Alors que se boucle la discographie de Leviathan, je me rends compte de l’évolution rapide qu’a connu le projet. Bien sûr, cela ne s’est pas fait uniquement sur album, les compilations démos, splits et EPs nombreux montrant que c’est lors de ces différents terrains de jeu que Wrest a approfondi ou solidifié sa vision du black metal. Cependant, son black metal protéiforme bien qu’essentiellement morbide aura également muté au sein même de longues-durées dont on pourrait critiquer les outrances et digressions multiples (chose qui trouvera son équilibre à partir de
Massive Conspiracy Against All Life).
Tentacles of Whorror est peut-être l’œuvre de Wrest où ce talent sans limites (avec ce que cela sous-tend de monstruosités hors-cadres) est le plus apparent. Pourtant, il n’est pas un grand écart qui étonne d’emblée : il peut même s’apparenter à une suite directe de
The Tenth Sub Level of Suicide dont il consolide les acquis, des liens formels pouvant se faire sur de nombreux plans. Ainsi retrouve-t-on les plages dark ambient (« Blood Red And True Pt.3 (Plummeting Obscurity) » ; « A Necessary Mutilation »), les influences thrash et punk (« What Fresh Hell » ; « Heir to the Noose of Ghoul ») de même que les compositions pleines de déviations et déviances s’attachant au DSBM en termes d’atmosphère (« Vexed and Vomit Hexed » et « Tentacles of Whorror (Revel the Tyrant) »).
Mais s’il y a bien une chose qui distingue
Tentacles of Whorror de son prédécesseur suicidaire, c'est l'intention. Dans
The Tenth Sub Level of Suicide, toutes les explosions de négativité semblaient tournées vers l'intérieur ; Wrest était seul dans cet enfer, et ses sentiments n'avaient que peu ou pas de liens avec le monde extérieur. Ici, il est clair qu'il est loin d'être en accord avec lui-même mais la douleur est davantage tournée vers les autres. Il est impossible que des riffs aussi véhéments que ceux de « Requiem For A Turd World » aient été composés avec une telle énergie si Wrest n'avait pas été animé par un profond mépris envers ce qui l’entoure. La dépression a laissé place à la colère, une colère monstrueuse, sadique, sale, une fureur brute où les moments de calme ne sont pas des moments de paix mais des flaques où l’on a l’impression de se noyer en terrain ennemi.
Tentacles of Whorror préfigure le Leviathan hostile, bouffi de haine, de
True Traitor, True Whore sept ans à l’avance. Mais il le fait avec les moyens de l’époque, ceux d’un homme pris par sa folie et sa créativité, capable de compositions travaillées – les passages dark ambient sont encore plus réussis, préfigurant
A Silhouette in Splinters ainsi que Lurker of Chalice – mais en combat avec sa part insatiable. Sans surprise au regard de sa durée, l’album donne l’impression d’être pris dans son propre chaos, sonnant décousu et trop riche (au point d’avoir parfois envie de jeter l’éponge lors de « The History of Rape »). L'atmosphère est aussi glaçante que celle de
The Tenth Sub Level of Suicide – voire plus, les névroses de Wrest s’y montrant encore plus saisissantes car libérées de leurs envies d’automutilation – mais peu de riffs et d'idées individuelles me sautent aux oreilles comme j’ai l’habitude avec Leviathan. Il y a des titres qui, pris seuls, ne me marquent pas vraiment et qui, pourtant, laissent un sale goût une fois le disque terminé.
Est-ce la raison pour laquelle j'ai écouté
Tentacles of Whorror presque autant que
The Tenth Sub Level of Suicide malgré des défauts que je constate à chaque fois ? Le premier album de Leviathan avait fini par me saisir de son intensité.
Tentacles of Whorror est très similaire au premier regard mais ne m'a pas immédiatement inspiré la même admiration. Peut-être parce que Wrest y pose de nouvelles fondations sur lesquelles il construira le monument de misanthropie
Massive Conspiracy Against All Life et le plus névrosé
True Traitor, True Whore, sans avoir ici la maîtrise qu’il possède sur ces derniers. Quoi qu'il en soit, la qualité des morceaux est indéniable, tel black metal restant rare pratiqué à un tel niveau de souffrance et de talent. Que Wrest exprime la colère ou le désespoir, peu importe : il vous fait ressentir exactement ce qu'il ressent sur
Tentacles of Whorror, première véritable œuvre de marionnettiste de sa longue discographie, aussi fascinante et repoussante que sa pochette.
Par Sosthène
Par MoM
Par Raziel
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Cujo
Par Keyser
Par Jean-Clint
Par AxGxB
Par DEMONIKA
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Sosthène
Par Keyser