Dès lors qu’on commence à causer sérieusement de
NYHC, il y a toujours peu ou prou les mêmes noms qui reviennent. Nous les avons tous en tête, je ne vais pas me lancer dans un inventaire superflu à la Prévert et si vraiment vous séchez, sachez que le livre « New York Hardcore 1980 – 1990 » édité chez
Camion Blanc devrait vous rendre présentable en soirée car incollable, ou presque, sur le sujet. Les chroniques d’
AxGxB en ces pages également.
Je reprends : parmi tous les noms qui émergent, nous retrouvons régulièrement celui de
NEGLECT, une formation jouissant d’une étonnante renommée au regard de sa rachitique discographie qui ne comprend en effet aucun album majeur, tout juste un EP en guise d’aboutissement ultime. Le reste ? Une poignée de démos, des splits
underground, pas mal de singles, un
live de 1995 à Paris (!), deux compilations enfin. Cela dit, certains groupent restent dans les mémoires avec bien moins que ça au compteur, l’impact sur une scène ne se mesurant finalement pas à la quantité produite. Oui, ce
End It! mérite sa renommée, un
negative hardcore dont le
groove dominateur ne se vautre jamais dans le sautillant.
Évidemment comparé à
MERAUDER, qu’il dépasse pourtant de la tête et des épaules du moins pour tout ce qui est postérieur à
Master Killer, ou encore à
DARKSIDE NYC, encore au stade de la démo au moment où paraît ce disque, le quatuor offre en cinq titres la quintessence d’un
hardcore métallique aux pesanteurs
doom (« From the Womb… to the Tomb »), penchant partagé avec le
LIFE OF AGONY de
River Runs Red, sauf qu’en lieu et place de la sensibilité de
Keith Caputo, nous avons droit à la rage vocale de
Brian, pas là pour se lamenter, plutôt pour vomir la crasse, la misère, la violence, portant un regard désabusé empreint de cynisme sur une société qui pue la merde. Les qualificatifs manquent pour décrire ce qu’est devenu le monde actuel, les mecs de
NEGLECT auraient peut-être su l’exprimer s’ils n’avaient pas sombré.
Ainsi, on appréciera cette basse prépondérante (« The State of My Mind »), ces riffs ultra simplistes (« …Life… ») qui te laissent un goût ferreux dans la bouche, celui de ton sang après avoir pris une mandale, ce sens tellement ricain du
break casse-bouche (si
KICKBACK n’a pas bouffé du
End It! matin midi et soir au moment de l’écriture de
Cornered, je jure d’ouvrir une nouvelle canette supplémentaire), l’odeur des nuits blanches sous les néons blafards, clairement pas le genre de carte postale qui mettra en valeur la grosse pomme. Pourtant, écoute après écoute, le constat est là, sans appel : en un seul EP,
NEGLECT a redistribué les cartes du
hardcore, le sortant (pas tout seul, certes) de ses penchants
punk qui m’ont toujours laissé de marbre je l’admets, pour voguer sur des terrains davantage
crossover, à l’image de
CRO-MAGS, tout en y ajoutant une lourdeur qui, par extension stylistique, pourrait justifier une lointaine affiliation avec le
sludge.
Finalement, on ne pourra que déplorer le destin de cette formation qui aurait dû tenir le haut du pavé, la maladie nerveuse du chanteur sonnant trop tôt le glas d’une carrière dont on n’ose pas imaginer les ignominies potentielles au regard de ce qu’est devenu le monde. Vous imaginez un équivalent américain de
No Surrender ? Seul
NEGLECT aurait su l’écrire, nous sommes hélas condamnés à poncer ce qui est disponible sur les réseaux, encore et encore, vœux pieux de réécriture de l’histoire avec un
happy end.
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