Sortir un album de black metal en plein été est un pari risqué. Si certains peuvent trouver que cela agit comme une glace en plein cagnard, d’autres – dont je fais partie – ont un peu du mal à thermoréguler leur cerveau pour être prêt à accueillir comme il se doit les ambiances froides inhérentes au genre. Autant dire que ce nouvel album de Mourir partait avec un handicap de mon côté.
Les Français n’ont en effet pas ajouté de la chaleur à leur black metal moderne – comprendre aux ramifications avec d’autres genres comme le post metal ou les scènes bruitistes déjà explorées auparavant, notamment sur l’EP
Insolence et ses longues plages ambiant. Leur style reste particulièrement marqué par une aigreur peu propice au chaleureux. Mais, heureusement pour moi, on erre davantage dans un désert glacé prenant racine dans le mental qu’au sein d’un paysage enneigé.
Nous, le venin est inscrit dans un état émotionnel que la bande aime particulièrement transmettre, une humeur dépressive et morbide qui a déjà fait l’attrait de
Animal Bouffe Animal et
Disgrâce.
Nouvelle déclinaison donc, mais copie revue et augmentée :
Nous, le venin convoque les mêmes références qu’autrefois – en premier lieu le Leviathan des débuts, blafard, aventureux et oppressant – tout en donnant à son style un ton plus monolithique et affligé à la fois. Un black metal maudit, pris dans des tourments au bord de la psychiatrie (on touche au DSBM sur les râles de « Mon rêve animal »), qui conserve la saveur littéraire de
Disgrâce tout en mettant ce qu’il faut d’humanité pour y voir un peu plus qu’un exercice de style réussi mais laissant un peu extérieur. Mourir a en effet agrémenté ses charges de douleurs d’instants plus mélodiques, maltraités et névrosés, étreignant par le col durant l’écoute. Allant un pas plus loin vers l’abîme que ses prédécesseurs, l’album plonge du maussade – la pochette en guise d’avertissement sur la face dégoûtée qui nous habillera durant l’écoute – à la franche tristesse, appel à l’aide destiné à personne, avec une beauté des larmes qui fait régulièrement mouche (« Ennui Ennemi » ainsi que le final fataliste du morceau-titre).
Une noirceur qui n’apporte pas pour autant le réconfort des pleurs, tant ils sont pris dans une détestation de tous à commencer par soi, personnifiée par le chant rageur et volontairement embrouillé d’Olivier Lolmède, plus proche d’une bête à l’agonie que d’un humain cherchant à mettre du sens sur ce qu’il ressent. L’ambiguïté qui fait le sel de Mourir est une nouvelle fois présente, indissoluble, laissant simplement un goût d’amertume en bouche, une négativité hautaine en dépit d’un moral dans les chaussettes. Une aigreur qui fait attacher le groupe à toute une esthétique française démoralisée, ironique car impuissante, continuant de rendre ce black metal-ci particulièrement obsédant, exposant face à nous une partie de notre esprit que l’on a tendance à ignorer en connaissance de cause.
Tel excès, telle radicalité, sont rares. Mourir va un peu plus loin dans sa dépiction d’une horreur mentale quotidienne, où le mal devient banal, filtre à travers lequel on vit chaque chose. Au bord de sombrer définitivement dans la tristesse, il avance malgré tout, en damné qui trouve dans la haine de soi et des autres une échappatoire. L’équilibre est précaire, pas toujours bien tenu dans ces longues descentes qui parfois répètent et se délitent trop, perdues dans le brouillard de leur cafard (« Je est absent »). Mais si vous cherchez un black metal à écouter les volets fermés, l’esprit au bord de la surchauffe,
Nous, le venin est tout indiqué. Finalement, un pari judicieux.
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