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Buzzov•en - Sore

Chronique

Buzzov•en Sore
J’ai quatorze ans lorsque paraît Sore, deuxième album des Américains de Buzzov•en. C’est à la lecture d’une chronique enthousiaste publiée dans les colonnes de Hard Force Magazine auquel je suis abonné (merci papa, merci maman) que je fais la rencontre de ces énergumènes. Motivé par cette lecture à l’idée de poser mes oreilles sur ce disque présenté à la fois comme étrange, brut et viscéral (enfin de mémoire parce que tout cela remonte quand même à plus de trente ans), j’imagine avoir dû presser ma pauvre mère dans le but d’obtenir les quelques francs nécessaires à son acquisition. C’est à Rennes Musique, bastion des musiques indépendantes à Rennes jusqu’à la fin des années 2000 que je me rends pour en faire l’acquisition, seul, en bus, comme un grand garçon que je suis déjà (au moins en taille). De retour chez moi et probablement excité comme une puce, je m’empresse de mettre le disque dans le lecteur CD (après l’avoir sûrement déballé durant le trajet retour et scruté le livret en long, en large et en travers). Malheureusement, après quelques minutes, je dois me rendre à l’évidence, c’est la douche froide... En effet, on ne peut pas dire que Sore soit un disque particulièrement facile d’accès (en tout cas à l’époque pour un gamin de mon âge). Titres à rallonge, dissonances en tout genre, samples qui n’en finissent pas, rythmes souvent lourds et répétitifs... Autant de raisons qui, quelques mois plus tard, me pousseront sans complexe à revendre mon exemplaire dans une quelconque boutique d’occasion afin de financer mes achats en Hardcore et dérivés. Depuis, le groupe a évidemment retrouvé grâce à mes oreilles et cet album le chemin de mes étagères (à deux reprises) au point de s’imposer comme l’une de mes sorties préférées dans le genre. Quel retournement de veste !

Paru chez Roadrunner Records dont l’avance accordée au groupe sera allègrement dépensée en alcools et en drogues avant même de rentrer en studio, Sore a pour lui une très chouette illustration en forme de collage que l’on doit à un certain Craig Lima, artiste au curriculum vitae vraisemblablement bien maigre (en tout cas sur Metal Archives) et dont voici le seul véritable coup d’éclat. Une œuvre particulièrement étrange qui fourmille de petits détails et qui trente-deux ans plus tard continue d’attirer mon regard à chaque fois que je l’écoute. Composé de douze titres (dont certains déjà présents sur Wound et Unwilling To Explain mais néanmoins réenregistrés pour l’occasion), ce deuxième album s’impose également par les chiffres avec un joli soixante-treize minutes affiché au compteur. C’est long, notamment sur la fin (comme sur son prédécesseur finalement) avec ici quatorze minutes d’un sample qui tourne en boucle jusqu’à rendre complètement fou (celui d’une femme qui ne prononce que quelques mots (tiré du film Hellbound: Hellraiser II) suivi par celui de ce qui ressemble à une mouette qui ricane (mais n’en est pas une comme je viens de l’apprendre grâce à ce spot publicitaire hallucinant diffusé aux États-Unis au début des années 90). Autant vous dire que là encore cela fait belle lurette que je n’ai plus de scrupule à couper court à ce "This Is Not...." une fois les choses sérieuses terminées.

