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Evil Warriors - Evil Warriors
Chronique
Evil Warriors Evil Warriors
S’il n’a jamais été très productif on avait pourtant pu percevoir un regain d’activité chez le quatuor qui avait enchaîné en à peine plus de deux ans l’album
« Fall From Reality » et le sympathique Ep
« Schattenbringer », confirmant ainsi les belles promesses du combo dans ce registre rudimentaire et vindicatif. Cependant depuis cette dernière publication il y a maintenant six années hormis quelques concerts à gauche et à droite ce fut relativement calme pour lui, et de fait on est franchement ravi de le revoir avec ces cinq nouveaux morceaux à rallonge… conservant donc cette habitude de faire peu mais bien. Car autant le dire tout de suite ce disque éponyme n’a rien à envier à ses prédécesseurs montrant toujours une énorme saleté où règne l’obscurité, la sueur et la chaleur des enfers sur un rythme mené la plupart du temps à toute vapeur… gardant donc son efficacité et sa violence désacralisée pour notre plus grand bonheur. On ne change donc pas une équipe qui gagne et c’est tant mieux vu qu’ici il y a largement de quoi combler les attentes des novices comme des plus exigeants, ceux-ci y trouveront aisément leur compte de façon immédiate.
Pourtant quand on commence par son titre le plus long et à la durée conséquente (ici quasiment treize minutes !) il y a de quoi être dubitatif, tant on sait qu’il est facile de se casser la gueule dans ce genre d’exercice qui n’est pas donné à tout le monde, ce qui heureusement n’est pas le cas ici. Car tout est minimaliste à foison sur ce « Zweifel » qui débute de façon doomesque et froide où des riffs inquiétants émergent du néant avant l’arrivée de longs blasts qui renforcent ce ressenti nihiliste et possédé, notamment via un chant totalement en raccord. Proposant donc un grand écart dans ce qu’il a de plus extrémiste et radical ce rendu dépouillé se montre cependant hypnotique et totalement jouissif, tant on est possédé de bout en bout par sa ferveur et son rendu hivernal assourdissant… dévoilant donc un voyage à travers les enfers digne de Dante comme de John Milton sans aucune lassitude ni décrochage en chemin. Difficile donc de passer après cela et pourtant « Suche » va réussir à encore nous captiver en dévoilant une vision occulte à souhait où le tabassage est mis majoritairement à l’honneur, mais où de nombreuses variations vont aussi intervenir sous forme de ralentissements pachydermiques et de passages en mid-tempo implacables, afin d’ajouter une dimension épique à l’ensemble. C’est donc plus Black dans sa vision mais le Doom n’est aussi jamais très loin dans les environs, créant donc quelque chose de dense et profond avant qu’une écriture plus vindicative (mais aussi réduite à sa plus simple expression) n’intervienne en ne traînant pas trop sur la durée cette fois-ci. Cela va apparaître sur l’entraînant et remuant « Possessed » qui laisse totalement la place au Thrash le plus énergique et bas de plafond, en misant sur une rapidité continue qui apparaît sous différentes formes sans jamais être redondant ni linéaire… et où l’agressivité atteint des sommets comme la puanteur environnante qui s’en dégage.
Et après ce saccage en règle c’est le court et intense « Entäußerung » où une déferlante de haine se fait entendre, en allant à fond la caisse en continu et où juste quelques cassures disséminées ici et là se font entendre afin de ne pas créer un ensemble hyper répétitif. C’est donc la vision le plus primale de la bande qui est ici mise à l’honneur de façon impeccable, et finalement ça fait plaisir de l’entendre même si plus de temps consacré à cela aurait été excessif, vu qu’on aurait très rapidement tourné en rond de manière dommageable. Du coup afin d’offrir un dernier moment différent des autres « Fieber » va proposer une vision plus glaciale et hivernale vu qu’ici l’obscurité salasse est moins présente au profit d’une certaine blancheur immaculée, notamment en démarrant par des arpèges coupants et résonnant dans le vide sidéral. Tout cela avant un déluge virulent où ça joue à fond en mode mitraillette et complété par des accents guerriers implacables, mais où une certaine nostalgie ressort de tout cela… idéal donc pour terminer les hostilités avec un bon mélange des tempos et une grosse densité qui laisse des traces après ce combat pas de tout repos. En effet on a été balloté dans tous les sens mais avec un plaisir constant, vu que c’est facilement mémorisable et jamais trop excessif en temporalité (et ce malgré quelques petites longueurs qui ne nuisent cependant en rien au très bon rendu global).
Sans changer son fusil d’épaule l’entité livre cependant sa réalisation la plus ambitieuse où le putride bas du front côtoie une vision plus profonde et fine qu’auparavant, le tout s’agglomérant parfaitement l’un dans l’autre. Du tout bon de fond en comble qui confirme toute la qualité de ces méchants guerriers qui méritent clairement qu’on s’attarde plus sur eux et leurs différentes œuvres… à condition bien sûr de ne pas chercher une musique trop complexe et raffinée. Pour le reste on appréciera ce défouloir en règle qui débouchera les oreilles les plus résistantes et mettra le cerveau en sommeil le temps de l’écoute, vu qu’il n’y aura pas besoin de le faire fonctionner avec cette primitivité exacerbée au bon goût de reviens-y. Typiquement donc le genre de truc qui fait du bien par où ça passe et on n’en demande pas plus que ça, et dans ce domaine rudimentaire les gars de Leipzig sont clairement dans le haut du panier aussi bien dans leur pays qu’à l’étranger. En espérant maintenant que ce nom parle à plus de monde ça ne serait que mérité tant ses auteurs le méritent en peaufinant parfaitement chacun de leurs enregistrements respectifs… disparaissant de longues périodes pour mieux réapparaître dans la lumière le jour venu… la marque des grands en somme, mais ça on le savait déjà et c’est confirmé ici avec brio avec toujours cette qualité allemande en prime.
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