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Kronos - Colossal Titan Strife
Chronique
Kronos Colossal Titan Strife
Quelle honte. Quelle indignité…
L’un des tout meilleurs albums de brutal death jamais sorti sur le sol hexagonal sans chronique en ligne sur votre webzine chéri. Oui c’est une véritable honte pour laquelle j’assume totalement ma part de responsabilité et que je prends donc le temps aujourd’hui de corriger, partant de ce vieux dicton pour l’amour des conducteur de deux-roues. Il n’était en effet plus tolérable que « Colossal Titan Strife » soit absent plus longtemps de Thrashocore.
Un peu plus de deux ans après l’excellent et si prometteur « Titan’s Awakening » sorti à l’été 2001 sur l’obscur label (en était-ce réellement un ?) Second Side puis réédité chez Warpath Records dans la foulée, Kronos remet donc le couvert avec leur deuxième effort intitulé « Colossal Titan Strife » pour rester dans une atmosphère de mythologie hellénique avec également cette pochette signée Mickael Briot (ex-Recueil Morbide). Paru chez Xtreem Music (pour mémoire label fondé en 2002 par Dave Rotten d’Avulsed) ce nouvel opus sera une étape éminemment importante dans la carrière des Vosgiens et restera pour moi l’une des pierres angulaires de la scène brutale hexagonale. Etape importante à plusieurs titres, à commencer par l’arrivée au sein du groupe de Richard Chuat à la six-cordes en remplacement de Nicolas Temmar, changement important puisque le bonhomme tient toujours son poste à ce jour et ce line-up est d’ailleurs exactement le même vingt-trois ans plus tard (même s’il y a eu plusieurs remaniement de personnel de façon périodique) ! Importante également par ce changement de label qui voit le groupe monter d’un cran avec un label certes tout jeune (même s’il faisait déjà suite à Repulse Records) mais avec derrière l’aura d’un Dave Rotten déjà sévèrement implanté dans la scène extrême avec Avulsed et Christ Denied. Importante enfin de par la qualité incroyable de l’album en lui-même. Si « Titan’s Awakening » avait été un petit pavé dans la marre mais restant somme toute assez confidentiel, « Colossal Titan Strife » est une véritable déflagration sonore qui, sans dénaturer aucunement le son de Kronos, les emmène à un tout autre niveau et décuple la force de frappe de la musique du groupe déjà incroyablement massive. Et même s’il ne réinvente rien en soi (on y palpe des influences assez diverses allant de Deicide à Deeds Of Flesh), j’ai toujours trouvé que le groupe avait une patte particulière et ce dès « Titan’s Awakening », une écriture, une signature de composition qui les rendait reconnaissable entre mille, cette façon d’asséner un death metal à la fois extrêmement brutal avec cette touche de folie grindisante sur les bords (peut-être un poil moins perceptible sur ce deuxième opus) mais aux accents parfois thrashy foncièrement accrocheurs, cette assise rythmique bouillonnante changeant sans cesse de tempo et réussissant malgré tout cela à ne pas négliger l’approche mélodique. La maturité atteinte ici par le quintette est tout simplement bluffante.
Cette guerre des titans est un véritable déluge de feu pour nos tympans tant les racines brutal death sont portées à leur paroxysme avec les assauts répétés d’un Mike Saccoman impressionnant tant pour nous mettre à genoux que pour appuyer sur l’aspect accrocheur des compos, la basse mordante de Tom (« Submission » à 1’37, « Kronos » à 2’51), les riffing écrasants aussi denses que techniques de la paire Grammaire / Chuat et le growl profond et rageux de Kristof agrémenté de screams terrifiants (qui n’est pas sans rappeler Glen Benton). Les blasts s’enchaînent à n’en plus finir et je ne vais pas commencer à citer tel ou tel passage pour illustrer cet aspect tellurique, tous les titres en débordent à commencer par le tout début du titre éponyme d’ouverture ou celui cataclysmique de « Haterealm » (pouah cette boucherie !!). Attardons-nous plutôt (sans non plus toutes les citer) sur toutes ces petites subtilités du riffing ou des rythmiques qui font que Kronos malgré des influences évidentes montre déjà ici une personnalité forte et marquée : ce passage saccadé sur « Colossal Titan Strife » à 43’’, le début en ping-pong de « Submission », le début d’« Opplomak » sur ce tremolo génialement épique, ce break incroyable à 1’30 et 3’55 sur « With Eaque Sword » (où comment passer un riff aux sonorités presque heavy metal à la sauce brutal death !!), ce passage thrashy jouissif à 2’11 sur « Aeternum Pharaos Curse », ce break un brin wtf à 1’50 sur « Haterealm »… Des moments qui permettent déjà à Kronos de dépasser de la tête et des épaules les trois-quarts des sorties de l’époque. Arrêtons-nous également quelques instants sur l’accent mis sur le côté accrocheur des compos avec certains passages au groove irrésistible : « Colossal Titan Strife » à 15’’, « Submission » à 46’’, « Opplomak » à 1’01 puis 1’55 puis 3’30 (!!), le début de « Aeternum Pharaos Curse » puis à 1’21, celui de « Monumental Carnage » ou encore ce groove saccadé à 4’53 sur « Phaeton »… Comme je l’évoquais plus haut l’approche mélodique n’est pas en reste (« Colossal Titan Strife », le milieu de « Phaeton ») et de nombreux leads percutants viendront également appuyer la facette mélodique et épique du combo, bref une maîtrise technique et une richesse de composition hallucinante et où chaque chose est à sa place. Alors tiendrait-on là un album sans faute ? Peu de choses sont totalement parfaites, alors pour chipoter je dirais seulement que le titre de clôture « Infernal Worms Fields » s’avère un poil moins qualitatif que le reste, plus lent et avec quelques harmoniques un peu agaçantes (il y en a globalement très peu ici heureusement) mais sa toute fin rampante se termine dans un fade out plutôt sympathique.
Enregistré en Belgique aux studios CCR par Kris Belaen, l’album bénéficie d’une production organique, puissante et d’une limpidité tellement appréciable (on distingue absolument la moindre note, le moindre coup de cymbale, c’est tout simplement parfait). D’un équilibre absolu mixant remarquablement brutalité, technicité, mélodies et groove, « Colossal Titan Strife » a été accueilli plus que chaleureusement à l’époque et a permis au groupe de s’exporter sur les scènes européennes afin d’étaler toute sa puissance scénique. En 2023 et pour fêter ses vingt bougies l’album est ressorti avec une nouvelle cover (plus jolie et moderne) dans une version remastérisée (mais plutôt gentiment, la différence entre les deux versions restant très mince et ce n’est pas plus mal finalement) et une tournée s’en est suivie avec notamment une prestation énormissime lors de l’édition 2023 du Muscadeath ainsi que sous l’Altar du Hellfest 2024 et plus récemment au Maryland Deathfest de Baltimore en mai 2025.
Finalement (et en essayant d’éviter trop de superlatifs…) vingt-trois ans après « Colossal Titan Strife » reste une tuerie absolue mettant à l’amende un bon nombre de sorties actuelles et restera je me répète comme l’une des pierres angulaires du métal extrême français, installant Kronos parmi les piliers de la scène death française des années 2000. En terminant ces lignes je n’espère qu’une seule chose, c’est que ces quelques dates de reformation, qui plus est avec le line-up originel, ne relance la flamme au sein du groupe et que Kronos nous revienne prochainement avec de nouvelles compositions sous le coude. Mon petit doigt me dit que ce n’est pas impossible…
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