Les mains et l’esprit toujours occupés par plusieurs projets que je ne devrais plus avoir à vous présenter aujourd’hui (Syndrome 81, Grisaille, Justice Divine, Mentalité 81, Fine Équipe...), Lionel Cadiou a repris cette année du service sous la bannière cette fois-ci de Prisonnier Du Temps, un projet qu’il a toujours mené en solo et avec lequel il avait sorti fin 2022 un chouette premier album intitulé
Comme Un Lion En Cage que je n’avais évidemment pas manqué de vous présenter avec enthousiasme.
À l’occasion de ce nouvel album intitulé
Prendre Le Pouvoir Par La Force, le Brestois a choisi de collaborer avec le label anglais La Vida Es Un Mus (Home Front, The Chisel, Béton Armé, Rixe, Stingray, Rat Cage et j’en passe). Un bon gros pas en avant ne serait-ce qu’en matière de visibilité puisque ce label londonien en activité depuis la fin des années 90 est clairement l’un des meilleurs pourvoyeurs de Punk Rock (et dérivés) dans le circuit. Afin d’illustrer ce second longue durée affiché aux alentours de vingt-cinq minutes, Lionel Cadiou a fait le choix d’offrir sa trombine tout à fait sympathique (probablement l’effet moustache) à travers un cliché fissuré traduisant probablement les fêlures du personnage. Un cliché signé Yves De Orestis avec lequel celui-ci avait déjà travaillé pour Syndrome 81 et Justice Divine. Si Lionel signe comme souvent (toujours) l’enregistrement et le mixage de ce nouvel album, le mastering à quant à lui été confié à monsieur Arthur Rizk. Après Will Killingsworth (Prisonnier Du Temps) et Brad Boatright (Justice Divine), le Breton s’offre les services d’un autre grand nom de la production "made in USA" pour un résultat évidemment toujours aussi convaincant.
Projet Punk Rock puisant une partie de ses influences du côté des Américains de Criminal Damage (ex-His Hero Is Gone), Prisonnier Du Temps renoue sur ce deuxième album avec ce qui faisait bien évidemment le charme de son prédécesseur. On retrouve ainsi à l’écoute de ces huit nouvelles compositions une musique à la fois dépouillée et abrasive mais également mélodique (sans jamais être guillerette) et particulièrement fédératrice. Ce sont d’ailleurs ces mélodies et ces refrains aussi entêtants qu’irrésistibles qui font tout le charme de cette musique mâtinée de sonorités Oï (flagrant notamment lors de certains refrains) et dans une moindre mesure d’influences Post-Punk (certains riffs dotés d’un son de guitare très typé années 80 comme par exemple sur « L’Armée Des Ombres » aux alentours de 1:33). Ainsi avec cette patte qui est la sienne et ce savoir-faire mélodique particulièrement imparable, Lionel Cadiou livre une fois de plus quelques brûlots qui sur scène prendront assurément une dimension encore plus unificatrice. Comment en effet résister à l’appel de refrains comme ceux scandés par le Breton sur "Trahisons Et Mensonges", "La Liberté S’Obtient Par Le Sang", "Dans La Douleur Et Les Larmes", "Dernier Regard" ou "Le Genou À Terre" ? Impossible là encore de rester de marbre face à de tels hymnes et de ne pas brandir son poing en accompagnant à tue-tête monsieur Cadiou. Im-po-ssi-ble.
Calqué sur son aîné,
Prendre Le Pouvoir Par La Force ne s’embarrasse lui non plus d’aucune fioriture préférant miser sur des titres rapides et concis à l’efficacité immédiate. Naturellement, la filiation avec Syndrome 81 est une fois encore difficile à occulter mais entre le chant plus abrasif mais aussi plus "viril" de Lionel et certaines attaques et autres riffs également plus "durs", notre Brestois offre avec Prisonnier Du Temps un Punk / Hardcore un tantinet plus direct et virulent ("Trahisons Et Mensonges", "L’Armées Des Ombres", "Et Jusqu’à La Mort") sans jamais rien renier de ce qui fait le sel de ses autres projets (ces fameuses mélodies et autres refrains qui, je le répètent, sont clairement l’un des gros atouts de Lionel Cadiou et de ses différents projets).
Et puis il y a ce titre,
Prendre Le Pouvoir Par La Force, et ces paroles révélatrices de l’état d’esprit du Brestois et qui évidemment ne doivent absolument rien au hasard et tout à l’actualité. De cette mascarade politique qui a court depuis tant d’années ici en France ("Trahisons Et Mensonges", "La Liberté S’Obtient Par Le Sang") à ce génocide israélien sur les Gazaouis ("Dans La Douleur Et Les Larmes") en passant par des sujets beaucoup plus personnels ("Dernier Regard", "Et Jusqu’à La Mort", "Le Genou À Terre", "À Bout De Nerfs"), ce deuxième album n’est pas qu’un recueil de chansons Punk / Hardcore afin de passer un bon moment, ce sont aussi des paroles visant à faire réfléchir ou, tout du moins, des paroles à charge contre des choses qui ne vont pas et font hurler viscéralement notre Breton. Un ton contestataire que l’on appréciera de voir exprimer car bien qu’il s’agisse de Punk / Hardcore, on constate tout de même que ces combats contre les inégalités ou bien encore contre toutes ces formes d’oppressions tendent parfois à disparaitre alors qu’ils constituent l’essence même de cette musique née dans la rue contre les "establishement" en place dans nos sociétés.
Moins de quatre ans après un premier album très prometteur, Prisonnier Du Temps vient ici enfoncer le clou avec huit nouveaux morceaux particulièrement complémentaires malgré quelques petites différences de ton et d’intention. Rien n’est nouveau dans tout ce que nous propose Lionel Cadiou avec
Prendre Le Pouvoir Par La Force mais peu importe car il y a beaucoup de coeur dans ce Punk / Hardcore aux mélodies désabusées et fédératrices que nous sert une fois de plus le Brestois tout au long de ces vingt-cinq minutes aussi efficaces qu’irrésistibles. Bref, une fois de plus, un très bon cru.
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