Horrifying - Dreadful Parasomnia
Chronique
Horrifying Dreadful Parasomnia
Groupe chilien originaire de Puerto Montt, Horrifying n’est pas ce que l’on peut appeler un groupe frais émoulu. Formé il y a en effet plus de quinze ans (2010), la formation sud-américaine qui compte aujourd’hui dans ses rangs des membres et ex-membres d’Evil Knight, Hallux Valgus, Cavernal, Demonic Rage, Infernal Slaughter et quelques autres encore possède naturellement une discographie relativement conséquente même si celle-ci est constituée pour l’essentiel de démonstrations, EPs et autres splits. De modestes sorties auxquelles a succédé il y a un petit peu plus de deux ans un premier album intitulé Dreadful Parasomnia. Paru en mars 2024 chez Veins Full Of Wrath Productions, excellent label chilien malheureusement assez mal distribué ici en Europe, celui-ci a bénéficié en mai dernier d’une seconde jeunesse grâce à un nouveau pressage européen signé Nuclear Winter Records. Une initiative qu’on ne pourra que saluer puisque jusque-là le seul moyen d’espérer mettre la main sur cet album était de s’aventurer à passer commande au Chili avec ce tout ce que cela implique (frais de port élevés, risques de frais de douanes, durée d’acheminement particulièrement longue, etc.).
Composé de huit titres parmi lesquels deux ou trois vieilleries déjà présentes sur de précédents enregistrements de la formation et bien évidemment réhabilitées pour l’occasion ("Execrable Souls", "In A Sinister Spawned Visions" devenu "Sinister Chaotic Visions" et "Petrifying Hallucinations"), ce premier album est passé sans grande surprise entre les mains de Pablo Clares, producteur incontournable de toute la scène chilienne qui a vu passer dans ses studios des groupes tels qu’Ancient Crypts, Athanatos, Atomic Agressor, Cavernal, Death Vomit, Demonic Rage, Force Of Darkness, Invincible Force, Magnanimvs, Mortem, Ripper, Rotten Tomb, Slaughtbbath, Unaussprechlichen Kulten, Uttertomb et bien d’autres encore… L’illustration tout à fait classique mais néanmoins très chouette est l’oeuvre quant à elle de Stéfano Gabriel Sigismondi, artiste argentin ayant déjà collaboré par le passé avec d’autres formations comme Anatomia, Cemetery Dwell et Sabbat.
J’imagine que vous le pressentiez déjà mais Horrifying ne s’est bien évidemment pas fixé pour mission de révolutionner quoi que ce soit avec son Death Metal. En bon groupe sud-américain qui se respecte ce serait même plutôt l’inverse puisque la formation chilienne sert une vision passéiste assumée dont les codes renvoient tous à une certaine idée relativement figée du genre. On ne sera donc pas surpris de lire sur Metal Archives les parallèles faits par certains auditeurs avec des groupes tels que Sadistic Intent, Merciless, Agressor ou bien encore Incantation. Des liens de parentés que chacun percevra de façon plus ou moins évidente mais qui traduisent néanmoins la même idée, celle d’un Death Metal rétrograde et poussiéreux pour le plus grand plaisir des irréductibles "vieux cons" adeptes du "c’était mieux avant".
Comme bon nombre de ses compatriotes sud-américains, Horrifying n’est pas là pour faire semblant. Si Dreadful Parasomnia n’est pas un album que l’on pourrait qualifier de bas du front et donc totalement dénué de relief et autres nuances plus ou moins subtiles, il n’en reste pas moins un album mené le couteau entre les dents avec effectivement un grand nombre de séquences explosives exécutées pied au plancher à coups de cavalcades haletantes constituées autant de toupa-toupa entrainants que de blasts punitifs plus ou moins soutenus. Ces coups de matraques et autres démonstrations de force s’appuient sur un riffing particulièrement sombre et diabolique mais aussi et surtout terriblement nerveux et intense. À la manière d’un Morbid Angel de la première heure dont il s’inspire librement, il se dégage de ce premier longue durée une fougue et une intensité toutes les deux particulièrement réjouissantes. Certes, la sensation de chaos procurée durant cette grosse demi-heure n’est pas tout à fait la même dans la mesure où les Chiliens font preuve d’un petit peu plus de retenue et de mesure mais l’ADN des Floridiens n’en découle pas moins de ces moments les plus hargneux (un sentiment d’ailleurs renforcé par plusieurs leads et autres solos certainement pas aussi hystériques que ceux de Trey Azagthoth mais néanmoins redoutables).
À ces moments fougueux et tempétueux, Horrifying va venir opposer à plusieurs reprises des passages toujours très sombres mais cette fois-ci bien plus lourds, perfides et vicieux (les deux premières minutes de "Dreadful Parasomnia", "Kathartic Trance" aux alentours de 2:31, "Exécrable Souls" à 1:14, les premières secondes de "Wild Human Fragility" et ainsi de suite). Des baisses de régime consenties dans le but de varier les plaisirs et d’insuffler ainsi du relief à des compositions globalement assez généreuses puisque comprises pour la plupart (5/8) entre cinq et six minutes. Des moments que l’on saura apprécier tout autant que ces autres passages plus radicaux dans la mesure où en plus d’offrir un peu de répit, ils participent également au développement de ces ambiances infernales et psychotiques qui caractérisent le Death Metal des Chiliens. Un Death Metal dont les thématiques abordent justement la folie ainsi que la parasomnie (troubles du sommeil sous forme de cauchemars, de terreurs nocturnes ou d’épisodes de somnambulisme...).
Sans grande originalité mais avec beaucoup de conviction et d’intensité, Horrifying livre avec Dreadful Parasomnia un premier album rondement mené dont les défauts ne sont finalement pas légion puisqu’au-delà d’un manque de personnalité (et encore car malgré des liens de parentés relativement évidents, Horrifying parvient à ne jamais sombrer dans le mimétisme pur et dur), le seul irritant entendu à l’écoute de ces trente-six minutes est le son des cymbales parfois trop synthétique à mon goût. Rien de rédhibitoire néanmoins d’autant que tout cela est très vite relégué au second plan grâce à des compositions variées et ultra efficaces qui font de ce disque une franche réussite. Peut-être pas de celles qui marqueront l’histoire du Death Metal mais de celles que l’on se passera encore avec plaisir dans les années à venir. Bref, un premier album solide qui méritait de figurer dans ces colonnes.
| | AxGxB 9 Juillet 2026 - 185 lectures |
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