Allez savoir pourquoi, l’envie m’est revenue de réécouter cet album de Torche, premier d’une discographie qui, dans les grandes lignes, aura eu une trajectoire ascendante avant de décliner sur le final redondant
Admission après lequel le groupe fera une pause. Compréhensible, car si les restes étaient encore délicieux, il était clairement temps de débarrasser la table.
Mais, au départ, Torche, c’était pas tout à fait la même cuisine. Faut voir comme il donne l’impression de se faire tout timide, cet enfant de Floor – Steve Brooks et Juan Montoya reprenant même un titre de leur précédente formation avec « Charge of the Brown Recluse » comme pour marquer la continuité entre les deux projets – n’en ayant pas la lourdeur mécanique. C’est par ailleurs ce que j’ai longtemps pensé à son sujet, voyant dans le doublet
Harmonicraft /
Restarter une libération de ce qui, en 2005, doit encore s’affirmer.
Aujourd’hui, l’impression est différente, bien que cette demi-heure possède des défauts bien réels, à commencer par un côté terre-à-terre – décelable jusqu’à un « The Last Word » placé… en fin – où le groupe s’appuie trop sur un son maous comme plaisir en soi. Cette inconstance fait osciller l’écoute entre le jouissif, préfiguration de ce que sera l’usine à tubes Torche dans ses grandes heures (cet art pour les figures acrobatiques présent sur « Fuck Addict » et « Rock It » par exemple) et l’irritant (le déjà-cité « The Last Word » qui s’étire inutilement), heureusement minoritaire.
Mais ce qui fait la valeur de cet album sans nom n’est pas à chercher dans ce qu’il esquisse du futur. Elle se trouve dans une humeur qu’il a pour lui et qui disparaîtra dans la suite de la discographie de Torche. C’est quand il quitte cette course à la lourdeur que son tempérament se fait le mieux voir, gros bras rangés et cœur ouvert. Une anxiété post-hardcore se montre alors, la voix de Steve Brooks sonnant déjà mélodieuse mais un brin éteinte, étranglée presque quand elle essaye d’aller plus haut, de même que des mélodies ne parvenant pas à trouver un entre-deux, soit accrochées au sol, soit prise dans un ciel étouffant. Pour peu, on verrait ici un disque éco-anxieux avant l’heure, caniculaire dans ses atmosphères, où l’été n’est pas encore synonyme de bonheur comme il le sera par la suite pour les Ricains.
On pourra me rétorquer que je plaque mes sentiments du moment sur un disque qui, dans sa forme, contient déjà les ingrédients stoner et pop qui feront la renommé de la formation. Ce n’est pas tout à fait faux, ce premier disque, en dépit de franches réussites (on ne peut se passer d’écouter « Fire » et « Vampyro » tant on vit mieux les inquiétudes liées au thermomètre avec ces morceaux dans nos oreilles), pouvant sembler dispensable pour qui a déjà goûté aux paradis
Harmonicraft et
Restarter. D’où une note qui n’en fait pas des caisses, mais appuie tout de même la petite saveur particulière de ce disque mineur également dans les airs d’adolescent angoissé pris dans la fournaise qu’il possède. Qu’est-ce qu’il fait chaud, bon sang.
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