S’il fallait trouver dans ces musiques qui nous passionnent ici sur Thrashocore un groupe symbolisant les notions de passéisme et d’immobilité (ou de manière plus romantique ce que l’on décrit aussi parfois comme un profond respect des traditions), Archgoat serait assurément l’un des meilleurs prétendants. La preuve encore une fois avec ce sixième album paru la semaine dernière et qui concentre pour ne rien changer à cette fameuse formule consacrée depuis déjà plusieurs années voire décennies tout ce qui définit le groupe Finlandais depuis ses débuts à Turku à la fin des années 80.
De cette illustration en noir et blanc signée une fois de plus des mains talentueuses de monsieur Chris Moyen à ce logo rouge saillant imaginé en 1991 par le regretté Turkka G. Rantanen (Adramelech, Demigod, Demilich, Depravity, Funebre, Purtenance...) en passant par cette collaboration avec le label français Debemur Morti Productions qui court aujourd’hui depuis quinze ans, tout sur ce nouveau longue-durée sent le réchauffé. Naturellement, loin de moi l’idée de vouloir jouer les rabat-joie puisque c’est exactement ce que j’attends de la part des Finlandais. Râler à ce sujet et reprocher à Archgoat d’user encore et toujours des mêmes artifices n’a donc absolument aucun sens puisque ces éléments sont des marqueurs forts de son identité et qu’y déroger susciterait probablement l’ire de ses plus fervents adeptes. Bref, à tous les rageux, ronchons et autres pénibles, merci de passer votre chemin car ce n’est pas encore aujourd’hui qu’Archgoat va changer son fusil d’épaule.
Intitulé
Nightbringer, Lightbringer, ce nouvel album est produit pour la sixième fois consécutive par Teemu Velin. Comme à son habitude, celui-ci a réalisé pour l’occasion un chouette travail en matière de son en prenant soin de ne pas reproduire tout à fait la même formule que sur
Worship The Eternal Darkness sans pour autant chercher à drastiquement changer l’identité sonore de nos trois Finlandais habitués à rester dans les clous. Ces onze nouvelles compositions sont ainsi auréolées d’une production à la fois abrasive (ces guitares écorchées et faussement maigrelettes), naturelle (cette batterie à la caisse claire absolument redoutable) et épaisse (ce chant bien gras et ces fréquences basses qui finissent d’enrober le tout) pour un résultat qui n’a fondamentalement rien de "remarquable" mais qui contribue néanmoins pleinement à l’efficacité et au charme de cette nouvelle offrande impie.
Au-delà de ces nuances discrètes en matière de production,
Nightbringer, Lightbringer est un album d’Archgoat tout à fait fidèle à ce que l’on peut attendre de nos chers finlandais. Celui-ci s’ouvre d’ailleurs pour ne pas changer sur un introduction entendue mille fois ("Invocation 666") avec cette voix monstrueuse et incantatoire et ces sonorités particulièrement inquiétantes (orgue, tonnerre qui gronde...). Une mise en route sans surprise mais qui a au moins le mérite de planter le décors sans s’éterniser. La suite est évidemment tout autant cousue de fil blanc mais c’est une fois encore tellement bien branlée que tout le monde, moi le premier, se fiche bien de savoir si tout cela sent le réchauffé. Aussi, outre ce "Invocation 999" placé plus ou moins à mi-parcours afin d’aérer vite fait l’ensemble au son d’un interlude blasphématoire là encore déjà entendu mille fois, on va naturellement retrouver sur les neuf compositions restantes tout ce qui fait le sel de cette formule vieille de près de trois décennies. Tout d’abord ces riffs relativement rudimentaires et composés de seulement deux ou trois accords que Kai Puolakanaho aka Ritual Butcher va évidemment prendre plaisir à répéter ad nauseam. Ensuite cette batterie volontaire menant tous ses assauts à coups de blasts féroces et implacables ou d’accélérations thrashisantes moins frontales mais certainement pas moins efficaces. Enfin de nombreux ralentissements (agrémentés parfois de ces cloches qui résonnent dans le fond) grâce auxquels Archgoat va apporter une pointe de relief particulièrement bienvenue à ses compostions. Des ralentissement qui prennent la forme de passages voire de titres plus lourds et entêtants comme avec "The Dawn To Armageddon" et son développement mélodique particulièrement intéressant ou alors de séquences dotées d’un groove toujours aussi peu subtil, efficace et irrésistible. D’ailleurs, si toutes ces séquences menées le couteau entre les dents constituent à n’en point douter l’un des points d’orgue de la musique des Finlandais (difficile de résister aux coups de boutoirs de "Nightbringer, Lightbringer", "Iconoclasm The Nazarene", "Blood Of Jesus Spilling Upon The Earth", "The Stygian Milleium" ou bien encore au très Punk "The Light Behind The Horns"), l’efficacité de ce Black Metal doit également tout autant à ces passages au groove résolument rampant (« Nightbringer, Lightbringer » à 0:49 et de nouveau à 3:08, "Iconoclasm The Nazarene" à 0:11, 1:16 puis 2:52, "Blood Of Jesus Spilling Upon The Earth" à 1:36, "Keys Of Hell And Of Death" à 0:57 et ainsi de suite...). Un bestialité de tous les instants (ou presque) qui comme toujours avec Archgoat fait oublier absolument tout le reste à commencer par le caractère hautement répétitif de cette fameuse formule et l’absence néanmoins peu surprenante de quelconques nouveautés.
Si avec ce sixième album Archgoat ne surprendra plus personne, il vient néanmoins rappeler après quatre ans d’absence à ceux qui l’auraient peut-être oublié qu’il est bien encore le grand patron de ce genre de Black Metal aussi primitif que bestial. Rien de neuf (allez peut-être un soupçon de mélodie ici et là, quelques arrangements) mais encore une démonstration de tout son talent grâce à onze nouvelles compositions toutes plus redoutables et efficaces les unes que les autres. Bref, encore et toujours la même rengaine mais encore et toujours le même plaisir pris à écouter une musique faite pour exprimer ses pulsions animales les plus sauvages et les plus archaïques. Un disque une nouvelle fois expiatoire qui à défaut de transpirer la grosse intelligence vous fera vous sentir foutrement vivant et indestructible à l’issue de ces quarante-et-une minutes menées une fois encore d’une main de maître. Masterclass, une fois de plus...
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