Ablation - Lethal Abuse
Chronique
Ablation Lethal Abuse (EP)
"First OP, take a big step back... and literally, FUCK YOUR OWN FACE! Otherwise I'm gonna have to head down there and I will rain down an un-Godly fucking firestorm upon you! You're gonna have to call the fucking United Nations and get a fucking binding resolution to keep me from fucking destroying you. I'm talking scorched earth, motherfucker! I will massacre you! I will fuck you up !"
C’est sur ces sages paroles pleines d’amour lancées par un Tom Cruise chauve dans le film Tropic Thunder que s’ouvre cette première sortie des Américains d’Ablation. Un nom qui peut-être ne vous dit pas grand chose mais derrière lequel se cachent quelques musiciens qui aujourd’hui n’ont plus grand chose à prouver. Formé l’année dernière, le groupe est d’abord la réunion de deux vieux briscards de la scène Brutal Death new-yorkaise puisque l’on y retrouve en effet Rich Nagasawa (ex-Dehumanized...) à la guitare et Derek Boyer (Suffocation, ex-Decrepit Birth, ex-Dying Fetus...) à la basse. Ces derniers ne pouvant aller bien loin sans l’aide d’un batteur feront appel à Eric Morotti (ex-Suffocation, Sanguisugabogg (live)) afin de les aider à mener à bien ce nouveau projet. Les effectifs ne seront cependant complétés que quelques mois plus tard avec l’arrivée de Devin Swank (Sanguisugabogg, Bludgeoned By Deformity, Dyskinesia, Tomb Sentinel...) derrière le microphone.
En guise de première sortie, le groupe vient de nous offrir le mois dernier ce EP intitulé Lethal Abuse sous la bannière d’Iron Fortress Records. Une disque qui dès son illustration signée Tannen Fair également connu sous le pseudonyme de Moribund Art (Hamarr, Inoculation, Phthisis, Ritual Of Decay, Scab Hag...) fait quelque peu écho à cette créature que l’on trouve sur la pochette d’Effigies Of The Forgotten de Suffocation. Alors peut-être pensez-vous que j’extrapole un peu mais entre le line-up et le style pratiqué par nos quatre Américains, difficile de ne pas se laisser aller à une telle association d’idée.
Car derrière ces six compositions bouclées en un petit peu plus d’un quart d’heure, vous ne trouverez rien d’autre qu’un Brutal Death à la sauce new-yorkaise évidemment très inspiré par Suffocation et d’autres grands noms de la scène américaine. Une formule cousue de fil blanc, une formule vue et revue, une formule qui n’a rien de nouveau à offrir mais une formule qui fonctionne plutôt bien malgré quelques petites faiblesses apparentes.
En effet, en dépit d’un line-up pour le moins alléchant, ce premier EP n’est peut-être pas tout à fait au niveau de ce que l’on pouvait espérer entendre de la part de musiciens affichants de tels curriculum-vitae. Seul guitariste à bord, Rich Nagasawa qui chez Dehumanized n’a jamais manqué de nous régaler, semble parfois ici manquer un petit peu d’inspiration comme sur le break entamé aux alentours de 1:22 sur "Lethal Abuse" ou comme avec le riff principal de "Victim Kink" qui, s’il reste tout à fait sympathique grâce à ce groove nonchalant s’avère néanmoins assez peu marquant en plus de tourner un petit peu en boucle sur les deux premières minutes). Ajoutez à cela un son de batterie un poil trop moderne et mécanique (notamment sur les attaques à la double grosse caisse et sur les salves de blasts à la caisse claire) et vous voilà effectivement avec un premier EP offrant quelques axes d’amélioration.
Mais si je pointe du doigt ces quelques petites choses qui me chagrinent, sachez tout de même que je trouve ces seize minutes plutôt plaisantes dans leur ensemble. Encore une fois, pas de révolution à l’horizon mais un Brutal Death urbain aussi bas de plafond qu’efficace avec son lot de parties ultra groovy et de breaks massifs ("Lethal Abuse" à 0:46 et 1:58, les deux premiers tiers de "Victim Kink", "Sporadic Slaughtering" à 0:24 et 1:21, "Indecorous Disembodiment" à 1:10 et 2:28, "Eradicating The Feebleminded" à 1:38), de séquences explosives et punitives menées le couteau entre les dents ("Lethal Abuse" à 0:34, "Sporadic Slaughtering" à 0:08, "Indecorous Disembodiment" à 1:25, "Eradicating The Feebleminded" à 0:32...), de tricotages technico-casse-têtes / casse-bouches, (les premières secondes de "Lethal Abuse", l’essentiel de "Sporadic Slaughtering" mené le plus clair du temps à 100 à l’heure, "Indecorous Disembodiment" à 0:39 et 1:24...). Et puis, si ce Brutal Death et cette illustration ne suffisaient pas à en attester, Lethal Abuse est également auréolé par la présence du retraité Franck Mullen derrière le micro pour deux featurings sur "Victim Kink" et "Eradicating The Feebleminded". S’il vous fallait donc une preuve supplémentaire de l’influence de Suffocation chez les Américains et bien la voici, on ne peut plus flagrante...
Si Ablation parvient grâce à ces seize minutes relativement efficaces à exciter les papilles, il n’empêche que l’on reste un petit peu sur notre faim à cause de petits irritants pas nécessairement pénalisants pour l’appréciation de ces six titres mais qui néanmoins restent en tête à chaque nouvelle écoute. Bref, Lethal Abuse est un début tout à fait encourageant mais il ne fait aucun doute que le groupe devra corriger deux / trois trucs et au passage élever la qualité de ses riffs s’il souhaite trouver une place dans le peloton de tête des groupes de Brutal Death à la sauce new-yorkaise.
| | AxGxB 12 Juin 2026 - 146 lectures |
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