Au début, Dopethrone, c’était pas gagné. Non pas que le groupe manquait de personnalité mais il était tellement rigoureusement ce qu’il affichait être – à savoir une rencontre entre Electric Wizard et le black metal – qu’il paraissait être un groupe gadget, une idée astucieuse avec rien d’essentiel. Cela sera d’ailleurs effectivement le cas durant les albums
Dark Foil et
III dont on ne peut que dire qu’ils sont « lourds et méchants », description qui cache en creux un manque total d’implication de l’auditeur dans leur exercice de style. Seulement, en ce qui concerne
Demonsmoke, tout n’est pas aussi simple.
Car si, au début, Dopethrone manquait d’une vision claire de ce qu’il voulait transmettre avec son stoner / doom à la négativité black metal, il paraissait chercher avec nous, donnant à sa musique une versatilité rafraîchissante qui disparaîtra sur les albums suivants. Prenant pour base un son sec et rond, loin de la graisse de la suite, il évoque en cela le premier album d’Electric Wizard et son envie de chaque instant se heurtant encore à quelques freins. Il y en a quelques-uns sur
Demonsmoke, à commencer par une durée timide et un trot trop tranquille la plupart du temps – qui deviendra magiquement une force à partir de
Hochelaga. Pourtant, on sent poindre un goût pour l’hors-norme, une orgie de sensations qui s’appelle ici « Abraxas », tube glam et stoner à la fois, écroulé et flamboyant jusqu'à intégrer une mosh part prête à rouler sur le bon goût.
Un titre qui n’est pas un mince exploit, aussi absurde que satisfaisant – « voilà ce dont j'avais besoin » pense-t-on quand le titre se termine – et qui dit ce qu'il y a à savoir sur le plaisir modeste mais non feint que transmet
Demonsmoke dans ses meilleurs moments. On comprend alors mieux la typographie à la Venom appliqué au groupe sur cet album, tant ce titre – auquel on peut rajouter les leads de « Spirit Ruiner » et les mélodies de « Blood Boiler » – fait basculer l’ensemble dans un paradis metal où l’amour du riff se dispute à la haine du bon et du bien. Doté d’un sens du groove qui fait gentiment dodeliner de la tête, le Dopethrone des premières heures avait aussi une capacité au plaisir simple et éclatant qui donne une autre lumière à sa musique bête comme chou, primaire et, un court instant, primordial (« Power Violence Forever », aussi stupide et jouissif que son nom).
Un éclat qui malheureusement n’aveugle que lors d’une partie d’une œuvre déjà brève, la bascule se faisant par intermittence mais avec suffisamment de force – beauté ? Une part de moi a envie de qualifier la musique des Canadiens comme telle – pour que l’envie d’aller vers
Demonsmoke se répète de temps en temps. Pas tout à fait inutile, il a pour lui d’être un premier album qui en est bien un, possédant quelque chose de presque liminal, à la croisée de mondes appelés à naître. Une création qui en engendra d’autres, où le brassage trouvera sa formule parfaite à partir de
Hochelaga. En 2009, Dopethrone avait donc encore beaucoup de chemin à parcourir, ce qu’il faisait avec une fraîcheur rendant l’écoute de son premier jet pas si inutile que prévue. Si, comme moi, vous aviez un train de retard – manière de conseiller de prendre celui des horreurs de
Transcanadian Anger –, vous savez ce qu’il vous reste à faire.
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