Endseeker - Coffin Born
Chronique
Endseeker Coffin Born (EP)
Alors que certains s’évertuent à balancer jusqu’à plus soif dans nos frêles oreilles des disques franchement moyens voire même carrément médiocres, d’autres au contraire préfèrent s’arrêter avant la sortie de trop en considérant qu’ils ont fait le tour d’une carrière aboutie… et ce malgré un manque d’intérêt réel des critiques comme du public. C’est ce qui arrive aujourd’hui pour le combo d’Hambourg qui après douze ans d’existence et quatre albums de très bon niveau a décidé de raccrocher les gants, non sans offrir au préalable un ultime enregistrement qui nous fera regretter d’autant plus que le succès n’ait pas été clairement au rendez-vous. Difficile en effet de reprocher quoi que ce soit à ENDSEEKER dont la qualité a été présente dès le début et ce de façon permanente, et dont le line-up inchangé depuis ses premiers pas en 2014 y est sans doute aussi pour quelque chose. Nous proposant donc ici ses quatre ultimes morceaux écrits par ses soins (ainsi qu’une reprise assez improbable) le groupe ne va rien changer à sa recette et heureusement, tant une fois encore on va prendre une bonne rasade de HM-2 sacrément burné et inspiré qui a tout pour faire mal aux cervicales et vider le cerveau durant la durée totale de l’écoute.
Et dès les premières notes de « Enemies Of Peace » on va avoir droit à tout ce qu’on aime dans le style, vu qu’ici ses auteurs nous offrent un équilibre général parfait qui mise principalement sur une vision lourde et écrasante où l’obscurité intégrale ne laisse passer aucune bribe de lumière. Ajoutant un peu d’accents tribaux à l’ensemble pour encore renforcer ce rendu massif cette première plage lâche les chevaux de façon régulière, tout en dévoilant ainsi un panel ultra-efficace de ce que savent faire ses créateurs depuis leur premier travail en commun, avec toujours ce groove intense et cette relative simplicité générale qui se révèle parfaite. N’en ayant jamais trop fait par le passé il était donc évident que ça continuerait sur cette voie, et c’est évidemment le cas du très bon « No After. No Before. » qui nous incite à plus profiter de l’instant sans se retourner indéfiniment vers le passé ni envisager les incertitudes du futur. Ce sentiment de plaisir comme de légèreté va être mis en exergue ici via un tempo majoritairement au ralenti et aux nombreuses cassures, s’il n’oublie pas d’accélérer ici et là l’ensemble mise principalement sur un versant rampant abrasif au possible et idéal pour écraser les cous les plus solides… un ressenti poussé plus loin encore le redoutable « Coffin Born » qui déboule immédiatement. Misant encore sur une rythmique alternative le rendu va être groovesque à mort, oscillant donc entre du médium pachydermique pour headbanguer vers des passages alourdis au maximum où se greffent des riffs légèrement syncopés, calés au milieu de brusques et courtes pointes de vitesse qui font déborder ainsi toute cette couche graisseuse de l’ampli où elle était stockée.
Confirmant donc que le quintet est aussi à l’aise en y allant frontalement à fond la caisse qu’en jouant sur le versant suffocant on est donc en présence de compositions comme toujours équilibrées et variées à l’instar de ce que propose « Life Breeds Death », qui malgré quelques longueurs évitables sort une vision encore plus noire où le bridage reste intensif, vu qu’on a sans cesse l’impression que l’ensemble va exploser sans que cela n’arrive. Offrant un ressenti à la pression plus marquée que jamais (aidé par une production puissante totalement en raccord) cette dernière composition originale de l’entité n’a pas à rougir par rapport à toutes celles qui les ont précédées, clôturant donc un cycle où l’hommage aux scènes de Stockholm, Göteborg et Malmö était sincère et authentique. Et en guise d’adieu quoi de mieux que de faire quelque chose où l’on ne se prend pas au sérieux, c’est le cas pour « True Survivor » signé à l’origine par David Hasselhoff (alias Mitch Buchannon et Michael Knight pour les plus vieux des lecteurs ici présents) pour la bande originale du film « Kung Fury » sorti en 2015. Si cela peut prêter à sourire cela n’est finalement guère étonnant quand on connaît le succès de l’acteur en tant que chanteur chez nos voisins d’outre-Rhin, on se souvient tous en effet de cette prestation mémorable du 31 décembre 1989 où installé sur une cabine surélevée au pied du mur de Berlin fraîchement démoli il reprendra avec enthousiasme son mythique « Looking For Freedom », vêtu pour l’occasion d’une magnifique veste se mettant à clignoter comme une guirlande de noël. Pour en revenir à la version jouée ici par la bande celle-ci conserve largement la base Synthwave originelle, tout en rajoutant de grosses guitares par-dessus les nappes de claviers ainsi qu’une voix claire surprenante de prime abord mais qui passe finalement très bien. Pas de changements notables donc par rapport à ce qu’a proposé la star américaine mais juste de l’électricité en supplément complétée par un côté brumeux et opaque franchement pas dégueulasse. Bref ça nous ramène encore dans un passé glorieux et on s’y laisse prendre aisément, tout en se disant que finir cette galette comme cela prouve que les gars ne sont jamais pris au sérieux… à l’instar du héros de « K 2000 » et « Alerte à Malibu ».
Comme d’habitude donc rien de tout ça n’est indispensable (tant tout semble avoir été dit dans ce registre Swedeath si reconnaissable mais aussi limité), mais néanmoins on sera immédiatement happé par l’enthousiasme et la qualité d’écriture de ce chapitre final qui complètera donc tranquillement une discographie sans fausses notes et à l’homogénéité totale. C’est peut-être ce qui a manqué finalement à ses compositeurs pour arriver à se démarquer du lot vu qu’ils auraient pu bénéficier d’une meilleure exposition en osant sans doute plus sortir de leur zone de confort, au lieu de vouloir rester sur un sentier balisé sans prise de risques inutile. Néanmoins comme ils l’ont expliqué récemment ils arrêtent sans regrets ni animosité, tout le monde se quitte bons amis et le restera… c’est juste simplement une fin de cycle et le sentiment d’être arrivés au bout du chemin qui justifient ce choix courageux et qu’on ne peut que valider. Bouclant la boucle ses vingt-trois ultimes minutes musicales de très bon goût enterrent donc ce nom apprécié du circuit, et si on ne sait pas pour le moment si chacun des comparses continuera dans une nouvelle aventure on scrutera cela avec attention si c’est le cas… en attendant un grand merci pour votre œuvre commune et bonne continuation à tous.
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