Que diriez-vous d’un soupçon de fraîcheur et d’obscurité après ces quelques jours passés à se liquéfier juste pour avoir mis ne serait-ce qu’un pied dehors ? Personnellement, je saurais m’en accommoder avec grand plaisir.
Paru le mois dernier sur Werewolf Records,
Dimension: Daemonium est déjà le quatrième album de Vargrav. Contrairement à son prédécesseur qui avait vu l’entité passer d’un one-man band à une formation à quatre têtes, cette nouvelle offrande voit le groupe finlandais réduire ses effectifs à un simple duo, Ville Pallonen (guitare, basse, batterie, synthétiseurs) et Lauri Penttilä (chant) étant aujourd’hui les deux seuls membres restants encore à bord. Mais n’ayez crainte, V-KhaoZ ayant déjà tenu seul la baraque auparavant avec le succès qu’on lui connait, les raisons de s’inquiéter sont pour le moins minimes voire inexistantes... Moins réjouissante par contre, cette illustration un brin passe-partout et qui à vue d’oeil, même si je peux néanmoins me tromper, semble avoir été imaginée et composée à l’aide d’une quelconque intelligence artificielle (une supposition d’ailleurs entretenue par l’absence dans le livret d’une quelconque mention à un artiste en charge de l’artwork...).
Composé de seulement huit titres pour une durée d’environ quarante-deux minutes,
Dimension: Daemonium choisit de réduire drastiquement la voilure en comparaison de son prédécesseur qui, pour rappel, avoisinait à quelques secondes prêt l’heure de jeu... Dénué presque totalement d’interludes et autres pistes instrumentales qui, bien que toutes très convaincantes, allongeaient en effet de plusieurs minutes la durée de
The Nighthold, ce quatrième album revient à davantage de concision. Ayant beaucoup apprécié son prédécesseur en partie grâce à la présence de ces quelques compositions contribuant à l’atmosphère générale, je ne dirais pas qu’il s’agit nécessairement d’une bonne chose mais il faut bien reconnaitre qu’on se lance bien plus facilement dans l’écoute d’un album de quarante-deux minutes que d’un album de près d’une heure.
Fer de lance, parmi quelques autres, de ce renouveau du Black Metal symphonique initié il y a maintenant une bonne dizaine d’années déjà, ce serait évidemment être très mal avisé que d’espérer autre chose de la part de Vargrav qu’un Black Metal mené à grand renfort de claviers et autres orchestrations symphoniques. De fait, rien n’a vraiment changé du côté des Finlandais qui renouent effectivement sans grande surprise avec cette relecture grandiloquente et baroque d’un genre parfaitement codifié. Alors qu’écrire et raconter de bien nouveau au sujet d’une musique cousue de fil blanc dont les codes vieux de plus de trente ans continuent de régir le genre encore aujourd’hui ? Eh bien pas grand chose...
Le temps de compositions comprises entre quatre et six minutes (exception faite de "Intro (Thy Daemonium)" qui en sa qualité d’introduction choisit de ne pas s’éterniser outre-mesure), le duo finlandais développe une fois de plus son univers à l’aide de sonorités et d’ambiances cosmiques et dramatiques pas loin de fricoter avec les superproductions hollywoodiennes en matière de bande-son spatiale. Grosses nappes de synthétiseurs dispensées avec plus ou moins de discrétion (si la plupart servent à habiller chacune de ces huit nouvelles compositions, d’autres occupent davantage d’espace et se font nettement plus entendre), voix féminines et spectrales, sonorités mystérieuses et oniriques, cordes baroques synthétiques... Bref, en matière d’arrangements rien ne manque à ce quatrième album qui, même s’il en fait toujours beaucoup, parvient malgré tout à ne jamais franchir la ligne entre le tout à fait acceptable et le parfaitement ridicule. De la même manière, il n’y a aucune révolution à attendre de la part de Vargrav vis-à-vis de ses compositions construites peu ou prou sur le même modèle. Si les parties les plus soutenues menées à grands renforts de trémolos sombres et mélodiques et de blasts ininterrompus tiennent évidemment encore une fois le haut du pavé, les baisses de régime et autres variations dynamiques restent nombreuses et surtout systématiques afin naturellement de varier les plaisirs. Rien de bien nouveau donc dans ces constructions ni dans ces sonorités évoquant plus ou moins subtilement l’immensité et la noirceur de l’espace mais difficile de ne pas reconnaître à Vargrav un véritable savoir-faire qui rend l’écoute de ce nouvel album toujours très plaisante.
Cependant, et sans que je sache véritablement dire pourquoi,
Dimension: Daemonium est probablement aujourd’hui l’album des Finlandais qui me transporte le moins. Encore une fois, tout y est extrêmement bien ficelé seulement les écoutes passent et je ne parviens toujours pas à m’emballer plus que de raison (ou plutôt tout autant que lors des sorties précédentes de la formation puisque mon appréciation de ce quatrième album demeure globalement (très) positive). Peut-être un manque de flamboyance tout au long de ces quarante-deux minutes face à une concurrence qui s’est largement manifestée ces dernières années (on pense à Silent Millenia, Warmoon Lord, Moonlight Sorcery, Stormkeep, The Chamberlain et j’en passe) qui rend l’écoute définitivement agréable mais tout de même un poil moins mémorable que par le passé ? Je ne sais pas. Oui, il y a probablement un petit peu de ça et comme je l’ai déjà dit, je n’arrive pas trop à me défaire de cette impression...
Fidèle à ce Black Metal symphonique qu’il a lui-même largement contribué à remettre au goût du jour, Vargrav offre avec
Dimension: Daemonium un album solide et définitivement toujours au-dessus de la mêlée mais un album peut-être moins percutant que ses trois prédécesseurs. La raison de cette légère perte de vitesse m’est assez floue mais je ne vais pas inventer des justifications alors qu’il n’y en a pas vraiment... Bref, ceux qui n’en ont jamais assez trouveront amplement matière à se satisfaire de ce nouvel album qui, soyons francs, ne souffre d’aucun véritable défaut, d’autres comme moi pourraient trouver l’effort tout à fait honorable mais malgré tout un brin en deçà de ce à quoi la formation à géométrie variable nous avait alors jusque-là habitués.
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