hostiles et jouissifs. On a même droit au « Ugh » à la Celtic Frost sur « Never For Peace », preuve que cette compilation s’adresse avant tout aux traditionalistes en quête d’un black metal pur dans son exutoire.
Ces derniers ne seront pas déçus, même s’il y a assez de bizarreries pour rappeler que Leviathan était, dès le départ, une entité unique en son genre. Il y a bien sûr la reprise de Death In June concluant le disque, indice des influences de Wrest dépassant le black metal, mais on sera d’autant plus intéressé par les relents noise de « Lycanthopus Rex » (cette basse mélodique prenant le premier plan tandis que les guitares jouent un bruit de fond), de même que les atmosphères DSBM de « The Axis and Maw of the Inferno, Mine », « Just Under Tainted Grace » ou le début de « Summoning Lupine », préfigurant les aventures ambients du monsieur qui exploseront sur
A Silhouette in Splinters et l’excroissance Lurker of Chalice.
Tout était déjà là en somme, à un stade embryonnaire du point de vue des expérimentations mais avec cette radicalité dans la noirceur qui a marqué l’ensemble des longue-durées de Wrest. Pas aussi morbide que ses premiers albums, ni aussi novateur que ses chefs d’œuvres,
Howl Mockery at the Cross s’adresse avant tout aux fans du projet, de même qu’aux personnes en recherche d’un black metal prenant sous sa main quelques éléments externes pour les manipuler avec vice. Dès le début, Leviathan a été une histoire de perversion.
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