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Monster Magnet - Dopes To Infinity

Chronique

Monster Magnet Dopes To Infinity
Il y a des albums qui marquent durablement, qui accompagnent toute une vie (brève ou longue selon les destins, certains décèdent avant de savoir parler, d’autres en ne sachant plus parler), qui laissent une empreinte de botte profonde dans l’inconscient, à moins que ce ne soit le subconscient, le préconscient où je ne sais quel autre concept fumeux construit pour soutirer de l’argent en psychanalyse… Ils ont parcouru en dragster ta fragile fibre nerveuse jusqu’à en connaître les moindres failles, fissures, fêlures, craquelures, carbonisé tes cellules grises, alimenté ton priapisme, tellement que même si ton cerveau finissait par te suggérer de t’en tenir éloigné parce que nocif pour ton foie, dix, vingt, trente décennies plus tard, lorsque tu les réécoutes, tu te retrouves dans la position désagréable de l’abstinent endurci replongeant ses lèvres dans un verre d’alcool après des années de sobriété : tu rechutes sans remords, liquides la bouteille tentatrice, réveillant les vieux démons endormis mais jamais morts.

Si je suis loin d’être un connaisseur incollable de la carrière de la bande à Dave Wyndorf, elle aura au moins eu sur mon développement musical, à défaut d’intellectuel, l’impact sans retour de ce Dopes to Infinity. Album acheté en cassette l’année de sa sortie, je me souviens que le disquaire m’avait en prime offert le t-shirt qui allait avec, t-shirt que je possède encore aujourd’hui, élimé jusqu’à la corde, délavé, informe, désormais immettable si ce n’est pour dormir ou descendre les ordures ménagères. Ce n’est pas compliqué, en termes de rock stoner, je place ce disque dans mon cœur à égalité avec Welcome to Sky Valley bien que dans des registres totalement opposés. KYUSS représentait la solitude du désert, une forme de minimalisme sableux où chaque composition était une dune peu ou prou semblable à l’autre. MONSTER MAGNET, c’est le voyage, l’aventure psychotrope et, surtout, derrière l’évident mur de guitares, un talent indiscutable de mélodiste sur lequel peu nombreux sont ceux qui peuvent s’aligner.

Car ce disque, davantage encore que Spine Of God (1991) puis Superjudge (1993), n’est finalement rien d’autre qu’une collection imparable de hits, de chansons qui, une fois écoutées, restent à jamais en tête. Mis à part chez certains groupes de hard rock, j’ai rarement eu l’occasion de parcourir un LP contenant autant de tubes dans autant de styles différents sans pour autant ressembler à un patchwork infâme. En effet, que ce soit le monstrueux titre éponyme qui ouvre le LP, le riff-marteau de « Look To Your Orb For The Warning », le gigantesque « Third Alternative » ou les plus pop folk « Blow’em Off » puis « Dead Christmas », l’auditeur sera systématiquement fasciné par la facilité avec laquelle le groupe parvient à suspendre le temps et ce même lorsque le tempo s’emballe (« I Control, I Fly »), phénomène aussi rare qu’une éclipse solaire totale.

Mais, surtout, l’album contient deux instrumentaux de dingues à commencer par les cinq minutes de « Ego, The Living Planet » (oui, le personnage de Marvel) : voix hallucinées, hurlements incantatoires, riff monolithique en boucle dans ta cervelle jusqu’à l’hypnose, jusqu’à n’en plus pouvoir, délire fiévreux, sauvagerie animale, perte de motricité, les dommages causés par cette composition sont sans limite, j’en paye encore le prix. Dans une moindre mesure « Theme From Masterburner » ravira les vrais motards (pas ceux qui ont acheté une Harley avec les dividendes de leurs placements boursiers). Je tiens également à souligner que tout ce qu’on avait pu apprécier dans les deux LP précédents atteint ici un niveau quasi inespéré, moins rock psychédélique voire grunge que par le passé, sorte de HAWKWIND sous amphétamines, de Lemmy en version flower power, quintessence d’un genre dont le groupe est finalement le seul représentant, faute de concurrents crédibles dans ce subtil équilibre entre l’acide, l’herbe, le cambouis et la métaphysique.

En 1995, MONSTER MAGNET passe des formations prometteuses aux valeurs sûres tout en intégrant suffisamment de grosses guitares pour s’attirer les faveurs d’un public metal sans doute peu convaincu par les deux premières parutions : trop 70’s, je pourrais sans problème les ranger aux côtés de THE BLACK CROWES (que j’adore, ce n’est pas le sujet), il manquait clairement quelque chose pour s’attirer les faveurs de la frange dure. C’est chose faite ici, le LP passe la douane sans avoir besoin de montrer ses papiers, le moindre micro-riff étant un passeport vers l’immortalité.

J’aurais pu croire qu’en 2026, l’album aurait perdu de son impact, il n’en est rien. Dopes To Infinity reste encore et toujours d’une actualité étonnante, ne sonnant ni dépassé, ni has been, il incarne au contraire une époque d’expérimentation peut-être moins sérieuse qu’aujourd’hui mais pas moins talentueuse. Souvent imité, jamais égalé.

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Monster Magnet
Stoner Rock / Metal
1995 - A&M Records
notes
Chroniqueur : 9.5/10
Lecteurs : (3)  7/10
Webzines : (1)  9/10

plus d'infos sur
Monster Magnet
Monster Magnet
Stoner - 1989 - Etats-Unis
  

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vidéos
Negasonic Teenage Warhead
Negasonic Teenage Warhead
Monster Magnet

Extrait de "Dopes To Infinity"
  

tracklist
01.   Dopes To Infinity  (05:43)
02.   Negasonic Teenage Warhead  (04:28)
03.   Look To Your Orb For The Warning  (06:32)
04.   All Friends And Kingdom Come  (05:38)
05.   Ego, The Living Planet  (05:07)
06.   Blow 'Em Off  (03:51)
07.   Third Alternative  (08:33)
08.   I Control, I Fly  (03:18)
09.   King Of Mars  (04:33)
10.   Dead Christmas  (03:54)
11.   Theme From "Masterburner"  (05:06)
12.   Vertigo  (05:41)

Durée : 62:21

line up
parution
21 Mars 1995

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