Dilemme : dois-je encore appuyer le bonheur qu’il y a constater que Verdun est toujours vivant, quitte à taire les quelques regrets paraissant à l’écoute de
Abyssal Womb ? Aller directement là où ça fait mal desservirait ce que je souhaite transmettre, à savoir que les Montpelliérains restent, malgré les années et une scène doom française s’enrichissant de plus en plus, un groupe-phare de ce qui est lent et lourd dans l’Hexagone.
Ce nouvel album ne fait effectivement pas descendre la bande de son piédestal, celui sur lequel il était déjà quand il n’était encore qu’un secret gardé de quelques-uns – ceux les ayant vu en concert (tous mémorables) autour de la parution de l’EP
The Cosmic Escape of Admiral Masuka –, le couronnement
The Eternal Drift's Canticles n’étant qu’une officialisation devant un public plus large.
Astral Sabbath jouait les retours du roi après des années d’errance, globalement inchangé mais marqué par les batailles, de nouvelles cicatrices lui allant bien – suite aux départs des uns et arrivées des autres (et parfois des mêmes qu’avant) – rattrapant des essoufflements à porter les coups ici ou là.
Abyssal Womb est bien différent. Il est l’œuvre d’un line-up stabilisé et apaisé, prêt à se laisser le temps pour parfaire sa copie. Une démarche que je ne suis pas près de critiquer, Verdun sonnant comme la somme de ses membres le composant aujourd’hui et non une formule qui pourrait devenir auto-imposée et tourner en rond. Écueil évité : celui de s’enfermer dans un mélange de doom et de hardcore qui ne ferait que chasser l’ombre du passé.
Abyssal Womb est en effet la création d’un projet qui regarde vers l’avant, se jetant aussi bien dans ses histoires de cosmos contées le cœur au bord des lèvres que dans ce qui le mue sur l’instant, le cahier des charges jeté par-dessus bord. J’accepte donc de laisser de côté les quelques frustrations créées par ces trente-neuf minutes, retournant vers
The Eternal Drift's Canticles pour assouvir mes envies de violence crue, d’intensité de chaque instant où la sauvagerie d’un Eibon – un autre temps… – se retrouve enflammée dans le vide entre les étoiles, et me laisse porter par cette musique qui développe ses propres atours, à commencer par un fignolage mélodique d’une finesse peu commune. Ce troisième album est un exemple à présenter pour qui prétexte que le doom est chiant et monotone comme la pluie, Verdun visant régulièrement l’accroche, l’enrichissement des arrangements et la variation de tempo comme armes principales. Idéalement placé au sein de l’écurie Transcending Obscurity où il ne dépareille pas avec d’autres formations aventureuses, il continue de faire penser qu’il aurait toute sa place au sein de Relapse Records et son goût pour le sludge progressif, complexe, où la hargne s’habille de vêtements soignés sans s’oublier au passage – je pense ici plus qu’autrefois à Rwake et la magie qu’il parvient à développer sans s’éterniser. Soit ses meilleurs moments.
L’aigreur n’est donc pas partie, elle s’est simplement recentrée sur un chant qui va encore plus loin dans son équilibre précaire entre émotions brutes et caractère impitoyable du paysage dépeint. Pile sur la crête séparant le black metal du screamo, David Sadok continue d’étonner par sa radicalité porteuse d’un univers à elle seule, à la fois tragique et violent. Sa présence de chaque instant peut fatiguer à certains moments (je ne serai pas contre quelques respirations, même si je comprends l’intention de jouer serré pour ne pas perdre en route) ; quelques variations heureuses viennent judicieusement agrémenter le chemin, comme le chant clair de « Les noces du néant » ou celui français de « La lame et la chair ». Il y a une ambivalence intéressante qui émerge de
Abyssal Womb, la beauté des instruments, pouvant être tempétueux (l'enchaînement « Silent Witness » ; « He Who Killed the Devil »), solennels (« The Man Behind My Eyes ») et même pris dans des boucles lancinantes de groove (« Rise of the Atomic Ghouls » ; le pont calmant le jeu de « He Who Killed the Devil »), trouvant des aspérités bienvenues dans ces hurlements qui révèlent l’âme présente derrière l’ensemble (la réussite « Funeral of the Cosmic Knight » comme meilleur exemple).
Et pourtant, je sens sur
Abyssal Womb quelques occasions manquées, comme celle d’assumer pleinement cette ambiguïté, soit en allant loin dans les dérives musicales, soit en révélant davantage que par son porte-parole la colère triste qui le guide (comme lors du final de « La lame et la chair » où les guitares s’emportent et nous amènent avec elles). Malgré tout, Verdun a de nouveau sorti un disque imposant, impressionnant par bien des aspects – mais pas par sa pochette, que j’espère plus développée à l’intérieur –, qu’il ne serait pas étonnant de trouver dans quelques bilans de fin d’année. Immanquable.
Par Cujo
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Samfisher
Par Sosthène
Par MoM
Par Raziel
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Cujo
Par Keyser
Par Jean-Clint