Contrairement à ce que pourrait laisser penser cet intitulé pourtant sans équivoque,
Muchas Gracias - The Best Of n’est pas un « Best Of » de Kyuss mais plutôt une compilation constituée en grande majorité de faces B, raretés et autres titres live ponctués, il est vrai, par cinq morceaux issus des albums
Wretch (1991),
Blues For The Red Sun (1992),
Kyuss (Welcome To Sky Valley) (1994) et
…And The Circus Leaves Town (1995). Un mélange bigarré et extrêmement généreux de quinze compositions parues entre 1991 et 1997 auxquelles je n’avais jamais prêté trop attention mais qui pourtant méritent que l’on s’y intéresse sous peine de passer à côté de quelques petites pépites tout à fait sympathiques.
Malgré une vue mer imprenable, on ne peut pas dire que cette photo choisie en guise d’illustration soit véritablement de premier ordre. En cause, cette rangée de jumelles touristiques plutôt disgracieuse qui, si vous vous posiez la question, se trouvaient à l’époque (au moins jusqu’en 2008 à en croire Google Street View) installée à Bird Rock Vista Point, Monterey, Californie. Mais ne faites pas comme moi et ne laissez pas cette illustration (et ce titre trompeur) vous tenir à bonne distance de cette compilation affichée tout de même à un petit peu plus de soixante-quinze minutes. Alors naturellement, délesté des cinq titres déjà présents sur les quatre albums du groupe et des quatre morceaux live dispensés en fin de parcours et à l’intérêt toujours un petit peu limité (du moins en ce qui me concerne), il ne reste plus que sept morceaux rares ou inédits à se caler sous la dent. Cela pourra peut-être paraître peu pour certain mais étant donné les prix pratiqués sur Discogs et ailleurs pour certaines de ces sorties annexes (à commencer par ce split en compagnie de Queens Of The Stone Age), on se réjouira tout de même aisément de retrouver une partie de ces titres réunis ici.
Alors évidemment, qui dit compilation dit également petites disparités en matière de production. Pour parfaire à d’évidents déséquilibres plus ou moins flagrants, groupe et label ont choisi de procéder à un remastering digital de ces quinze compositions afin d’harmoniser un tant soit peu l’ensemble. Bien évidemment, cela ne vient pas effacer ces différences plus ou moins perceptibles que l’on peut distinguer à l’écoute de ces soixante-quinze minutes (le cas le plus parlant étant sur "I'm Not", titre de 1991 figurant sur
Wretch, premier album à la production bien particulière) mais cela permet néanmoins de lisser certaines de ces aspérités pour un rendu une petit peu plus homogène.
N’ayant absolument aucune envie de me lancer dans une chronique de chaque titre au risque de rendre l’exercice aussi fastidieux pour moi qu’ennuyeux pour vous, je poursuivrais juste en insistant une fois de plus sur le fait qu’effectivement, même s’il s’agit pour la plupart de faces B ayant pour réputation d’être dans l’esprit du plus grand nombre des titres sans grand intérêt laissés au rebut et utilisés à l’époque pour compléter quelques maigres singles (
Gardenia,
One Inch Man,
Demon Cleaner) et autres splits (avec Wool ou Queens Of The Stone Age), ces dernières sont pourtant très loin d’être inintéressantes. On y retrouve tout ce qui a fait la pertinence et la magie des Californiens durant leurs quelques années d’existence avec en premier lieu ce goût prononcé pour les compositions (souvent instrumentales) aux allures de "jam sessions" fiévreuses, alcoolisées et enfumées tenues en plein désert Mojave sous un cagnard de plomb ("Un Sandpiper", "Shine", "Mudfly"). Si le premier de ces trois titre s’avère ainsi tout à fait sympathique, je trouve les deux autres morceaux un petit cran au-dessus grâce à une dimension psychédélique plus affirmée et surtout un groove absolument irrésistible qui sent le sable chaud, l’huile de moteur et la marijuana à plein nez...
Si sous ses airs d’interlude sympathique mais néanmoins dispensable "A Day Early And A Dollar Extra" n’apporte peut-être pas grand chose, "Flip The Phase" et "Fatso Forgotso" susciteront à l’inverse bien plus d’intérêt. Là encore, pas de surprise pour quiconque connait Kyuss sur le bout des doigts puisque d’un côté on va trouver un brulot Punk Rock aride comme le Desert californien (mais aux mélodies diablement entêtantes) que le groupe va prendre plaisir à torcher en un petit peu plus de deux minutes et de l’autre une pièce bien plus imposante (huit minutes et trente secondes tout de même) qui une fois encore voit Kyuss changer de braquet à mi-parcours afin d’entamer une seconde partie à l’esprit définitivement plus libre.
Enfin, ne voyant pas l’intérêt de revenir sur les quelques morceaux déjà présents sur les quatre albums de Kyuss chroniqués ici même (bien qu'ils s'agissent de vraies pépites), juste un petit mot à l’adresse des quatre titres live enregistrés à Hambourg en 1994 (en compagnie de Slo Burn, putain...). Plutôt fidèles aux versions originales, ces derniers n’apportent pas grand chose de plus mais restent néanmoins sympathiques à écouter car restitués avec suffisamment de moyens pour rendre la chose agréable. C’est également un amer rappel qu’à moins d’un quelconque miracle, je ne les verrai probablement jamais sur scène... Triste monde tragique.
Bien plus intéressant qu’un simple "Best Of" qui comme son nom l’indique se contente d’enchaîner le meilleur de tel ou tel artiste,
Muchas Gracias - The Best Of est une compilation particulièrement digne d’intérêt qui ravira à n’en point douter tous les amateurs de Kyuss arrivés trop tard ou qui n‘ont tout simplement jamais eu envie de partir en quête de toutes ces maigres sorties dispensées par le groupe californien entre deux albums... Certes, c’est moins joli et gratifiant mais cela vous coûtera également bien moins cher en plus de prendre finalement moins de place à la maison. Au final voilà donc une sortie aussi cool que pratique et économique.
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