Enregistré cette fois-ci aux Brilliant Studios de San Francisco sous la directive une fois de plus de monsieur Billy Anderson (Asunder, Bongzilla, Eyehategod, Fistula, High On Fire, Neurosis, Sleep...), Sore se présente comme une version améliorée et assurément moins grossière du déjà très bon et convaincant To A Frown. La formule n’a évidemment pas changé et n’est certainement pas plus propre ou plus lisse qu’auparavant mais personnellement je trouve les titres tout simplement un petit peu plus aboutis autant dans leurs constructions que dans leur exécution et la production qui les accompagne. Un constat que l’on peut d’ailleurs deviner si l’on jette un petit coup d’oeil aux durées de ces douze compositions qui se sont en effet globalement allongées. Néanmoins, à l’opposé de ces morceaux compris entre cinq et dix-neuf minutes sur lesquels se succèdent généralement passages plombés et aliénants, accélérations dépouillées et souvent salvatrices et séquences un poil plus chaloupées, on trouve une fois de plus quelques bourre-pifs et autres courts brulots à l’esprit Punk / Hardcore toujours aussi flagrant. De "Unwilling To Explain" à "Done" en passant par "Behaved" et "Grit", Buzzov•en prend effectivement toujours autant de plaisir à revenir le temps de deux minutes (pas une de plus) à des choses plus directes et frontales sans rien sacrifier aux atmosphères poisseuses et misérables de ce Sludge sale et viscéral.
Ainsi toujours très proche d’un Eyehategod qui reste à n’en point douter la plus grosse influence des Américains, on va retrouver sur Sore les mêmes gimmicks à commencer par ces nombreux larsens que le groupe laisse volontairement siffler et trainer, ces dissonances sournoises qui s’invitent également sur chaque titre, ces samples obscurs tirés dont on ne sait quelques films (je crois cependant reconnaitre une séquence d’Alien III sur "I Don’t Like You") et qui participent activement à étoffer toutes ces ambiances particulièrement noires, nihilistes et désabusées dans lesquelles trempe chaque composition (je ne l’avais pas évoqué précédemment mais il est à noter que le groupe est l’un des seuls à avoir dans ses rangs un musicien dédié à l’excavation et l’injection de samples en la personne ici de monsieur Mykull Davidson), ces influences Punk / Hardcore évoquées plus haut également distillées tout au long de l’album même sur les compositions les moins directes ("Sore" à 2:57, "I Don’t Like You" à 1:47, les premières secondes de "Pathetic") jusqu’à ce chant qui, sans être identique, partage néanmoins bien des points en commun avec celui de Mike Williams (ces cordes vocales arrachées, ce côté écorché vif et maladif), quiconque ayant déjà posé ses oreilles sur les productions du groupe de la Nouvelle Orléans trouvera en Buzzov•en de quoi se réjouir au moins tout autant.

Moins réputé et glorieux qu’un Eyehategod qui très vite a su s’imposer comme l’une des principales références en matière de Sludge, Buzzov•en n’a jamais démérité, ni avant avec To A Frown, ni en 1994 avec ce deuxième album, ni même après avec les deux qui ont suivi (notamment ...At A Loss qui est en effet vraiment très bon). Mais alors d’où vient ce manque de reconnaissance qui l’entoure (même si parmi les amateurs de Sludge, tout le monde a déjà entendu parler de Buzzov•en) ? Eh bien probablement de tout un tas de mauvaises décisions, d’un usage complètement irraisonné de toutes les drogues et autres substances addictives à porter de main et d’argent (vous allez me dire qu’Eyehategod partage les mêmes travers et vous aurez raison) et probablement aussi d’un manque de visibilité en Europe où le groupe a finalement très peu tourné... Bref, on ne refera pas l’histoire mais si en 2026 vous découvrez le Sludge ou que les Américains figurent sur cette liste de groupes que l’on a toujours vu passer sans jamais oser franchir le pas par flemme, manque de temps ou tout autres raisons plus ou moins valables alors voilà l’occasion idéale pour vous y intéresser. Et pour tous ceux qui savent déjà et bien dans mes bras !

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Buzzov•en
notes
Chroniqueur : 8.5/10
Lecteurs : (1)  8/10
Webzines :   -

plus d'infos sur
Buzzov•en
Buzzov•en
Sludge - 1990 - Etats-Unis
  

tracklist
01.   Sore  (09:20)
02.   Unwilling To Explain  (02:16)
03.   Hollow  (05:09)
04.   Done  (02:46)
05.   I Don't Like You  (05:42)
06.   Broken  (06:07)
07.   Pathetic  (06:16)
08.   Should I  (06:20)
09.   Behaved  (02:31)
10.   Blinded  (04:14)
11.   Grit  (02:42)
12.   This Is Not....  (19:41)

Durée : 73:04

line up
parution
12 Juillet 1994

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Buzzov•en
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To A Frown

1993 - Allied Recordings
  

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